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Prix du laitM.-T. Bonneau (FNPL) : « Nos coops échappent souvent au bon sens paysan »

Marie-Thérèse Bonneau est vice-présidente de la FNPL. (©FNPL)
Marie-Thérèse Bonneau est vice-présidente de la FNPL. (©FNPL)

« Pourquoi faut-il contraindre, par l’action syndicale, des coopératives à lâcher quelques euros sur le prix du lait alors qu’elles sont, justement, au service de ces mêmes producteurs ? », s’interroge Marie-Thérèse Bonneau. Dans une lettre ouverte adressée à la coopération laitière, la vice-présidente de la FNPL met en garde les coopératives laitières, en citant Sodiaal qui « ne peut pas se taire face à la détresse de ses sociétaires ».

Marie-Thérèse Bonneau est vice-présidente de la FNPL.
Marie-Thérèse Bonneau est vice-présidente de la FNPL. (©FNPL)

« Les coopératives laitières n’ont que le mot développement à la bouche, quelle que soit la situation économique, de leurs associés coopérateurs, regrette Marie-Thérèse Bonneau, vice-présidente de la FNPL dans une lettre ouverte adressée à la coopération laitière. Cette ambition, pour certaines entreprises, s’apparente plus à une quête du Graal qu’à une véritable stratégie. Avant tout, cela mérite une gouvernance moderne pour la partager et la valider. »

« De quoi parle-on ? D’entreprises coopératives qui répondent à un modèle entrepreneurial unique. Cette spécificité doit leur permettre de contribuer au développement économique local et au maintien de l’emploi en zone rurale. En résumé, la finalité des coopératives est la création de valeurs durables au service des agriculteurs et des consommateurs. Cette mission ne trouvera un réel sens que si elle est perçue et ressentie concrètement par les associés-coopérateurs. »

« Pourquoi faut-il contraindre par l’action syndicale, comme cela se passe actuellement sur le terrain, des coopératives à lâcher quelques euros sur le prix du lait alors qu’elles sont, justement, au service de ces mêmes producteurs ? Pourquoi ces mêmes coopératives attendent-elles ainsi d’être remises en cause pour enfin entendre et respecter les demandes de leurs adhérents ? »

« Pour nos coopératives laitières fortement ancrées sur les territoires, le marché intérieur et sa valorisation est un enjeu de taille. Ce n’est pas une option mais la justification de ce statut si particulier qu’est le modèle coopératif. D’autant que le marché laitier français fort de sa diversité et de la typicité de ses produits présente de nombreux atouts en phase avec les valeurs de la coopération. N’avoir comme objectif que l’ajustement contraint à ce marché est facile et trop simpliste. Introduire une dualité sans nuance entre le développement économique et la dynamique du marché intérieur est inapproprié. »

« Certaines coopératives l’ont heureusement compris en signant la charte de valeurs de la FNPL l’an passé, dont la finalité était justement d’assurer, dans le temps, une bonne valorisation du marché intérieur laitier. Cette charte en s’appuyant sur le sens des responsabilités de l’aval de la filière - distribution comprise - visait à obtenir une juste rémunération du producteur malgré les effets négatifs de la volatilité sur les cours. Il ne s’agit pas de s’extraire du marché mais de faire mieux dans le marché ! C’est ce que prévoit, de manière obligatoire, la loi sapin 2 qui vient de conclure son parcours législatif et devrait être promulguée d’ici la fin de l’année. »

D’autres sources de valeurs que le consommateur est prêt à payer

« Nos coopératives laitières qui sont, sur le papier, la forme la plus aboutie de l’organisation économique des producteurs de lait, échappent souvent au bons sens paysan. Le développement économique et la conquête des consommateurs du nouveau monde n’est pas antinomique à une réponse innovante des besoins du marché intérieur. On le constate d’ailleurs avec une initiative telle que « c’est qui le patron ? ». Cette brique de lait qui n’est pas coopérative cartonne en magasin. « C’est qui le patron ? » est en train de remettre en cause les principes de ceux qui expliquent que le prix du lait payé aux producteurs ne peut être que la résultante d’équilibre ou de déséquilibre de marchés mondiaux. Il y a donc d’autres sources de valeurs que le consommateur est prêt à payer. C’est notre savoir-faire d’éleveurs qui est ainsi reconnu. »

« La FNPL et son réseau ne laisseront pas les coopératives passer entre les mailles du filet de leur responsabilité vis-à-vis de leurs associés coopérateurs. Aujourd’hui, l’entreprise Sodiaal, leader coopératif, ne peut pas se taire face à la détresse de ses sociétaires en crise depuis deux ans. Quand la conjoncture s’améliore, les coopératives laitières ont le devoir d’être les premières à répondre à ces signaux positifs pour les sociétaires. »

« Le syndicat FNPL est dans son rôle quand il s’agit d’obtenir ce qui doit revenir de droit aux éleveurs laitiers quelle que soit la forme juridique des transformateurs. Sans cela, le syndicalisme laitier en oublierait le sien. »

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