Entre blocages politiques et opposition de la profession, l’Allemagne a traîné les pieds pour transcrire en droit national la directive nitrates. « L’Allemagne est le pays de l’Union où la qualité de l’eau est la plus dégradée. Dans certaines régions, le taux de nitrates dépasse les 75 mg/l dans plus d’un tiers de l’eau de la nappe », constatait, en juillet 2019, Karmenu Vella, commissaire européen à l’environnement. La Cour de justice de l’UE a déjà rappelé à l’Allemagne par deux fois, en juin 2018 et à l’été 2019, l’insuffisance des mesures en vigueur. Un tour de vis est donc à l’étude.
Un arsenal de mesures attendu en mars 2020
Les autorités allemandes se donnent jusqu’en mars 2020 pour annoncer l’arsenal propre à remplir les objectifs de la directive nitrates. Sur ce que l’on en sait déjà, les contraintes supplémentaires attendues sont classiques : allongement de la période d’interdiction d’épandage des effluents (du 1er octobre au 31 janvier) sur les surfaces en herbe, introduction d’une période d’interdiction hivernale pour l’apport de phosphore, limitation à 120 kgN/ha, dans tout le pays, de la fumure azotée sur sol gelé, extension de l’obligation de bandes enherbées… Le tout est assorti d’un contrôle du respect des mesures prévues.
« L’impact attendu sera très disparate selon les zones. Mais dans celles à forte densité, comme dans le nord de la Basse-Saxe, le risque est que ce tour de vis se traduise par une hausse des fermages, surtout près de la mer du Nord ; moins dans le Sud et l’Est », analyse la chambre d’agriculture de Basse-Saxe.
Un coût estimé à 20 €/1000 l
L’instance estime les coûts supplémentaires générés – notamment pour porter les capacités de stockage de six à sept mois, étanchéifier les silos et en récupérer les jus – à 20 €/1000 l (1). « Seuls les meilleurs élevages vont pouvoir assumer ces dépenses. Dans le nord du pays, les nouvelles mesures risquent de figer la croissance des volumes et d’encourager un peu plus la concentration des élevages. » Le Sud s’attend également à perdre des élevages. « Obtenir un permis de construire n’est plus automatique. Et un certain nombre d’éleveurs ne voudront plus investir. Si l’on ajoute à cela des contraintes environnementales accrues, les demandes de bien-être animal et l’image écornée de l’agriculture, ce sont 40 % des 28 000 producteurs de lait bavarois encore en activité qui pourraient arrêter d’ici cinq ans, avance la Fédération bavaroise des producteurs de lait. Tous les volumes abandonnés ne seraient sans doute pas repris. Ce serait une première. »
KONRAD RICHTER
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