Les Bongrain, Senoble et Danone sont-ils aussi gentils que ça ? Pas sûr.
Grande nouvelle : Bongrain a signé un accord avec « ses » organisations de producteurs au Salon de l'agriculture. Saluons l'engagement des bénévoles de tous bords qui n'ont pas ménagé leur temps pour défendre les intérêts des producteurs depuis la crise de 2009. Mais nos représentants ne sont-ils pas un peu tendres et naïfs face à ces industriels ? De fait, on assiste depuis plusieurs mois à une gigantesque partie de poker menteur.
Les coopératives clament haut et fort que leurs sociétaires sont prêts à produire 15 % de lait en plus après 2015. Certes, il y a un potentiel évident en France, mais les prévisions de débouchés à l'export seront-elles vraiment au rendez-vous ? Et nos coops sont-elles capables d'être compétitives et de trouver leur place sur le marché mondial ? Aujourd'hui, elles n'ont pas l'envergure internationale de leurs consoeurs d'Europe du Nord. Elles souhaitent donc transformer un maximum de lait sur le territoire français, et c'est tout à leur honneur. Mais en contrepartie, il faudra bien participer au financement des nouvelles tours de séchage. Quant au prix, c'est A, B, C… et demain Z ?
Vient ensuite Lactalis, le grand épouvantail quand il menace ses fournisseurs qui ne veulent pas signer. Le message est clair : pas d'OP majeures et de contrats à trois, juste des OP « maison » et des contrats individuels. Infléchira-t-il vraiment sa ligne sous la pression de syndicats et d'un ministre sur le départ ? À voir. Un constat : comme à son habitude, le Lavallois joue les gros bras. Avec lui, c'est contre-pied et tacle par-derrière. Pendant la crise, il laissait entendre qu'il pouvait payer le lait plus cher mais, devant les difficultés de ses concurrents, qu'il ne souhaitait pas envenimer les choses. Les années suivantes, il donne des rallonges quand les autres n'en donnent pas, puis inversement. Le roi de l'embrouille, ce Lactalis.
Arrivent les gentils Bongrain, Senoble et Danone qui, d'emblée, acceptent de négocier et incitent même à constituer des OP. Pour vraiment jouer la transparence sur les volumes collectés ou mieux les manipuler ? Le contrat de base était gratiné. Pas étonnant, le ministère ayant donné carte blanche aux industriels pour l'écrire. La rénégociation du premier jet a permis des avancées significatives sur plusieurs points. Mais des trous noirs subsistent, porte ouverte à des manipulations ? L'OP aura certes accès à la production mensuelle des livreurs mais sous forme d'un « fichier informatique compressé et anonyme ». L'OP s'engage à approvisionner de manière la plus régulière possible la laiterie (25 % de la production par trimestre) afin d'optimiser l'outil de production. On peut comprendre la logique industrielle qui consiste à saturer les installations et assurer une production de produits frais toute l'année. Mais comment l'OP va-t-elle inciter, voire contraindre ses adhérents puisqu'elle n'a pas les données individuelles ? Et avec quels moyens humains ? Comment avoir une idée précise de la collecte et de la transformation sur un bassin pour négocier des prix ? Car c'est bien là le coeur du problème : un contrat sur cinq ans ou plus et sans prix. Si pendant la période de quotas, nous sommes « protégés » par la réglementation en place, qu'en sera-t-il après ?
La stratégie des privés est claire : se développer à l'international près des nouveaux centres de consommation et là où les coûts de production sont les plus bas. En France, pas de rallonge, on optimise l'existant, quitte à ramener du lait de l'étranger pour peser sur les prix.
Ma grand-mère disait : « Mordu du chien ou de la chienne, t'est mordu quand même. »
PASCAL POMMEREU
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