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Changement climatiqueLuzerne, lotier, méteil ensilé... les adaptations de Luc Lemesle, éleveur (53)

Plus de journées chaudes, des précipitations réparties différemment… Le climat change et les éleveurs réfléchissent aux adaptations possibles. Parmi eux, Luc Lemesle, éleveur en Mayenne, a expliqué au Space les modifications appliquées à son système.

Luzerne
La température de pousse optimale pour la luzerne est de 29 degrés. (©Terre-net Média)

Les conditions météo de cet été 2022, marquées par les fortes chaleurs et l’absence de précipitations, seront la norme dans les années 2041-2070. C’est ce qu’indiquait Brendan Godoc de l’Idele lors d’une conférence organisée au Space.

« Si le nombre de journées chaudes (températures supérieures à 25 °C) s’élevait à 30-40 jours par an entre 1976 et 2005 dans l’Ouest de la France, il passera à 60-80 jours entre 2041 et 2070 selon les projections de Météo France ». Autre évolution du climat : les précipitations seront les mêmes en quantité sur l’année mais réparties de façon différente : très peu l’été et beaucoup l’hiver. L’évapotranspiration sera supérieure en raison des températures plus élevées.

Ces évolutions auront indéniablement des conséquences pour les éleveurs. D’abord pour leurs animaux qui seront davantage soumis à un stress thermique sévère. Et ensuite pour les fourrages. L’herbe sera disponible plus tôt dans l’année, pendant l’automne et l’hiver. En revanche, les éleveurs devront faire face à un fort déficit l’été.

La luzerne profitera plutôt de ce changement climatique puisque, son optimum de pousse se situe à 29 degrés. Les rendements et le nombre de coupes devraient donc augmenter.

Enfin pour les maïs, Brendan Godoc a expliqué que « ses rendements devraient continuer à progresser en moyenne, en jouant sur des variétés plus tardives et des dates de semis avancées. Mais avec des aléas climatiques plus fréquents, les rendements seront plus variables. »

Quelles adaptations ? L’exemple de Luc Lemesle

S’adapter aux aléas climatiques, c’est un sujet sur lequel Luc Lemesle, éleveur laitier bio à Grez-en-Bouère en Mayenne, installé en Gaec sur une exploitation de 130 ha, a réfléchi. En effet, il participe à un groupe d'échanges organisé par le Civam AD 53 sur cette thématique.

Le groupe a notamment utilisé le jeu du Rami pour simuler un aléa climatique, regarder les impacts sur un système existant et envisager les adaptations à faire. Par exemple, en cas de forte sécheresse l’été, pour faire face au manque de fourrage, trois solutions ont été envisagées : maximiser l’herbe (report sur pied, pâturage l’automne), ensiler du méteil grain et grouper les vêlages en début d’automne (pour éviter les vêlages l’été et limiter ainsi les besoins en fourrage à cette période-là). Le système adapté a en plus une empreinte carbone plus faible (- 4 %) par rapport au système existant, car disposant de moins d’animaux improductifs.

En pratique, lui et son associé ont déjà depuis quelques années apporter des modifications à leur système. Ils ont d’abord implanté de la luzerne et aménagé des chemins pour permettre l’accès au pâturage lorsque les conditions sont humides. Ils sèment également du lotier, « une très bonne plante qui résiste bien au sec et qui peut aussi bien être pâturée, fauchée qu’ensilée ». Enfin, ils sèment les prairies sous couvert de méteil. Cela permet les années sèches, comme cette année, de le récolter pour avoir un fourrage supplémentaire, et aussi de semer plus tard les prairies.

Mais Luc le reconnait, certaines solutions ne sont pas pour lui, comme le fait de grouper les vêlages l’automne. Il faut accepter pour cela de se séparer des vaches pas pleines : « Quand j’ai une bonne vache, je ne veux pas m’en séparer parce qu’elle n’a pas pris », explique-t-il. En effet, appliquer ce qu'on dit en théorie, ce n'est pas toujours envisageable pour les éleveurs, reconnait Sabine Allou, animatrice du Civam 53.

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