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Reportage chez Stéphanie Charton (08)Angus, Highlands, Charolais et croisés colorent les vallons ardennais

Stéphanie Charton a tout misé sur l'autonomie pour faire perdurer son troupeau de 25 vaches allaitantes en système 100 % herbager. Sa petite touche d'originalité : une prairie colorée où cohabitent, en pur comme en croisé, Highlands, Angus et Charolaises.


Après avoir repris le troupeau de Charolaises de son père il y a une quinzaine d'années, Stéphanie Charton a entrepris des croisements avec des races étrangères, une manière pour elle de gagner en rusticité, mais aussi elle l'admet, de « ne pas faire comme tout le monde ! ».

L'éleveuse le confesse, elle a eu un véritable coup de cœur pour la race Highland. Bonne pâtureuse qu'elle est, elle correspondait bien au système pâturant que Stéphanie a mis en place. « Je voulais des bêtes qui se plaisent dehors, qui demandent peu de soin et arrivent à se nourrir avec ce qu’il y a dans la prairie », résume-t-elle.

Des races irlandaises pour « ne pas faire comme tout le monde ! »

Difficile cependant de trouver un débouché pour les croisés Highlands. L’éleveur qui lui avait vendu les reproducteurs s’était engagé à écouler la production, mais a vite fait défaut... Stéphanie Charton a donc pris le pari de développer l'Angus sur le troupeau. Des reproductrices, ainsi qu'un taureau, sont arrivés sur la ferme. Souvent présentée comme une viande de luxe au persillé sans pareil, l’Angus était une manière de valoriser le système simple, en quête de qualité, de l'éleveuse. Parmi les 25 mères de l'exploitation, on retrouve aujourd'hui une bonne moitié d'Angus, ainsi que quelques Charolaises croisées Angus ou Highland.  

Angus Highland Charolaises
La majorité des vêlages se déroulent naturellement au printemps, et collent avec la pousse de l'herbe. (© Terre-net media)

Stéphanie le concède, elle évite les marchands de bestiaux. « Je ne propose pas ce qu’ils ont l’habitude d’acheter », fait-elle remarquer. Elle destine ses veaux à l’engraissement et à la vente de reproducteurs auprès de ses habitués. Pour ce faire, les petites annonces sur internet fonctionnent assez bien.

Pour l’agricultrice, le choix de la rusticité paye : « Depuis que je suis installée, je n’ai fait aucune césarienne. J’ai des petits veaux d’une quarantaine de kilos, mais qui se rattrapent vite. »

Des vaches rustiques qui valorisent bien l’herbe

Les vaches de Stéphanie Charton sont nourries exclusivement avec de l’herbe ou du foin. « C’est possible parce que j’ai un chargement cohérent, et que je suis dans une région d’eau où l’on a de l’herbe en été ». L'exploitation compte 25 mères allaitantes pour 30 ha de pâtures. 3 ha de cultures de céréales permettent d'être autonome en paille.

Les animaux sont conduits autant que possible en extérieur. Des parcs de pâturage sont dessinés l’été pour suivre la pousse de l’herbe. Lorsque cette dernière se raréfie en fin d’automne, les vaches sont lâchées sur l’intégralité de la parcelle pour éviter le piétinement et leur faire profiter des dernières pousses. « Cette année, j’ai rentré la moitié de mes bêtes pour quelques semaines le 19 janvier. C’est pour préserver les pâtures mais si je pouvais laisser tout le monde dehors, je le ferais ». Eté comme hiver, les animaux au pâturage disposent d’un accès au bâtiment, comme cela « ils vont d’eux-mêmes où ils se sentent le mieux », résume l’éleveuse. Seul bémol, « avec le pâturage hivernal, il faut accepter d’avoir l'entrée du hangar un petit peu labourée en hiver ! Mais il n’y a pas de problème, le sol se reforme au printemps. Je vois les bêtes perdre un peu d’état en hiver mais je constate que celles, qui se rattrapent le mieux, passent l’hiver dehors ! Elles trouvent toujours un peu d’herbe à se mettre sous la dent. »

Tous les animaux sont élevés ensemble. Vaches et génisses sont avec le taureau Angus toute l’année. « Tous les ans, j’ai quasiment toutes mes vaches de pleines, et la très grande majorité des vêlages arrivent au printemps et se groupent naturellement. J’ai toujours laissé les génisses d’un an ou un an et demi avec le taureau et je n’ai jamais eu de problème. On peut être sûr qu’elles ne feront pas leur premier veau avant leur trois ans. »

L’autonomie, c’est ce qui permet à mon exploitation de se maintenir

Pour Stéphanie, il n'y a pas de secret : pour permettre à une petite structure comme la sienne de perdurer, il faut investir au compte goutte. Nul besoin d'acheter de fourrage, et les charges de mécanisation sont également contenues. Le tracteur, celui de son père, fonctionne toujours et suffit à l'entretien des prairies. Ce fonctionnement lui permet d’avoir peu de charges sur son exploitation. « Mes bêtes ne sont pas des monstres de concours, mais avec un système autonome, elles ne me coûtent pas cher à produire et sont élevées de la manière la plus naturelle qui soit ». 

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