La plateforme « Pour une autre Pac », qui rassemble 45 organisations paysannes, environnementales et citoyennes(1), lance une campagne « coup de poing » de sensibilisation du grand public « pour dénoncer les scandales et aberrations de la Pac et ceux qui s’enrichissent grâce au système ». Le slogan de cette campagne : « Basta, les profiteurs de la Pac ! » Basta : l’acronyme de Bigard, Avril, Savéol, Téréos et Agrial, cinq géants de l’agroalimentaire, connus des consommateurs pour leurs marques : viande Charal, huiles Lesieur, tomates Savéol, sucre Béghin Say et fromages Soignon.
L’industrialisation de l’agriculture
L’ambition affichée est claire, faire pression sur le ministre de l’Agriculture en pleine élaboration du plan stratégique national (PSN) qui dessinera les contours de la nouvelle politique agricole en France. « Le modèle actuel, qui engloutit pas moins de 9 milliards d’euros pour la France, financés par nos impôts, incite à l’industrialisation de l’agriculture au détriment de l’intérêt général, dénonce Mathieu Courgeau, président de la plateforme et éleveur laitier en Vendée. “Pour une autre Pac” entend porter la voix des citoyens et des paysans qui ne veulent plus d’une agriculture qui paupérise les paysans, pollue, vide les campagnes, mise sur l’export, met en danger la santé publique, ferme les yeux sur les conditions d’élevage et sur les conséquences pour les pays du Sud en développement. » Autant de maux dont se nourriraient les affreux Basta pour prospérer. Pour la démonstration, les cinq agro-industriels sont à tour de rôle cloués au pilori avec un argumentaire très politique qui ne craint pas la caricature.
Ainsi, Agrial est présenté comme un géant laitier dont la filiale Eurial réalise 35 % de son chiffre d’affaires à l’international, faute impardonnable car moteur de « l’élevage intensif ». « Ce lait exporté sous forme de poudre est ensuite ré-engraissé avec de l’huile de palme, source de déforestation : un non-sens écologique dévastateur pour la santé des consommateurs », peut-on lire dans la présentation. Accusation démentie par la coopérative.
Et comment la Pac profite-t-elle à Agrial ? Indirectement, par le Cniel, dont la coopérative est membre. Car l’interprofession aurait touché plus de 13 millions d’euros pour un programme de promotion visant à accroître les parts de marché dans quatre pays d’Afrique. La coopérative appréciera aussi une autre accusation : celle de capter les aides couplées de la Pac distribuées aux éleveurs laitiers (8,2 millions en bovins lait et 1,7 million en chèvres), en misant sur ces aides publiques pour fixer un prix du lait plus bas. Je vous le dis, c’est diablerie.
Dominique Grémy
(1) Citons : la Confédération paysanne, la Fnab, Générations futures, Attac, CIWF, le Secours catholique, etc.
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