La crise du lait, Fabrice Hégron en a pris son parti : « Soit on attend de mourir, soit on se prend en main. » Installé en Gaec avec son frère Sébastien, cet éleveur produit 900 000 litres de lait à Montbert, dans le vignoble nantais. Avec en tête l'ambitieux projet de transformer et de vendre lui-même sa production. « Pour cela, nous avons changé l'alimentation des vaches. En 2006, nous avons arrêté les ensilages au profit d'un séchage en grange. Désormais, c'est foin, fourrage vert et maïs grain. »En 2011, le déclin de l'activité laitière française et la fin programmée des quotas laitiers lui donnent le déclic. « Avec cinq autres producteurs du coin, nous avons cherché à mettre en place un système qui permet de mieux nourrir les hommes, tout en respectant l'environnement. Et surtout, qui rémunère correctement l'éleveur. »Conscient qu'il « n'y arrivera pas seul », le groupe s'entoure d'entrepreneurs, de comptables, de juristes et de spécialistes en communication. « Nous avons suivi des formations commerciales et juridiques. Nous avons réalisé une étude de marché, analysé les besoins et les attentes. Nous avons rencontré la grande distribution. Certains disaient que nous étions fous, que ça ne marcherait jamais. »
En juin 2014, la SAS De nous à vous voit le jour. Vingt et un éleveurs des Pays de la Loire et de Poitou-Charentes en font partie. Un an plus tard, leur lait, sous la marque En direct des éleveurs, s'apprête à investir les rayons des supermarchés de l'Ouest. « Leclerc et Système U vont le référencer. Nous proposerons deux gammes : l'une bio et l'autre riche en oméga 3, sans huile de palme et sans OGM. Nous mettons également en place une traçabilité qui n'existe pas aujourd'hui. » Pour ce faire, le collectif a choisi un packaging innovant. « Éco-conçu », souple et micro-ondable, chaque paquet sera doté d'un QR code.
« Une traçabilité qui n'existe nulle part ailleurs »
D'un simple scan, il permettra d'accéder à la liste des producteurs. Un suivi infaillible, assure Fabrice Hégron. « Un camion livré = une fabrication. Nous avons dimensionné l'outil de production en fonction de nos objectifs. »
Située à Remouillé, la laiterie doit entrer en service au printemps prochain. Pour l'heure, l'usine est un vaste chantier auquel les éleveurs participent. « Nous restons maîtres de notre projet. Cela suppose de s'impliquer personnellement. C'est inscrit dans le cahier des charges. » Leur investissement est aussi financier. Sur un budget de 8 M€, 2,34 M€ sont apportés par les exploitants, le reste financé par des emprunts, des subventions, un fonds d'investissement et, originalité, un crowdfunding (financement participatif via internet) de 300 000 €.
ADELINE LE GAL
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