Pour faire baisser les émissions carbone de l'agriculture, la solution n'est « pas la destruction de l'élevage » mais la diminution des importations, ont plaidé des éleveurs rassemblés jeudi devant Bercy, accusant le gouvernement d'« incohérence » à l'égard du monde agricole.
Vêtus de t-shirt rouge vif floqués du sigle de la fédération nationale bovine (FNB), association spécialisée du syndicat agricole majoritaire FNSEA, une trentaine de manifestants, ont occupé pendant une heure et demie le parvis du ministère de l'économie.
Aux côtés de @EleveursBovins pour que le @gouvernementFR clarifie sa position sur l’avenir de l’élevage français!
— Jeunes Agriculteurs (@JeunesAgri) May 25, 2023
Nous avons besoin d'un cap clair
ll serait intolérable d'acter la diminution d'une filière qui mettrait en danger nos territoires & notre souveraineté alimentaire! pic.twitter.com/cK2C5aywmm
Ils ont choisi ce lieu parce qu'ils ont vécu comme « une provocation » un tweet du 17 mai du ministre Bruno Le Maire à l'occasion d'une visite chez Happyvore, qui commercialise des substituts à la viande : « Le saviez-vous ? », interrogeait le ministre, « 100 g de protéines végétales génèrent de 60 à 90 % de gaz à effet de serre en moins que 100 g de protéines animales ».
Le saviez-vous ? 100g de protéines végétales génèrent de 60 à 90 % de gaz à effet de serre en moins que 100g de protéines animales.
— Bruno Le Maire (@BrunoLeMaire) May 17, 2023
Puis ils ont été ulcérés par un rapport de la Cour des comptes recommandant de « définir et rendre publique une stratégie de réduction » du cheptel bovin pour respecter les engagements climatiques de la France. L'élevage bovin pèse pour 11,8 % des émissions de gaz à effet de serre du pays, principalement à cause du méthane éructé par les vaches.
« On a perdu trois millions de vaches en 60 ans et ça s'accélère : on atteindra un million de vaches en moins sur sept ans fin 2023. On attendait de la puissance publique un plan de sauvetage », pas « de destruction », a lancé Patrick Bénézit, président de la FNB et éleveur dans le Cantal.
« Hier, pour couronner le tout, on apprend qu'il y a des négociations ouvertes (par la Commission européenne) pour l'importation de 24 000 tonnes de viande bovine d'Australie », a-t-il ajouté, rappelant que des discussions étaient déjà lancées avec le Canada (50 000 tonnes) et le Mexique (20 000 tonnes), « sans parler des 100 000 tonnes de l'accord de libre-échange UE-Mercosur » en négociation depuis des années et que la France refuse pour le moment de signer.
Au lendemain du rapport de la Cour des Comptes qui préconise d’accélérer la ?? du cheptel bovin ????, la Commission ????proposerait un nouvel accès au marché ???? à 24 000T de viandes australiennes, dans le cadre d’un accord de libre-échange. Vous confirmez @MFesneau @becht_olivier ? pic.twitter.com/7pVAMOyfcO
— FNB (@EleveursBovins) May 24, 2023
« Aujourd'hui, on importe 25 % de notre consommation de viande bovine. Alors peut-être que la première chose à faire c'est d'interdire l'importation de viande, et M. Le Maire pourra expliquer aux Français qu'il faut consommer 25 % de viande en moins », a suggéré l'éleveur, aussi deuxième vice-président de la FNSEA.
Les éleveurs, réunis à l'appel de la FNB et du syndicat des Jeunes agriculteurs, ont demandé à être reçus par l'exécutif.
« Parce que notre secteur est déjà en danger de mort, il est urgent que les responsables politiques assument, enfin, des décisions fortes et cohérentes », a réagi jeudi dans un communiqué une organisation représentant des éleveurs de races à viande de 22 départements du « Grand Massif central ». Le Berceau des races à viande du Massif central propose de « recentrer » la consommation de viande rouge afin qu'elle soit issue de « systèmes d'élevage durables » (sur prairies, autonomes pour l'alimentation du bétail...) plutôt que de « parcs d'engraissement industriels contenant plusieurs milliers de bovins » à l'étranger.
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