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Paiement du laitLa cryoscopie : qu'est-ce que c'est ?

Le matériel de traite est le premier facteur impactant la cryoscopie du lait. À vérifier donc régulièrement. (©Terre-net Média)
Le matériel de traite est le premier facteur impactant la cryoscopie du lait. À vérifier donc régulièrement. (©Terre-net Média)

Peu regardée, la cryoscopie reste un critère de paiement du lait. Cette mesure du point de congélation met en évidence la présence d'eau résiduelle dans le lait. Salle de traite, tank mais aussi ration : voici les différents points susceptibles d'occasionner une anomalie.

La cryoscopie est un critère du paiement du lait. Nous l’avions presque oublié. Elle  mesure le point de congélation du lait, qui détermine le taux de présence anormale d’eau dans le lait.

Le point de congélation « normal » du lait est de - 0,520°C (sorti du pis de la vache). Avec une traite mécanique, quel que soit le système, il y a toujours un peu d’eau résiduelle. Cependant, le point de congélation ne devrait pas descendre sous la barre des - 0,518°C. En acceptant un seuil de tolérance, la valeur de - 0,516°C est retenue comme le seuil sans présence d’eau additionnelle.

Le point de congélation se mesure en valeur négative. Retenez que c’est la plus petite valeur absolue (absence du signe -) qui est anormale car elle se rapproche du zéro. Et c'est là que les pénalités tombent. Selon les cahiers des charges, il peut y avoir des pénalités sur la livraison mensuelle si un ou plusieurs résultats sont compris entre 0,502 et 0,515. Elles varient d'une laiterie à une autre de 5 à 20 €/1000 l et peuvent même grimper très fortement (jusqu'à 76 €/1000 l pour une collecte supérieure à - 0,502).

Point de congélation mesuréEstimation du taux d'incorporation d'eau dans le lait
- 0,5160
- 0,5150,2
- 0,5140,4
- 0,5130,6
- 0,5120,8
- 0,5111

Entre 0,513°C et 0,516°C, les 0,6 % d’eau correspondent à un volume de 20 litres d'eau pour une collecte de 3 500 l, soit 10 l/jour pour une collecte 48 h.

Comment réduire l'eau résiduelle dans le lait ?

Le premier point à regarder est bien sûr le matériel de traite. Il faut passer en revue les différents points de la machine à traite ou du robot susceptibles d’occasionner une présence anormale d’eau dans le lait.

Sur la machine à traire :

Vérifier les contre-pentes lactoduc et l’efficacité de la purge. La présence de germes à des niveaux supérieurs à 20 000/ml sur les prélèvements de lait peut se révéler comme un bon indicateur. Même si la pénalisation n’est pas effective, le seuil de germes ne devrait pas dépasser 15-20 avec une installation bien réglée et bien lavée.

Avant la traite, n’oubliez pas de vidanger les coupelles et tuyaux à lait. Il reste souvent de l’eau résiduelle dans les anses des tuyaux à lait. Le point de congélation est très sensible, quelques litres d’eau en plus suffisent à faire basculer l’analyse au-delà du seuil admissible.

Avec des eaux dures, on observe parfois des fuites au niveau des électrovannes dues au calcaire. Les systèmes robotisés sont moins concernés. En traite robot, la vidange est faite avec un système de pousse à l’air. Il peut aussi être installé sur une machine à traire classique.

Sur le tank :

Au-delà de la bonne vidange du tank, la taille du tank doit être adaptée au volume de la première traite, afin d’éviter que le lait ne gèle sur les parois en cas de volume de lait trop faible. Si tel est le cas, voir avec le frigoriste pour retarder le refroidissement du tank (modification de la temporisation). Le tuyau souple qui relie la canne à lait au lactoduc peut aussi être un réservoir à eau résiduelle.

Améliorer la cryoscopie ne se limite pas à la machine à traire !

D’autres facteurs jouent également sur ce critère. Petit tour rapide :

La ration :

Une ration déficitaire en énergie sur une période prolongée à l’échelle du troupeau peut être une cause d‘augmentation de la cryoscopie, notamment en bio lorsque la qualité et/ou la quantité des fourrages diminue (notamment l’herbe de pâture).

L’absence de complémentation en sel ou un apport réduit impacte directement le point de congélation. L’objectif est d’apporter à minima 50 g/VL/j. Pour un troupeau de 70 vaches, c’est 25 kg/semaine, soit 1 sac.

La race :

La race a un très léger effet sur le point de congélation, la Jersiaise aurait un lait plus bas en cryoscopie.

Effet individuel :

Chaque vache a une valeur propre de cryoscopie mais qui ne modifie pas significativement le résultat à l’échelle troupeau.

Effet saison :

La valeur de cryoscopie est plus basse en hiver (donc meilleure) qu’en été. Et les semaines de fortes chaleurs accentuent les effets l'été. En périodes de canicules, le point de congélation se rapproche de zéro. Les vaches transpirent plus. Elles éliminent plus d’eau via la transpiration, mais aussi plus d’ions sodium (Na+) et potassium (K+). Si l’alimentation n’est pas ajustée, elles ne consomment plus assez de sel. Elles consomment aussi plus d’eau, d’autant plus vite que l’accès est limité. L’effet est double sur la valeur cryoscopie.

De l’eau, oui mais pas trop avant la traite

Une forte consommation d’eau juste avant la traite abaisse le point de congélation sur quelques heures. Nous observons ces situations pour des vaches qui n’ont pas ou pas assez d’eau en pâture.

Une étude suédoise de 2005 montre que des vaches sans abreuvement en pâture consomment 22 l d’eau par vache dans la ½ h au retour de la pâture, et seulement 5 l si elles ont des abreuvoirs dans le champ. Ces mesures ont été faites en conditions printanières à 15°C. Avec des températures plus élevées, il faut multiplier par 3 ou 4. Viser donc a minima 7 à 10 cm d’abreuvoirs par vache, un peu plus en cas de fortes chaleurs. Pour 70 vaches, ça représente 7 m d’abreuvoirs.

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