« Notre idéal serait d’être à cinq associés »

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De gauche à droite, Clément, Emma, Rémi, Arnaud et Denis. Emma, salariée, et Arnaud préfèrent être avec les animaux, comme Clément. Rémi s’occupe plus des veaux, des cultures et de la mécanique. Denis s’occupe de l’élevage ovin, de l’alimentation des vaches laitières sur le site de Lescure et des cultures. Emma pense rejoindre le Gaec à moyen terme. « Nous avons de la chance d’avoir deux jeunes intéressés », soulignent les trois frères. (©Stéphanie Chayrigues)

En 2025, le Gaec Chayrigues, en Aveyron, a vu l’arrivée d’un nouvel associé et de trois robots de traite. Une autre associée pourrait encore le rejoindre à moyen terme. Un ensemble de changements rapides pour assurer l’avenir.

« Nous n’avons pas hésité », déclare ­Clément Chayrigues au sujet de son installation et de celle de ses frères, Rémi et Denis. Il est revenu à la ferme le premier en 1996. « Mes parents avaient besoin de quelqu’un », précise-t-il.

Rémi est arrivé en 2000 et Denis en 2005. Et l’année dernière, le fils de Clément, Arnaud, 23 ans, a pris le même chemin, soit « au moins la cinquième génération sur la ferme ». Enfin, Emma, sa nièce, est salariée et devrait les rejoindre à moyen terme. « Mes grands-parents devaient avoir 8 vaches, à 5 000 litres, 30 brebis sur 18 hectares », se souvient-il. Aujourd’hui, avec un agrandissement en 2023, la ferme compte près de 290 bovins, essentiellement de race brune sur 346 ha. « À mon installation, notre objectif a été de passer tout le troupeau en race brune.

L’exploitation est sur deux sites l’un à Lescure (630 m d’altitude) et le deuxième à Lagarde (680 m d’altitude), distants de quelques minutes de route en voiture. La vaste SAU se compose de parcelles aux qualités pédologiques très différentes, avec un impact sur la production fourragère (parcours : 0,5 t MS/ha/an et maïs : < ou = à 15 t MS/ha/an) (© E.Durand)
L’atelier ovin viande est monté à 350 brebis avant de redescendre à 240, renouvellement compris. Il a permis à la mère de Clément de s’installer en 1989. Il y avait une obligation à créer un nouvel atelier à l’époque pour s’installer. Ce n’est qu’à l’installation de Rémi et Denis que les brebis ont diminué avec une hausse de la référence laitière (achat), impossible auparavant. (© E.Durand)
Sur le site de Lescure, le robot peut orienter certaines vaches vers une aire paillée, à la demande des éleveurs. Clément a constaté que les vaches s’y reposaient surtout la nuit. Des logettes dans le bâtiment ont été privilégiées pour éviter des mammites à répétition. A Lagarde, les vaches restent sur aire paillée et ont une aire d’exercice en extérieur. (© E. Durand)

Nous avions quelques holsteins. Le système est resté assez stable jusqu’en 2020 où nous avons eu un gros problème foncier, avec la perte de 40 ha, représentant un tiers de notre ressource fourragère. Aussi nous nous sommes associés en 2023 avec l’un de nos voisins, Christian Poujol, durant quinze mois. La ferme (site de Lagarde) était à quelques minutes en voiture de chez nous (site de Lescure). Mon fils, Arnaud, a pris sa suite et Christian est resté salarié pendant onze mois avant sa retraite. Avec l’arrivée d’Arnaud, nous avons installé trois robots de traite, un sur le site de Lagarde, le 15 février 2025 et deux sur le site de Lescure, le 21 octobre de la même année. »

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520 000 € investis

Cela a représenté un investissement de 520 000 € dont 440 000 € uniquement pour les robots. « La possibilité de tester la progestérone nous a fait pencher pour la marque DeLaval, reconnaît Clément. Sur le site de Lescure, nous produisons 650 000 litres et sur le site de Lagarde, 400 000 litres. À l’heure actuelle, nous ne cherchons pas à augmenter le nombre de vaches et l’inconnue porte sur la hausse de la production que peut apporter le robot. Certaines vaches y passent quatre à cinq fois par jour. Cela commence à se voir avec une hausse de production de 10 %, mais nous n’avons pas encore assez de recul. »

Les génisses sont élevées ensemble et au moment du vêlage, un site leur sera attribué où elles passeront toute leur carrière. Dans la stabulation, les vaches sont particulièrement proches de l’homme. « Je suis un passionné de la brune. Elle a un super caractère et elle a tous les critères pour être la vache de demain. Elle réalise 1,1 lactation de plus que d’autres races. Elle a une bonne longévité et s’adapte à la chaleur. Elle produit un lait avec des beta et kappa caséines, recherchées par les transformateurs, et je suis convaincu que le côté santé du lait est l’un des sujets de demain pour continuer à développer une filière d’excellence. »

L’ancienne salle de traite (2x6 places) sur le site de Lescure sera remplacée par un local pour trier les animaux, sécuriser les interventions du vétérinaire ou de l’inséminateur. L’objectif est de faire de même sur l’autre site. (© E.Durand)
Le Gaec garde certaines vaches longtemps comme Kadille 20 ans, Chipie 14 ans ou encore Urgelle, 16 ans. « Ce ne sont que des vaches qui ont marqué le troupeau. 90 % de mon troupeau descend de ces 3 vaches. Urgelle (carrière : 116 000 litres, 17 vêlages est née d’un transfert d’embryon et six taureaux d’IA sont issus de sa descendance). Le père de Clément se souvient que son père, en 1960, avait refusé de vendre l’une de ses vaches, bonne productrice. Il avait alors 12 ans. Cette vache fait partie des souches des lignées actuelles, raconte Clément. (© E.Durand)
Les petits veaux peuvent se voir et se sentir entre eux, dans leur case individuelle. Ils ne reçoivent pas de lait le dimanche soir à partir d’une semaine d’âge. Le lait du dimanche matin est apporté en quantité plus importante. Une vieille habitude pour « ne pas surcharger sur le plan digestif », explique Rémi « et cela simplifie le travail du dimanche soir ». (© E.Durand)

Le Gaec vend de la génétique par Brune et jersiaise développement France (BJD France). « Pour moi, ce relais de commercialisation allie sécurité sanitaire et qualité des animaux. C’est ce que je cherchais. […] Une génisse coûte cher à produire, aussi la vendre pour faire du lait ailleurs doit être rentable ! » Et de continuer : « La vache que je cherche produit de la matière utile et elle ne doit pas se faire remarquer. Je dois l’oublier. Elle ne doit pas poser de problème. Elle doit avoir de bonnes pattes, un bon bassin, un bon index cellules, etc. Je fais génotyper tous les animaux. Ainsi à trois ou quatre mois d’âge, je connais la valeur génétique des générations qui vont vêler vers 28 mois. Et, quand je constate qu’avec une série de taureaux j’ai dégradé certains critères, je modifie pour réajuster. D’ailleurs, je pense que je vais sélectionner davantage la matière grasse lors de mon prochain lot en insémination. » Clément est un adepte de la longévité des vaches. Le Gaec possédait même en 2003 la plus vieille vache laitière de France, toute race confondue (20 ans et encore en lactation).

Une production en AOP bleu des Causses

Les vêlages ont lieu toute l’année, mais avec un pic en début d’hiver. Dans le cahier des charges du bleu des Causses, les vaches doivent pâturer au minimum 120 jours. Avec les canicules de certains étés, elles rentrent en bâtiment au 15 juillet pour ressortir à l’automne. « Quand je me suis installé, le pâturage des vaches démarrait au 15 avril. Maintenant, il commence au 10 mars », pointe Clément. L’eau est devenue encore plus stratégique. Situé à la source de la rivière Aveyron, le Gaec fait partie de la quinzaine d’irriguants sur un secteur allant jusqu’à Rodez, 50 km plus bas. « Nous avons le droit d’arroser certains jours et nous nous organisons en tours d’eau. Nous irriguons depuis 1989. Au départ, nous utilisions l’eau d’un lac collinaire et sont venus s’ajouter, par la suite, ces prélèvements dans la rivière. La gestion du bassin-versant est maintenant organisée jusqu’au Tarn-et-Garonne, mais il y a plus de pression aujourd’hui pour que nous prélevions moins en amont pour en laisser en aval », analyse Rémi, en charge de l’irrigation en été (2 heures/jour pour déplacer l’enrouleur). Côté parcellaire, les deux sites sont plutôt bien imbriqués et plus de 30 ha de pâturage, réservés aux vaches laitières, jouxtent les bâtiments. Rémi y implante du ray-grass italien ou hybride, du trèfle violet et incarnat (mélange de courte durée). Les parcelles les plus éloignées comportent un mélange de luzerne, dactyle, fétuque, ray-grass anglais et trèfle violet. « Je prends la précaution de rajouter toujours un peu de blé au semis, observe Rémi. Je n’arrive pas à identifier un facteur qui va nous permettre de nous indiquer s’il faudra sursemer ou ressemer totalement à l’automne. »

Le bâtiment a été créé en 2005, puis agrandi en 2012 avec un passage en logette pour réduire les mammites. La fabrique d’aliments avait été pensée volontairement dans le bâtiment. « Mais c’était une erreur car la poussière est très présente », relève Clément. Il peut surveiller ses vaches d’un coup d’œil avec la plate-forme en hauteur où se trouve également le moteur des robots. Un vaste bureau est aussi en projet. (© E. Durand)
Sur le site de Lagarde, les vaches peuvent profiter du soleil en hiver, un petit plus dont Clément a parfaitement conscience, mais par temps humide, les conditions ne sont pas optimales. Le robot est arrivé en février sur ce site, toujours en aire paillée et où quelques dernières holsteins pointent leur nez. (© E.Durand)

Il parle de la « mortalité des prairies », évoquant parfois la température ou le déficit hydrique qui fait mourir la plante. Les sols les plus profonds atteignent 50 centimètres et plusieurs parcelles n’ont que 10 centimètres. « Nous sommes sur le Causse, en zone de montagne, dans le parc naturel régional des Grands Causses », précise Clément. Lorsqu’il y a de gros orages, l’érosion peut se manifester. Toutes les céréales produites sur la ferme sont autoconsommées et seule la paille fait défaut. « Lorsque nous rentrons les fourrages en bâtiment, nous réalisons un plan de l’origine parcellaire de ces fourrages en lien avec leur place de stockage. Nos parcelles n’ont effectivement pas toutes les mêmes valeurs fourragères. Et nous réalisons systématiquement un mélange de fourrages (origine parcellaire différente) lorsque nous les distribuons. Les fourrages de meilleure qualité sont réservés uniquement aux laitières. »

Le sanitaire, un des enjeux de demain

Sur le plan sanitaire, Clément est un adepte des vaccins. Ils vaccinent contre le charbon (entérotoxémie), les sérotypes 3 et 8 de la FCO, la MHE, le rotavirus et les veaux ont du Rispoval intranasal. « En tant qu’éleveur, ces différences au sujet de la DNC, liées souvent à de la méconnaissance. Notre rival, c’est le virus, pas l’état, ni l’Europe ou les autres éleveurs. Nous ne sommes pas assez soudés, déplore-t-il. Le sanitaire, on l’avait un peu oublié depuis la vache folle. Or cela est stratégique. Il faut l’anticiper plutôt que le subir. Le renouvellement des générations passera aussi par le sanitaire, en plus du prix, de la rentabilité et du temps libre. » Tout le lait de l’exploitation n’est pas transformé en bleu des Causses. Comme beaucoup d’AOP, les ventes du bleu souffrent. « Peut-être encore plus aussi du fait d’être un bleu. Mais tout de même, c’est une fierté de produire pour une AOP », estime Clément.

Dans les projets du Gaec, Arnaud ne repousse pas l’idée de se former à l’insémination. « La semence sexée coûte cher (50 €+ 25 € de mise en place) et il est important d’inséminer la vache au bon moment », explique-t-il. Clément imagine, lui, un ventilateur pour l’été dans le bâtiment de Lescure et le possible arrêt de l’atelier des brebis viande. « Les agneaux sont vendus sous Label Rouge agneau fermier du pays d’Oc, mais cela représente moins de 6 % de notre chiffre d’affaires », souligne-t-il. Pour remplacer l’atelier ovin, des réflexions naissent entre les associés sur un possible engraissement des veaux (croisés ou race pure). Clément se prend à rêver également à du temps libre. « Quand nous avons rapproché les deux fermes, j’ai minimisé la charge de travail. Mais il y avait bien deux traites, deux lots à surveiller pour la reproduction. Tout était par deux et je l’avais sous-estimé. Nous ne sommes donc pas encore en mode de croisière et le fait d’être cinq réglerait ce problème. »

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