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Autonomie protéiqueFéverole, lupin et pois : ces graines ont toute leur place dans les rations

Pour réduire le coût alimentaire, diversifier l'assolement et même entrer dans les clous d'un cahier des charges, les graines protéiques ont leur carte à jouer. Avec des valeurs alimentaires intéressantes, elles vont se substituer au tourteau et céréales dans les rations des bovins. Yan Mathioux nutritionniste nous explique comment à travers plusieurs exemples.

Marre de payer des factures d'aliments ? On le sait, la recherche d'autonomie alimentaire, en particulier protéique est un axe majeur de travail. En plus de réduire les achats, elle participe à diversifier l'assolement, et donc les risques, ainsi qu'à assurer la traçabilité de votre production. Enfin, elle permet de mieux répondre aux différents cahiers des charges : AOP, non OGM, et maintenant réduction de CO2.

Si l’idéal est bien sûr de commencer à améliorer votre autonomie avec de très bons fourrages, ce qui permet en même temps d’assurer le précieux stock, voyons comment les féveroles, lupins et autres pois peuvent vous aider à réduire l’addition, avec des performances techniques très intéressantes :

UFLPDINPDIE% amidon sur brutCaractéristiques
Pois11338644,6 %Contiennent de l'azote fortement soluble. On peut les utiliser jusqu'à 5 kg/VL/j. Attention, l'amidon de la féverole est très dégradable.
Féverole11539038,3 %
Lupin1,082001390 %Apporte moins d'N soluble et plus d'énergie, dont une partie sous forme de matière grasse. Permet de corriger des rations à haut potentiel.

Elles apportent donc de la protéine, mais aussi de l’énergie. Ce sera aussi leur limite dans certaines rations, car cette énergie est essentiellement de l’amidon qui peut poser soucis pour la digestion de nos animaux. Pour rappel, c'est maximum 25 % d'amidon (et 30 % amidon + sucres) dans une ration VL.

Féverole, pois et lupin en substitution du tourteau et des céréales

Dans les rations, elles vont se substituer la plupart du temps au tourteau et aux céréales, de la façon suivante :

Féverole :

Comparaison au kg de matière sèche

UFL

MAT

PDIN

PDIE

Amidon

Cellulose

Féverole

1,20

31,1

198

112

43,3

8,7

52 % Blé

48 % Tourteau soja

1,19

31,2

224

179

36

4,6

Prix d'intérêt ? Avec du soja à 380 €/t et des céréales à 150 €/t = 260 €/t. On la trouve à 200 € en moyenne. Elle représente donc un intérêt.

Lupin blanc :

Comparaison au kg de matière sèche

UFL

MAT

PDIN

PDIE

Amidon

Cellulose

Lupin blanc

1,33

38,5

240

120

0

12,8

33,5 % Blé

66,5 % Tourteau soja

1,20

38,5

279

208

23,2

5,4

Prix d'intérêt ? Avec du soja à 380 €/t et des céréales à 150 €/t = 302,95 €/t. Largement au dessus du prix du lupin. Le niveau d’énergie est également très intéressant. Seule limite : il a une protéine soluble, difficile à associer à certains ensilages d’herbe. En bonus, sa teneur de 10 % de matière grasse.

Pois :

Comparaison au kg de matière sèche

UFL

MAT

PDIN

PDIE

Amidon

Cellulose

Pois

1,21

23,9

150

97

51,6

6

70 % Blé

30 % Tourteau soja

1,19

24

171

150

48,7

3,9

Prix d'intérêt ? Le pois est la graine qui économise le moins de tourteau, mais on peut réduire de 25 à 30 % sa quantité. Côté prix, avec 70 %*150 € + 30 %*380 € = 219 €. On va être proche de son prix de vente, réduisant un peu son intérêt dans des rations classiques, déjà bien pourvues en amidon. Par contre en non OGM, on passe à un prix d’intérêt de 250 € environ (le soja coûte + 100 €/t). Attention ses 51,6 % d’amidon fermentescible sont à prendre en compte sur les petits ruminants, facilement sujet à l’acidose et l’entéro-toxémie !

Exemples de rations en bovins lait et viande

- La féverole, elle passe partout !

Utilisée très fréquemment dans les zones AOP ou sur les chartes qualité non OGM, la féverole est assez facile d’emploi dans les rations. On pourra difficilement se passer du tourteau sur des laitières, par contre sur des génisses par exemple, et avec un bon foin, sa seule richesse va suffire.

Dans le Cher, Fabrice l'utilise depuis presque trois ans sur ses VL, niveau de production : 8 800 l. Sa laiterie est passée en non OGM, et plutôt que d’acheter du soja à 480-490 €/t, on travaille avec 2 à 2,5 kg de féverole et 3,9 kg de colza gras déshuilé à froid. On tient bien l’état corporel, et les coûts alimentaires restent à 130-135 €/1 000 l en moyenne. Si on avait dû passer en soja non OGM (à la place de féverole + colza gras), il nous faudrait 3,4 kg de tourteau de soja, et 2,5 kg de céréales supplémentaires, pour un surcoût de 0,47 €/VL/j, soit + 1 000 €/mois, pas de risque de changer de stratégie !

Ration vaches laitières avec de la féverole
Ration vaches laitières avec de la féverole (©Yan Mathioux)

- Le lupin, correcteur azoté maison mais une culture délicate

Du fait de sa richesse en azote soluble, on ne pourra pas l’utiliser facilement sur des rations de base ensilage d’herbe. Par contre sur des rations ensilage maïs ou foin et/ou enrubannage il matche bien.

Je conseille sa culture dès qu’on sait « assurer » 10-15 q/ha minimum, avec pour idéal 20-25 q/ha. J’ai couramment observé des éleveurs capables de réussir 35-40 q de moyenne, dans ce cas la stratégie est excellente pour la rentabilité de l’atelier !

Chez Adeline (Loiret), le lupin (en complément de la féverole) utilisé de 0,5 à 1 kg, nous permet de limiter les achats de tourteaux, tout en redressant le niveau énergétique de la ration. Avec cette base à l’auge + 1 à 2 kg de tourteau et 1 à 3,5 kg de VL 3 litres, les vaches produisent plus de 30 litres de lait, avec 33,5 TP et 42 TB de moyenne. Cette année, l’objectif est de monter en lupin, et réduire le tourteau du commerce.

Ration vaches laitières avec du lupin
Ration vaches laitières avec du lupin (©Yan Mathioux)

- Le pois, des rendements intéressants mais la limite de l'amidon

Je ne l’utilise pas fréquemment en VL, plutôt sur des animaux d’élevage, ou en engraissement du fait de sa teneur en amidon. Dans des terrains où l’hiver peut être compliqué (gelées ou trop humide), on peut le travailler dans des mélanges associés à des céréales. Ces méteils grain sortiront entre 14 et 18 % MAT en moyenne, et sont donc plus faciles à utiliser.

Anthony dans le Cher l’utilise avec des céréales, de la féverole et de la pulpe de betterave pour engraisser des femelles de haute qualité, type concours boucherie. Ainsi, pas besoin de dépenser des fortunes dans le tourteau, 1 à 2 kg suffisent sur la phase de finition. Avec 18 MAT, 0,95 UFV et 31 % d’amidon, les dernières semaines, les animaux changent vite, mettent du dos et du persillé, et gagnent quelques plaques !

Ration vaches laitières avec des pois
Ration vaches laitières avec des pois (©Yan Mathioux)

Et le toastage ? Quel impact sur la qualité des graines ?

Le principe du toastage est d’appliquer un fort traitement thermique (air à 280°C) à la graine pendant une durée donnée. Son intérêt principal est de réduire la dégradabilité des protéines dans le rumen et plus d’assimilation dans l’intestin. Cela se traduit sur le papier par de meilleures valeurs PDIE et PDIA.

Il faut des graines très propres afin de ne pas prendre de risque d’incendie, et le coût varie de 40 à 60 €/t en fonction des outils.

Il permet surtout de monter les quantités de graines protéiques dans la ration, et pour certains de s’affranchir totalement du tourteau. Beaucoup de résultats d’essais positifs sont disponibles, je n’y reviens donc pas. À utiliser au cas par cas, car si votre ration n’est pas en excès d’azote soluble (base ensilage mais par exemple), le jeu n’en vaut pas forcément la chandelle. Une graine à 200 € + 40-60 € de toastage se rapproche vite du prix d’un tourteau de colza bien acheté, travail et stockage en plus. À privilégier sur les filières de qualité selon moi.

En résumé, nous l’avons vu, si ces cultures sont possibles dans de bonnes conditions sur vos terres, les graines protéiques sont très intéressantes pour réduire vos achats, et améliorer vos marges. Il faudra toutefois un rendement minimum de 15 à 25 q/ha selon vos coûts de cultures, et les coûts des tourteaux. Elles ont un bel avenir, de part les filières qualité qui se développent car elles permettront de garder le bénéfice de ces démarches dans la poche des éleveurs, plutôt que celles des fournisseurs.

Enfin le toastage peut permettre d’aller encore plus loin pour s’affranchir totalement des fournisseurs d’aliment, mais il faut bien calculer son coût, pour ne pas non plus tomber dans l’excès inverse où le dernier kg nous coute finalement plus cher à produire qu’à acheter.

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