Dans la logique du profit à court terme, la variable d'ajustement, c'est nous.
Tout fout le camp ma « pauv' dame » ! Triste époque ! Déjà qu'on n'a plus de saison. On n'aura bientôt plus de camemberts en boîtes de bois. Il y a quelques années, Lactalis a bien fait passer ses camemberts Lanquetot et Le Petit du lait cru au thermisé. Pourquoi pas demain du camembert pasteurisé dans des boîtes en plastique...
Il n'y aurait tout simplement plus assez de peupliers en France pour fabriquer la petite boîte ronde. Les radios et les télés nous ont prouvé à coups de reportages outrés que les agriculteurs et les forestiers ne plantaient plus de peupliers, soit disant écologiques dans les bas-fonds. Bande d'idiots ! La raison est toute simple. Un peuplier de 25 ans, sorti en bordure de route et prêt à être chargé dans le camion, est payé entre 20 et 40 €. Une honte ! Vingt-cinq ans pour le faire pousser, le former, de la sueur, du matériel... Le même arbre mis en copeaux pour alimenter des chaudières collectives se valorise le double ou le triple. L'une d'elles, à Rennes, en consomme 600 t par jour : 20 camions par jour... Avec la multiplication de ces projets, la filière tire la sonnette d'alarme. Pas de problème, on en fera venir des pays de l'Est par camions parce que « le bois est écologique ».
Dans les beaux quartiers, les bouchers s'étranglent : « On ne trouve plus de très bonne viande en France. Une viande persillée d'animaux d'un certain âge, élevés à l'herbe. Alors on s'approvisionne en Angleterre et en Irlande. » Nos charolais, limousins et salers sont finis au maïs et la viande est grasse et sans saveur. Mais bande de guignols, les éleveurs français ne sont pas plus bêtes que les Anglais. Nous produisons juste ce que l'industrie de la viande nous demande : des animaux jeunes avec des carcasses standards qui passent à toute allure sur les chaînes d'abattage. Un gros boeuf de 3 ans élevé à l'herbe sera pénalisé car hors normes, et donc mal valorisé auprès de l'éleveur. Certes, certains éleveurs et bouchers locaux se font une réputation avec un produit haut de gamme, mais la majorité de nos concitoyens ne veulent pas ou ne peuvent pas se payer un steak de charolais.
« Le liquide produit par ces holsteins pisseuses de lait et nourries au maïs-soja OGM rend malade, et les fromages, beurres et yaourts sont pâles, fades et sans intérêts nutritionnels », dixit les Jean-Pierre Coffe, Périco Légasse et compagnie. Mais nos industriels nous bassinent que nous ne sommes pas compétitifs vis-à-vis de nos homologues du Nord. Il faut approvisionner les laiteries régulièrement sur l'année pour saturer les outils industriels. Exit les systèmes à l'herbe et les normandes ? Quelques éleveurs malins valorisent le lait de races locales en fabriquant des produits goûteux, commercialisés en circuits courts, auprès d'une clientèle avisée. Mais avec tout le respect que je dois aux races à petits effectifs, ce ne sont pas les nantaises, bretonnes et consoeurs qui fourniront le lait des tours de séchage pour la Chine.
Le producteur de matière première fabrique ce qu'on lui demande, avec des capitaux à rotation très lente et n'a souvent rien à dire sur le prix. Dans ce système marchand et mondialisé, les intermédiaires tirent les marrons du feu avec un ordinateur et un téléphone. Il s'échange chaque année, sur le marché de Chicago, 46 fois la production mondiale de blé. La plupart de ces clampins ne savent pas ce qu'est le piétin échaudage ou le risque de grêle. Dans un système fondé sur le profit à court terme, la variable d'ajustement, c'est le producteur de base. Arrêtez de nous faire la morale et proposez-nous des prix intéressants. Vous verrez que nous savons nous adapter.
PASCAL POMMEREUL
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