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Loi climatLe débat sur les menus végétariens dans les cantines fait son retour

« Viande bashing » ou « liberté de choix » : le débat sur les menus végétariens dans les cantines, qui avait secoué la majorité il y a quelques semaines, a fait son retour de façon plus apaisée jeudi à l'Assemblée, lors de l'examen en commission du projet de loi climat. (Mise à jour à 15h44)

Après deux heures d'échanges, les députés ont adopté l'article 59 proposant aux collectivités volontaires l'expérimentation de menus végétariens quotidiens, au choix, dans les cantines. La co-rapporteure LREM Célia de Lavergne espère que la discussion dans l'hémicycle, à partir de la fin du mois de mars, permettra d'aller plus loin. « Le repas végétarien est bon pour l'environnement. Il émet 20 à 30 % de gaz à effet de serre de moins qu'un repas carné », mais « je ne crois pas qu'on ait pour autant à dire aux gens quoi manger », a-t-elle nuancé.

Le sujet reste sensible et les parlementaires attendent avant la séance plénière l'évaluation d'une des mesures de la loi Egalim, adoptée en 2018 : l'expérimentation d'un repas végétarien hebdomadaire obligatoire dans les cantines. Le ministre de l'agriculture Julien Denormandie, qui est intervenu en visio, en attendant le résultat d'un test PCR, a mis en avant ses deux mantras sur le sujet : la « liberté de choix » et la « montée en qualité » dans les cantines.

En commission, plusieurs élus LR ont à nouveau fustigé « l'agri-bashing » et « le viande bashing », quand « de nombreux parents ne sont pas toujours financièrement en mesure d'offrir quotidiennement de la viande à leurs enfants ». Ils ont toutefois convenu qu'il fallait manger « moins de viande » et en améliorer la qualité.  

Chez LREM, le « député paysan » de la Creuse Jean-Baptiste Moreau réclame également la suppression de l'article, mais n'était pas présent en commission. Fin février, il avait vigoureusement pris part à la polémique contre des menus sans viande dans les cantines de la municipalité EELV de Lyon, jusqu'à mettre en cause la ministre de la transition écologique Barbara Pompili dans un tweet, avant d'acter un « très net désaccord ». La ministre critiquait alors des « clichés éculés » sur l'alimentation végétarienne durant ce débat, à l'inverse de son collègue de l'agriculture Julien Denormandie, hostile à la « posture » de la municipalité écologiste de Lyon. « C'est aberrant d'un point de vue nutritionnel et c'est une honte d'un point de vue social », estimait-il.

« Les mangeurs de brocolis »

Prudente, la majorité a cette fois évité les éclats de voix. Le MoDem Bruno Millienne a appelé à permettre « aux citoyens d'avoir le choix de manger ce qu'ils veulent », redoutant une « discussion dogmatique » : le terme « végétarien pour beaucoup de nos concitoyens représente encore des mangeurs de brocolis, même si ce n'est pas tout à fait le cas ». « Je voudrais qu'on axe le débat sur le pourcentage de protéines animales et végétales qu'on doit manger pour avoir un repas équilibré », a-t-il réclamé.

Au centre droit, l'UDI Thierry Benoit juge que la majorité s'est « fourvoyée » en « alimentant une querelle entre les végétariens et ceux qui veulent manger de la viande, c'est malsain ». Il a appelé à une réflexion sur le repas « durable » avec « de tout » mais « un peu ». Côté écologiste, la non inscrite Delphine Batho (Deux-Sèvres) a souligné que le « premier enjeu » de la restauration collective, c'est que « ce soit bon ». Et le « deuxième enjeu, c'est la défense de l'élevage français, celui du bocage, pour sortir de la restauration collective où les viandes sont importées ». Le LFI Eric Coquerel estime que l'expérimentation proposée « ne va pas assez loin », il faut « assumer qu'on doit manger moins de viande ».

Selon la corapporteure Célia de Lavergne, sur une vingtaine de recettes végétariennes développées par « le conseil national de la restauration collective », sept sont « vraiment appréciées des enfants, on progresse. C'est encore assez peu si on veut généraliser quotidiennement. Mais c'est une accélération du processus. On est lancé », assure-t-elle à l'AFP. En commission, citant des sondages, elle a indiqué que « 5 % de Français mangent végétarien, et 12 % des 18-25 ans. Surtout, de plus en plus de Français pratiquent une alternative végétarienne dans leur alimentation, près de 30 % se disent flexitariens ».

Dans la foulée, les députés ont adopté un amendement du LR Julien Aubert pour exclure le recours à la viande synthétique dans les cantines. Puis un autre du LREM Gaël Le Bohec pour mettre en place dans toutes les cantines une « tarification sociale ». Le gouvernement y était défavorable, au nom du « principe de libre administration » des collectivités, et préfère « aider financièrement » les petites communes.

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