Cet été, nous faisions écho de la décision de Tereos, dans les Hauts-de-France, de réserver la pulpe surpressée aux seuls planteurs de betteraves sucrières en 2025, après avoir réduit les droits en 2023 et 2024. En Alsace, c’est déjà le cas auprès de Cristal Union. La seule ressource pour les non-planteurs reste Cristal Union dans la Marne. Plus largement, dans le Grand Est, c’est la disponibilité à venir de tous les coproduits humides issus de l’industrie agroalimentaire locale qui soulève des inquiétudes, selon une enquête menée dans le cadre du projet Coprame, piloté par Idele avec les organismes de conseil de la région. « Les coproduits participent à l’autonomie alimentaire de l’élevage bovin régional à un prix encore compétitif, souligne Mathilde Jouffroy, chargée d’études à l’Idele. Or il y a une compétition croissante pour cette ressource, liée au développement de la méthanisation. L’alimentation animale valorise 98,5 % des coproduits, sur le terrain les éleveurs ressentent des tensions. »
Déjà, première en matière d’installation de méthaniseurs, la grande région à l’ambition de produire 100 % de son énergie de façon renouvelable d’ici à 2050. De plus, pour répondre aux objectifs nationaux de décarbonation, la méthanisation offre à l’industrie une voie de réduction de son empreinte environnementale, soit avec des partenaires méthaniseurs, soit en créant son propre site. Dans cette logique, des brasseurs alsaciens envisageraient de faire des pellets à partir des drèches pour leur autoconsommation électrique. Cela s’ajoute à la volonté de deux tiers des entreprises enquêtées de réduire leur production de coproduits via l’optimisation de leur chaîne de production.
« Besoin d’appréhender le CO2 de façon collective »
Sur ce marché qui se réduit, il y a forcément de la surenchère pour la ressource. D’où les difficultés exprimées à s’approvisionner en volume à un prix acceptable. « Les prix sont en constante hausse et se calent désormais sur les cours du soja, explique Dominique Neige, gérant de la société Pollen spécialisée dans le mélange de coproduits à la ferme. Le prix des drèches a presque doublé, sans réelles perspectives de baisse. » Or 83 % des éleveurs bovins de la région interrogés utilisent de 1 à 4 coproduits. « Ce jusqu’au-boutisme énergétique fait fi des conséquences socio-économiques associées à la perte de rentabilité des exploitations et ignore les bienfaits des coproduits sur l’empreinte environnementale globale de tout un territoire », déplore Stéphane Lartisan, ingénieur nutrition au Bureau technique de production laitière (BTPL).
En effet, plus de 70 % de ces matières premières parcourent moins de 50 km entre leur lieu de production et l’utilisateur. À titre d’exemple, au lycée agricole d’Obernai (Bas-Rhin) où 180 JB sont engraissés chaque année avec une ration à base de maïs et de coproduits, l’autonomie protéique régionale est de 100 %. « Le CO2 est un enjeu de territoire qui devrait être appréhendé de façon collective », estime part Freddy Merkling, son directeur.
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