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Bilan carbone en élevage allaitantDes leviers de progrès difficiles à mettre en œuvre au Gaec de Prunay (49)

Les deux associés viennent d’implanter 300 m de haies. « On sera à la retraite avant que nos bovins en profitent ! », se dit Mickaël Jacquet. (©Antoine Humeau)
Les deux associés viennent d’implanter 300 m de haies. « On sera à la retraite avant que nos bovins en profitent ! », se dit Mickaël Jacquet. (©Antoine Humeau)

Au Gaec de Prunay, à Terranjou (Maine-et-Loire), Mickaël Jacquet et Benoît Caillault s’engagent à améliorer le bilan carbone de leur élevage de vaches allaitantes. Un diagnostic leur a permis de confirmer qu’améliorer ses performances économiques permet de réduire ses émissions de gaz à effet de serre.

C’est le technicien de la chambre, encadrant leur groupe bio, qui les avait incités à réaliser un bilan Cap2ER. Objectif : connaître son bilan carbone, mais aussi se situer par rapport aux autres. Ils l’ont réalisé il y a un an tout juste. Ce diagnostic, c’est des dizaines de questions très précises sur le système : surfaces en prairies temporaires et permanentes, taux de renouvellement du troupeau, mortalité des veaux, poids moyen des vaches de réforme, temps moyen passé en bâtiment par les animaux, nombre de vêlages, intervalle moyen entre deux vêlages (IVV), âge au premier vêlage, longueur des haies, mares, plan de fumure, alimentation des animaux, consommation de fioul, etc. On passe ensuite tous ces chiffres à la moulinette, et il en ressort un bilan environnemental potentiel.

« En gros, il faut capter le maximum de CO2, donc avoir le plus de haies et d’hectares de pâturage possible », résume Mickaël Jacquet. L’exploitation produit 15,6 kg équivalent CO2 par kg de production brute de viande vive (PBVV), un chiffre un peu au-dessus de la moyenne des élevages en systèmes naisseur-engraisseur (autour de 12-13). « En bio, on a beaucoup plus de consommation de carburant, on se rattrape grâce aux haies et au pâturage », constate l’éleveur de 32 ans.

En général, « les systèmes qui s’en sortent le mieux, ce sont les systèmes herbagers – bocagers », constate Blandine Delahaye, technicienne de la chambre d’agriculture des Pays de la Loire qui a réalisé le diagnostic. Des animaux qui pâturent, c’est moins de CO2 émis et plus d’herbe, c’est aussi plus de captage de CO2. Si le système est bien rôdé, sans problèmes de pathologies, avec une bonne croissance des animaux, on peut avoir moins d’émissions et plus de stockage à production égale. Mais le bilan carbone se mesure aux kilos de viande produits. « Le plus important, c’est la cohérence des systèmes d’élevage et fourrager dans leur ensemble », poursuit l’ingénieure.

« Plus de pâturage, c’est moins de CO2 émis »

Les deux associés du Gaec de Prunay ont aussi réalisé au même moment que le Cap'2ER un état des lieux de leur coût de production avec l’outil Couprod de l’Institut de l’élevage. L’occasion de définir les marges de progrès pour optimiser le système : réduction de l’IVV, de l’âge au premier vêlage, augmentation du taux de renouvellement du troupeau… La chasse aux UGB improductifs, en somme.

En réalité, le coût de production et le bilan carbone sont intimement liés : « Il y a 80 % de corrélation entre les deux », évalue Blandine Delahaye. Produire ses propres fourrages, c’est diminuer les achats d’aliment, réduire sa dépendance aux importations de soja, donc faire chuter ses émissions de CO2. Cela implique souvent une remise en question de son système fourrager : récolter par exemple des fourrages plus jeunes et plus riches en valeurs nutritionnelles, notamment les enrubannages et les ensilages d’herbe. Augmenter le pâturage peut permettre de réduire les coûts de mécanisation et donc de fioul.

Doubler le temps de pâturage des génisses

Une autre technicienne de la chambre d’agriculture est revenue ensuite, au Gaec de Prunay, réaliser une "simulation experte" afin de dégager des « leviers de progrès ». Une sorte de feuille de route, des quatre ans à venir, pour les deux associés. D’ici 2025, ils devront avoir planté 4 km de haies et passer de 85 à 185 le nombre de jours de pâturage des génisses. Pour cela, ils vont devoir augmenter leurs surfaces de prairies temporaires.

Mickael Jacquet
« Avec seulement deux hectares de terres autour de la ferme, on a peu de marges pour augmenter le pâturage. Il faudrait que l’on implante des couverts de trèfle - sorgho ou trèfle - moha dès les moissons, mais on a toujours des étés très secs ! », explique Mickaël Jacquet. (©Antoine Humeau)

Dans ce secteur où les champs ne portent pas, les animaux ne sont mis à l’herbe qu’au mois d’avril et n’y restent que jusqu’au 15 août, lorsque démarre la période des vêlages. « On a peu de marges, se lamente Mickaël Jacquet. On n’a que 2 ha de terres autour du bâtiment ! ». C’est pour cela que ce sont les génisses qui sortiront plus.

Pour les vaches en production, « il faudrait que l’on implante des couverts de trèfle sorgho ou trèfle - moha dès les moissons pour les faire pâturer, songe Mickaël Jacquet. Mais on a toujours des étés très secs ! » Et puis le temps manque aux éleveurs, à ce moment de l’année où il faut presser et ramasser le paille dans la foulée.

En attendant, les deux associés vont s’attacher à faire des enrubannages plus précoces, analyser leur fourrage, et dès cette année essayer de récolter le foin plus tôt que les années précédentes. Voilà qui devrait leur permettre d’avoir moins de vaches vides et de raccourcir l’IVV. C’est, en tout cas, ce qu’ils espèrent.

Planter des kilomètres de haies

Quant aux haies, ils viennent déjà d'en replanter 300 m, en janvier, et viennent tout juste de réaliser une étude pour en planter six autres kilomètres. Leur exploitation, qui s’étend sur 190 ha, en totalise 8 km linéaires actuellement « On sera peut-être à la retraite avant que nos bovins ne profitent », se dit Mickaël Jacquet. Mais les producteurs ne le font pas que pour eux.

L’amélioration du bilan carbone ne permet pas de mieux valoriser sa production. En vente directe, c’est un outil de communication intéressant, mais pour le Gaec de Prunay, qui réduit d’année en année ce débouché, ce ne sera guère utile. En revanche, si en 2025, ils réalisent leur objectif, c’est-à-dire économiser 500 t de carbone, ils pourraient avec France carbone agri gagner autour de 15 000 €…

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