« La consanguinité en élevage est un phénomène inévitable », explique Coralie Danchin de l'Institut de l'élevage. Pour éviter les anomalies et dépressions génétiques, il y a nécessité de gérer les accouplements à l'aide de plan d'accouplement.
La consanguinité intervient lorsque deux parents partagent un ancêtre commun. « De ce fait, ils peuvent partager certains allèles. Par conséquent, l’animal de la génération suivante aura deux fois la même copie de cet allèle », détaille Coralie Danchin du service génétique de l’Institut de l’élevage (Idele).
Au cours d’un webinaire organisé par l’idele, elle explique qu’au 19e siècle, la consanguinité était abondamment utilisée en élevage. « En particulier dans l’objectif de standardiser les animaux au sein d’une même race. En effet, la consanguinité présente aussi des effets bénéfiques, tels que l’homogénéisation des performances et des caractéristiques physiques. »
En élevage, la consanguinité est un phénomène inévitable « parce que les races domestiques ont des populations de taille limitée, et sont sélectionnées de manière plus ou moins intensive ».
Le progrès génétique est proportionnel à la variabilité génétique.
Les races à petits effectifs sont plus enclines à la consanguinité, « parce que dans une petite population, la probabilité que les animaux qui s’accouplent soient apparentés est plus élevée que dans une grande population. Cela peut occasionner des soucis à la génération suivante », précise Coralie Danchin.
Elle va même plus loin en annonçant que « le progrès génétique est proportionnel à la variabilité génétique du caractère sélectionné. Parce que plus une race est consanguine, plus cette variabilité diminue, et sans variabilité, pas de sélection ».
Dans une petite population, la consanguinité à des effets immédiats et irréversibles tels que la perte d’allèles et l’augmentation de l’homozygotie. « Elle implique deux phénomènes non indépendants : la dissémination des anomalies génétiques et la dépression de la consanguinité.
Cette dernière est un des effets des anomalies génétiques : lorsqu’on a des animaux qui sont très consanguins, on a un effet sur tous les caractères en sélection. Ce qui veut dire que si on sélectionne pour des caractères de rusticité, plus les animaux seront consanguins moins ils seront rustiques. Ça peut jouer sur une baisse de la fécondité, une diminution de la production de lait, la croissance, ou encore l’espérance de vie, et tous ces effets sont cumulatifs », poursuit-elle.
Coralie Danchin tranche : « le reproducteur parfait n’existe pas. Tout individu est porteur de quelques mutations -récessives- nuisibles, dans toutes les espèces et toutes les races ».
&t=11sLa consanguinité ne crée pas des mutations mais fait augmenter la fréquence du nombre d’animaux qui présentent des anomalies génétiques. Lorsqu’un animal porteur est accouplé avec un animal sain, 50 % de sa progéniture sera saine et aura deux fois le même allèle, et 50 % seront porteurs sains. « Or, comme les races animales sont de petites populations d’un point de vue génétique, on a régulièrement l’apparition d’anomalies génétiques, parce que les mêmes anomalies se croisent et donc s’expriment. »
Quelques idées reçues
La consanguinité n’est pas transmissible ; « un animal très consanguin, accouplé avec un autre animal qui n’a aucun ancêtre commun, donnera un descendant non consanguin » .
L’accroissement de la consanguinité sur une période donnée est plus important que la valeur de la consanguinité à un instant donné. « Régulièrement faire un état de la consanguinité de la race d’une génération à l’autre permet de voir si l’on observe un accroissement plus ou moins fort. » Plus l’accroissement est fort, plus le risque de faire apparaître des effets délétères liés à la consanguinité est élevé.
La consanguinité proche (issue d’un croisement entre ancêtres récents) est plus dangereuse que la consanguinité éloignée (issue de l’accumulation par génération). « Pour une même valeur de consanguinité, les risques sont plus élevés en cas de consanguinité proche, c’est la notion de purge génétique. » Cette notion consiste en une élimination progressive des allèles néfastes au fur et à mesure des générations lorsque l’on a de la consanguinité éloignée. « Avec de la consanguinité proche, on n’a pas ces effets, c’est donc à ce moment là qu’on aura l’expression la plus probable d’anomalies génétiques. »
Gérer la consanguinité collectivement et individuellement
Pour connaître le bilan de la santé génétique de sa race, il existe les bilans VARUME publiés annuellement par l’Idele. « Ils regroupent un certain nombre d’informations, notamment les critères d’évolution des effectifs, les niveaux moyens de consanguinité, la parenté moyenne, les ancêtres majeurs de la race avec la contribution à la population actuelle, et bien d’autres éléments », indiquee Stéphanie Minery du service génétique de l'Idele.
Pour obtenir des informations plus globales sur la diversité des races au niveau régional, national et mondial, il existe le Système d’Information sur la Diversité des Animaux Domestiques (DAD-IS). « Ça permet d’évaluer la situation des différentes races par rapport au risque d’extinction », annonce-t-elle.
Stéphanie Minery assure : « L’édition de tableaux de conseil est un outil intéressant pour le choix des reproducteurs, notamment sur le critère d’originalité génétique. » Cela permet de choisir un taureau qui soit le moins apparenté possible avec le reste de la population.
Ces tableaux de conseil permettent également de sélectionner selon la qualité des pédigrées : « on préfère les taureaux dont on a le plus d’informations possibles sur le nombre de générations pour chacun de ces mâles ». Aussi, on peut y trouver le taux de consanguinité propre à chaque taureau reproducteur.
Pour ce qui est de l’approche individuelle au niveau de l’éleveur, quelques règles pratiques simples mais importantes sont de mise : « renouveler rapidement les mâles, éviter d’utiliser un mâle originaire de l’exploitation et qu’un même mâle soit accouplé à un grand nombre de femelles, diversifier les origines lors de l’achat des mâles ». Les plans d’accouplement permettent de calculer le taux de consanguinité du produit à naitre en croisant les vaches d’un élevage avec un panel de taureaux.

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