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Matthieu et Lionel, éleveurs (29)Quand le hasard d'une rencontre aboutit à une association réfléchie

Le stage de parrainage permet d'apprendre à se connaître avant de travailler ensemble. (©Fotolia)
Le stage de parrainage permet d'apprendre à se connaître avant de travailler ensemble. (©Fotolia)

« Ça m'a tout de suite semblé être la meilleure solution », déclare Matthieu Merceur à propos du stage de parrainage. Désirant s'installer en société en élevage laitier, c'est de manière fortuite qu'il va trouver son associé. Si le courant passe bien entre les deux hommes dès les premiers échanges, comment être sûr que ce soit pareil pour conduire une exploitation et travailler ensemble ? D'où l'intérêt d'un contrat de parrainage de plusieurs mois avant de se lancer.

Matthieu Merceur n'imaginait pas qu'il rencontrerait son futur associé en épandant du lisier sur ses terres ! Et pourtant... « Après mon BTS, j'ai été embauché dans la ferme laitière, avec entreprise de travaux agricoles, où j'ai fait mon apprentissage, raconte-t-il. Parfois, je donnais un coup de main pour l'ETA. C'est comme ça que j'ai vu Lionel, éleveur laitier, pour la première fois. Il disposait d'un plan d'épandage avec l'élevage de porcs, d'où provenait le lisier que j'avais dans ma tonne. »

Je ne me voyais pas salarié agricole toute ma vie. Mon objectif était d'être agriculteur.

« On a commencé à discuter, à parler boulot. Et je lui ai dit qu'au bout de sept ans dans la ferme, j'en avais un peu fait le tour, que je ne me voyais pas salarié d'ETA ni d'exploitation toute ma vie. Mon objectif était d'être agriculteur à mon compte. » C'est alors que Lionel lui révèle qu'il aimerait avoir quelqu'un pour travailler avec lui. Producteur de lait depuis 2000 à Coat-Méal (Finistère), il s'est retrouvé seul il y a cinq ans quand son père a été obligé d'arrêter pour raison de santé. « Il voulait limiter sa charge de travail, et se libérer du temps pour profiter de sa famille et s'adonner à d'autres activités. »

On a commencé à discuter, à parler boulot.

 « C'est un associé que je recherche ! »

Matthieu essaie de lui tendre une perche de façon un peu détournée, lui demandant s'il a des pistes pour trouver un salarié. « C'est un associé que je recherche ! », lui répond ce dernier. Ça tombe bien vu que Matthieu ne souhaitait pas s'installer en individuel, lui aussi pour préserver sa vie familiale et se dégager du temps libre. « Je fais beaucoup de sport, je n'avais pas envie d'arrêter et de rester constamment la tête dans le guidon sur mon exploitation », détaille-t-il. De fil en aiguille, l'idée de s'associer germe dans la tête des deux hommes.

Je ne connaissais ni Lionel, ni la ferme.

« Je suis fils d'exploitant mais mon père a cessé son activité depuis huit ans, donc je n'avais rien à apporter dans la société », explique Matthieu. Il décide alors de prendre conseil auprès de la chambre d'agriculture qui, parmi ses préconisations, lui parle du stage de parrainage pour les installations ou associations hors cadre familial. « Ça m'a tout de suite semblé être la meilleure solution, se souvient le futur producteur. Certes, j'avais une formation agricole − BEP, Bac pro en alternance et BTS en apprentissage − mais je ne connaissais ni Lionel, ni la ferme. Il fallait qu'on puisse l'un et l'autre savoir si cela pouvait fonctionner avant d'engager quoi que ce soit. »

Savoir si ça peut fonctionner, sans engager quoi que ce soit.

« 11 mois pour se préparer à travailler ensemble »

Exploiter ce temps au maximum pour tout mettre sur la table.

Les deux futurs associés (ou pas, puisque l'intérêt de cette formule est d'avoir la possibilité ne pas donner suite et même de stopper à tout moment sans rien devoir à l'autre, ni au cédant dans le cas d'une reprise de ferme), sont donc partis sur un contrat de parrainage de 11 mois, soit quasiment la durée maximale, égale à un an. Une période suffisamment longue « pour se préparer à travailler ensemble » et à créer une société agricole. « Il faut l'exploiter au maximum pour découvrir l'exploitation, ses partenaires comme les banques ou le centre de gestion, comme son partenaire de travail, sur le plan humain notamment. Il faut prendre le temps de tout mettre sur la table : l'organisation du travail, la conduite technique, les objectifs économiques, etc. »

Se mettre tout de suite dans la peau d'un associé.

Dès l'arrivée de Matthieu dans l'élevage, Lionel lui a d'ailleurs conseillé de « se mettre dans la peau d'un associé ». Les deux éleveurs se sont immédiatement réparti les tâches : chaque semaine, l'un trait et l'autre alimente le troupeau, et vice versa, chacun assurant un week-end sur deux. Aujourd'hui, Matthieu, en Gaec avec Lionel depuis octobre 2016, dresse un bilan très positif de son stage de parrainage. « Si c'était à refaire, je le referai !, insiste le jeune producteur de 30 ans, qui explique avoir négocié une rupture conventionnelle avec son ancien employeur et bénéficié d'une rémunération versée par Pôle emploi, équivalente à 70 % de son précédent salaire, soit 1 500 € environ. On apprend à travailler ensemble et le futur associé prend ses marques progressivement, sans pression, car on reste libre l'un envers l'autre. S'il y a un clash, chacun retourne chez soi. »

Fille de prof de français, j'aime écrire et j'ai été habituée depuis toute petite à traquer les fautes d'orthographe. Même si j'ai grandi en ville, j'ai toujours été attirée par la campagne et le monde rural. J'ai donc suivi une formation d'ingénieur agricole à UniLaSalle. Tour à tour journaliste et secrétaire de rédaction, d'abord chez Jeunes Agriculteurs pendant sept ans puis depuis 2010 chez Terre-net/Web-agri, j'allie au quotidien mes deux centres d'intérêt : l'écriture et l'agriculture. Je m'occupe en particulier des marchés, de l'installation et de la transmission des exploitations.

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