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Marchés mondiaux du laitEn Nouvelle-Zélande, des perspectives très incertaines pour 2022

Le cheptel laitier néo-zélandais a perdu 4 % depuis 2015 (©Pixabay)
Le cheptel laitier néo-zélandais a perdu 4 % depuis 2015 (©Pixabay)

La chute de production laitière néo-zélandaise est-elle « un trou d’air ou un phénomène durable » ? Réponses de l’Idele, entre prix élevés de l’aliment, météo incertaine, manque de main-d’œuvre et retrait de la demande chinoise.

Pour l’instant, il est difficile de savoir ce que va donner la production laitière néo-zélandaise sur 2022. « Contrairement à ce qui se passe aux États-Unis, la production plafonne ces dernières années », expliquait Marion Cassagnou lors d'une journée consacrée aux marchés mondiaux du lait, organisée par l’Idele le 31 mai.

Selon le département américain de l’Agriculture (USDA), elle baisserait de 1 % par rapport à 2021. « Sur le premier trimestre, elle a déjà chuté de 6 % et a atteint le niveau le plus bas depuis 2013 sur un trimestre », détaille l’économiste

De fait, la production en Nouvelle-Zélande a été « coupée dans son élan » en raison d’un printemps austral (septembre à décembre 2021) chaud et sec qui a beaucoup freiné la pousse de l’herbe, détaille-t-elle. Puis « les pluies de fin-février et mars ont limité la baisse de la collecte sur cette période », mais « il s’est vite arrêté de pleuvoir ».  D’autre part, des inondations au sud de l’île avaient entaché la récolte des céréales fourragères, notamment du maïs.

Si bien que cette année, « le stock de fourrages n’est pas exceptionnel, voire pas bon, et l’état des pâtures en mai n’augure pas de bons chiffres de production laitière en mai-juin ».

Production laitière de la Nouvelle-Zélande depuis 2019
Production laitière de la Nouvelle-Zélande depuis 2019 (©DCANZ)

La météo sera particulièrement déterminante pour la production au moment du pic laitier, en septembre-octobre : « s’ils ont une très bonne production d’herbe, ça changera la donne et la production repartira forcément à la hausse ».

Le cheptel devrait encore fléchir

De son côté, le cheptel laitier néo-zélandais a atteint un maximum de 5 millions de vaches en 2014, avant de se tasser un peu chaque année qui a suivi. Il a ainsi perdu 4 % depuis 2015, et devrait à nouveau fléchir de 0,6 % entre 2021 et 2022.

Mais là aussi l’incertitude est de mise : le Covid a réduit la main-d’œuvre disponible dans les abattoirs, ce qui provoque d’importants retards d’abattages dans le pays (en mai, le retard atteignant un mois). « Si c’est trop compliqué d’abattre, les éleveurs garderont peut-être les vaches une année de plus ».

Un autre élément pourrait jouer sur le cheptel laitier néo-zélandais, souligne l’experte : la loi relative à la réglementation de l’eau est en train de changer, ce qui pourrait modifier les modes d’élevage à court terme, et réduire la production.

Des prix peu incitatifs, bien qu'historiquement hauts

Les prix du lait sont « historiques » : 9,3 dollars néo-zélandais par kg de matière sèche chez Fonterra pour 2021/22, l’équivalent de 500 €/1 000 l… Mais ils passent à 6,5 dollars/kg si on le corrige de l’inflation. Comme pour les autres exportateurs, le prix du lait n’est donc « pas assez incitatif au regard des coûts de production », note Marion Cassagnou : il n’encourage pas les éleveurs à produire.

Prix du lait, Nouvelle-Zélande
Prix du lait au premier semestre dans les trois grands bassins exportateurs de lait : les USA, la Nouvelle-Zélande et l’UE (©DG Agri, LTO Netherlands)
Car une forte contrainte pèse sur la production : « la Nouvelle-Zélande achète beaucoup de tourteau de palmiste, un sous-produit de l’huile de palme », et ce d’autant plus quand les fourrages viennent à manquer. Or « le prix de ce tourteau a presque doublé pour les éleveurs » en quelques mois, notamment à cause de la guerre russo-ukrainienne.

Des exportations suspendues à la demande chinoise

Entre 2020 et 2021, les exportations néo-zélandaises de produits laitiers ont augmenté de 2 % en volumes et grimpé de 10 % en valeur, portées par le poids grandissant des achats chinois, notamment de poudre grasse. L’Empire du milieu représentait 5,7 Mrd€ des exports du pays en produits laitiers en 2021, soit 46 % des ventes et une hausse de 26 % par rapport à 2020.

La tendance a changé sur début 2022 : les volumes de fromages exportés ont notamment baissé de 11 % en un an sur la période janvier-mai. Ils ont plongé de 21 % pour la poudre grasse, une contraction liée au retrait de la Chine, qui a dû reconfiner Shangai et ralentir son activité à cause du Covid.

« La Nouvelle-Zélande a la moitié de ses débouchés en suspens, dépendants de la Chine, résume l’économiste. On verra si le ralentissement chinois perdure ou pas pendant l’année... »

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