Cette fois, la différenciation du lait sort clairement du marché de niche. L’initiative est lancée par Bel, le fromager aux marques connues comme Babybel, La Vache qui rit, Leerdammer… L’industriel a convenu d’un accord très innovant avec l’APBO (Association des producteurs de lait Bel Ouest). L’entreprise collecte 400 Ml de lait en France, dont environ 85 % auprès de cette OP qui rassemble 700 exploitations.
L’accord est issu de plusieurs mois de négociation entre les deux parties.
Il prévoit, d’une part, un prix de base moyen de 350 €/1 000 litres en 2018 sur le volume contractuel (lait à 38/32, hors prime contrôle laitier) pour tous les livreurs. D’autre part, il impose « le déploiement de pratiques différenciantes dans les élevages adhérant à l’OP » avec des primes à la clé. La valorisation du pâturage pendant au moins 150 jours par an sera récompensée par une prime de 6 €/1 000 litres à compter du 1er janvier, versée toute l’année. De plus, l’industriel veut collecter du lait issu de vaches nourries sans OGM, au plus tard à partir de juillet. La prime s’élèvera à 15 €/1 000 litres. Cet accord impliquera la mise en place d’une collecte séparée. « Certains circuits de collecte seront réservés aux fermes engagées dans une démarche de pâturage », précise-t-on chez Bel.
Ces conditions concernent tous les adhérents de l’OP de l’Ouest, soit actuellement 80 % des livreurs de la zone, et la totalité des volumes contractuels, qui restent inchangés. Mais l’objectif est d’aller plus loin et des réunions d’information ont été organisées en décembre pour les non-adhérents. S’ils sont intéressés, ils doivent rejoindre l’OP. « Nous avons de nombreux appels », constate Gilles Pousse, président de l’OP.
La certification engendrera des coûts pour l’OP
Mais tout reste à faire pour la mise en musique de cet accord. D’abord, il faut rédiger un cahier des charges précisant clairement à quoi correspondent les exigences en matière d’OGM et de pâturage. Ensuite, l’OP doit choisir un organisme certificateur qu’il faudra payer pour certifier la conformité des élevages. En cours de négociation avec différents organismes, Gilles Pousse n’avance pas de tarif pour l’instant. Le coût de l’adhésion à l’OP reste donc à fixer.
Jusque-là, Bel a toujours traité les adhérents de l’OP et les autres livreurs de façon identique. Cette stratégie semble rompue. Dans l’immédiat, l’industriel se borne à considérer que l’intérêt de l’accord poussera la quasi-totalité des éleveurs à adhérer. On peut penser que les primes en séduiront plus d’un, mais quid des adhérents qui ont abandonné le pâturage ?
Pascale Le Cann
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