Menu

Veaux laitiers en plein airVaches nourrices pour l'élevage des veaux : les conseils de Gérard Grandin

Une fois l'adoption acquise, les vaches nourrices se laissent généralement téter par tous les veaux qui se présentent. (©Terre-net Média)
Une fois l'adoption acquise, les vaches nourrices se laissent généralement téter par tous les veaux qui se présentent. (©Terre-net Média)

Gérard Grandin ne porte plus un seul seau de lait. Pour nourrir ses veaux laitiers nés au printemps, il laisse faire la nature, ou presque. Les vaches nourrices à l’herbe font office de Dal très efficace !

C hez Gérard Grandin, dans l’Orne, une cinquantaine de veaux naissent durant le mois de mars (voir le reportage). Dans son système très économe en investissements et en temps de travail, cet éleveur laitier biologique a mis en place avec succès un groupe de vaches nourrices pour élever ses génisses de renouvellement et les veaux mâles vendus à deux semaines.

Les vaches mettent bas dans le paddock de vêlage où elles disposent de foin et de chlorure de magnésium. « C’est un produit qui baisse le Baca, favorise les contractions utérines et booste le système immunitaire, et en plus, ça ne coûte pas grand-chose », fait remarquer l’éleveur qui ne dépense pas ses sous au hasard. Les veaux restent 24 heures avec leur mère, le temps d’ingérer suffisamment de colostrum, puis sont séparés pour rejoindre leur mère adoptive.

[slideshow post_id="167"]

Adoption en case individuelle

En pleine période de vêlage, l’adoption a lieu en bâtiment. Les veaux mâles sont placés dans l’ancienne nurserie : « Je les mets avec les vaches que je veux réformer au printemps, généralement des Holsteins à plus d’un an de lactation, avec des mammites ou qui ont du lait non commercialisable pour cause de césarienne. Elles ont chacune une case avec quatre veaux et sont nourries exclusivement au foin. »

Mises à part quelques rares vaches récalcitrantes, l’adoption ne semble pas poser de problème et se fait en quelques heures ou quelques jours. « Dans le pire des cas, je bloque la vache au cornadis avec une entrave le temps qu’elle se laisse téter par un veau qui n’est pas le sien. Si ça ne fonctionne vraiment pas, on peut toujours changer de vache. » L’éleveur n’hésite pas à bouger des veaux mâles d’une case à l’autre en fonction des naissances et des ventes de veaux mâles ainsi que de l’état corporel de la vache nurse.

Les vaches nourrices étant généralement celles avec des comptages de cellules somatiques trop élevés, Gérard ne jettent quasiment pas de lait. « Les veaux tètent toute la journée, cela vide la mamelle, ce qui a pour effet de résorber rapidement les mammites », observe-t-il.

Gare au parasitisme

Pour faire élever ses 16 génisses de renouvellement nées en l’espace de trois semaines, Gérard essaye de ne pas dépasser trois veaux par vache nourrice. Après quelques jours d’adoption en bâtiment, la joyeuse bande est lâchée dans une prairie au calme et éloignée de la route.

La pâture qui leur est destinée est divisée en cinq paddocks d'1 ha afin de favoriser la repousse de l’herbe et surtout de limiter le risque de parasitisme par les larves de strongles. « Les veaux et leurs nourrices ne restent pas plus de 6 jours sur un même paddock car les larves n’ont pas le temps d’éclore. Et il ne faut pas revenir sur la même parcelle avant 30 jours, ainsi les larves ne survivent pas faute d’avoir trouvé un hôte, explique Gérard Grandin. J’ai appris la technique des vaches nourrices grâce à Erwan Leroux, éleveur bio dans le Finistère. Lui a sémé de la chicorée et du plantain, dont les tannins auraient des effets bénéfiques contre les parasites digestifs. » Depuis trois ans, Gérard Grandin ne vermifuge qu’au cas par cas, ne vaccine plus et a choisi de ne plus écorner les veaux.

En deux ans, il n’a pas perdu un seul veau sous vaches nourrices. « Les veaux sont en bonne santé, ils ont toujours du lait chaud dans le ventre. Ils ne souffrent pas du froid ou des giboulées de mars. Ils savent s’abriter derrière un talus et se blottissent les uns contre les autres en cas d’intempérie. » Par contre, ce printemps, l'éleveur a essuyé plusieurs pertes de veaux mâles laissés quinze jours avec leur mère au sein du troupeau. « A l'âge d'une semaine, les veaux qui restent avec leur mère ont sans doute trop de lait à leur disposition. Malgré les deux traites, ils boivent trop, font des indigestions ou des intoxications. Il faut que j'affine cette méthode. Mais je n'ai pas ce problème avec les veaux sous nourrices qui sont mieux rationnés.»

D’excellentes croissances

Les petites génisses resteront avec leur mère adoptive jusqu’à l’âge de neuf mois. En novembre, elles rentrent en bâtiment et les nourrices partent à l’abattoir. « En élevage biologique classique, le sevrage est souvent une période difficile car les veaux ont du mal à faire la transition entre le lait entier et la paille avec du concentré. Tandis que mes veaux à l’herbe développent leur rumen et deviennent des ruminants plus rapidement. Ils sont sevrés physiologiquement lorsque la mère n’a plus de lait. »

Gérard estime que la croissance des génisses est excellente, notamment durant les six premiers mois lorsque le lait et l’herbe abondent. « Les premières chaleurs apparaissent dès l’âge de neuf mois ! », s’étonne l’éleveur qui veut impérativement faire vêler ses génisses à 24 mois. Grâce à cette méthode, les veaux sont déjà habitués à la vie au grand air, aux clôtures électriques et à l’utilisation des abreuvoirs-pompes. 

Garder le contact

Si Gérard ne nourrit pas les veaux, ce n’est pas pour autant qu’il ne s’en occupe plus. En effet, sans présence humaine, les génisses risquent de devenir de vrais petits chevreuils ! « Au champ, il faut garder le contact, prendre le temps de les observer tous les jours et de les laisser s’approcher sinon leur distance de fuite augmente », précise-t-il.

Gérard Grandin vache nourrice
A terme, Gérard Grandin ne souhaite traire plus qu’une seule fois par jour : « En monotraite, les primipares produisent très peu de lait, c’est pourquoi je les privilégierai comme vaches nourrices. Leur production ne sera pas restreinte par la taille limitée de leur mamelle et l’intervalle de traite. »(©Terre-net Média)

Réagir à cet article

Sur le même sujet