C’est avec une certaine nostalgie que je me suis replongé dans un cas type laitier aveyronnais de 1987 qui, dans une autre vie, me servait à construire des dossiers d’installation.
C’était il y a trente ans : à une famille d’éleveurs, on accolait 28 ha et 30 vaches à 4 600 kg de lait. Le prix du lait standard était estimé à 1,60 franc, soit 400 €/1 000 litres aujourd’hui (selon le calculateur de l’Insee). L’EBE – 40 000 € – laissait moins de 15 000 € de disponible à un JA, pas cher payé. Mais il y avait du monde dans les campagnes, c’était les quotas et ma prévision prudente avait de grandes chances de tenir.
En 2017, nous sommes dans un autre monde, celui de la volatilité et d’un prix du lait à moins de 320 €. Alors, c’était mieux avant ? Le métier d’éleveur était sans doute moins stressant et les erreurs technico-économiques avaient moins d’impact. Mais quota oblige, il fallait faire autre chose que du lait pour gagner plus. Avec deux fois plus de vaches que leurs aînés, les JA de 2017 n’ont pas souvent atteint les 15 000 € de prélèvements privés.
Certes, il faut espérer des jours meilleurs. En attendant, les économistes vous conseillent d’améliorer vos coûts de production et d’admettre de produire à perte à certains moments pour gagner beaucoup à d’autres (voir p. 24). Je sais, c’est inaudible pour un grand nombre d’entre vous. Mais dans ce marché internationalisé et dérégulé, d’autres éleveurs, bien moins nombreux qu’en 1987, y parviennent et paraissent encore à l’aise pour produire du lait standard demain (voir p. 26). La loi du plus fort n’était pas la seule règle qui tienne il y a trente ans.
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