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ÉpandageSept questions autour de la fin annoncée des buses palettes

Un plan d’action ministériel prévoit la fin des buses « à horizon 2025 », sans indiquer si l’interdiction sera effective à cette échéance. (©Pichon)
Un plan d’action ministériel prévoit la fin des buses « à horizon 2025 », sans indiquer si l’interdiction sera effective à cette échéance. (©Pichon)

Face à l’obligation de réduire les émissions de polluants atmosphériques de 13 % d’ici 2030, les buses d’épandage pourraient bien être interdites d’ici quelques années. Le point sur la réglementation et les équipements moins émissifs en sept questions.

Où en est-on dans la réglementation ?

Le plan national de réduction des polluants atmosphériques (Prépa), en 2017, prévoit de supprimer les équipements les plus émissifs à l’horizon 2025. Objectif fixé par l’Union européenne : réduire de 13 % les émissions d’ammoniac (NH3) en 2030 par rapport au niveau de 2005. Aujourd’hui, l’objectif intermédiaire d’une diminution de 4 % en 2020 n’a pas du tout été atteint. Il faut donc accélérer.

La quasi-totalité des émissions nationales de NH3 proviennent des activités agricoles. Dans le collimateur, les équipements les moins performants sur le plan environnemental, c’est-à-dire les buses palettes ou rampes à buses, encore utilisées par la majorité des agriculteurs, largement devant les pendillards ou enfouisseurs. Un plan d’action ministériel, présenté en janvier dernier, prévoit d’accélérer le renouvellement du matériel d’épandage, d’accompagner les investissements et de renforcer les aspects réglementaires.

Les équipements à buses seront-ils (vraiment) interdits prochainement ?

Le plan d’action ne mentionne pas de date butoir pour une éventuelle interdiction des buses palettes. L’interdiction « à horizon 2025 » reste à ce jour un simple objectif. Il se murmure d’ailleurs qu’elles pourraient rester autorisées pour les effluents peu chargés (eaux vertes et blanches), ainsi qu’en zone de montagne, où les équipements alternatifs ne sont pas forcément adaptés.

Quitte à remplacer son matériel, il est en tout cas très fortement recommandé d’investir dans des équipements moins émissifs que les buses. « Ce qui est sûr, c’est qu’il faudra y aller, il ne faut pas attendre qu’une date butoir soit fixée, on a déjà pris le train très en retard ! », met en garde Hervé Masserot, technicien référent sur les questions d’épandage à la Fédération régionale des Cuma de l’Ouest. Actuellement, les préfets ont déjà la possibilité d’interdire ponctuellement leur usage, en cas de pic de pollution aux particules.

Réduire les émissions d’ammoniac en gardant ses buses palettes, c’est possible ?

L’essentiel des émissions d’ammoniac se fait dans les six heures qui suivent l’épandage. Il est donc possible de réduire fortement les émissions, en passant le déchaumeur juste après. La volatilisation est beaucoup plus importante par temps chaud ou venteux. Il est donc préférable d’épandre par temps humide. Mais cela ne résout pas la question réglementaire.

Adapter un équipement neuf à sa tonne à lisier, c’est pertinent ?

Selon le modèle et l’âge de la tonne à lisier, il est possible d’adapter un pendillard ou un enfouisseur, si les points d’ancrage correspondent. Mais si vous optez pour une rampe de 24 mètres de large, il est plutôt conseillé d’investir dans un équipement complet neuf, car certaines tonnes ne peuvent supporter une telle surcharge.

« Adapter une rampe neuve sur une tonne nécessite une immobilisation du matériel pendant deux à trois mois car il y a tout un système hydraulique à remonter, prévient Hervé Masserot. Parfois, dans certains cas, c’est plus économique de repartir à neuf ». Par ailleurs, les subventions ne sont accordées qu’au matériel neuf.

Pendillard, injecteur ou enfouisseur, lequel choisir ?

Le choix doit se faire en fonction de ses besoins spécifiques. Le pendillard est le système le plus polyvalent, il permet d’épandre sur cultures, chaumes ou prairies. Ce n’est donc pas un hasard si la majorité des éleveurs qui renouvellent leur équipement le préfèrent à l’enfouisseur, qui ne peut travailler que sur cultures. Autre atout du pendillard, la largeur de travail : autour de 12 mètres pour les standards mais jusqu’à 24 m voire 36 m pour certains modèles. Variantes des pendillards, les rampes à patins. Des socs tracent un sillon et permettent un épandage directement sur le sol.

Les injecteurs, eux, permettent de travailler sur la profondeur. Si les effluents sont injectés à 10 ou 15 cm dans le sol, ils ne sont pas enfouis. Les enfouisseurs (à disques ou à dents), consistent à rentrer le produit dans la terre et refermer ensuite. Ce type d’équipement nécessite de la traction supplémentaire, « de 10 à 30 chevaux de plus par mètre de largeur par rapport à ce que nécessite la tonne à lisier », évalue Julien Brun, responsable zone Est France chez Samson Agro.

Enfouisseur de lisier à dents
L’enfouisseur (ici, modèle à dents) réduirait de 95% les émissions d’ammoniac. Mais le débit de chantier est très sensiblement inférieur au pendillard. (©Samson)
 

Quels atouts présente l’enfouisseur ? 

Les enfouisseurs sont, sur sol nu, les matériels d’épandage les plus aboutis et ceux qui permettent le mieux de réduire la volatilisation de l’ammoniac et les nuisances olfactives. « On valorise 95 % de l’ammoniac avec l’enfouisseur », confirme Julien Brun. Les sorties de tuyaux sont couplées à un outil de travail du sol qui incise la terre pour permettre l’injection dans le sol. Cela permet une économie d’apports de fertilisation minérale. Ce système présente un autre intérêt particulièrement intéressant : il est possible réglementairement d’épandre jusqu’à 15 ou 20 mètres à proximité des habitations selon les départements, contre 50 à 100 mètres pour le pendillard. Autre atout, un seul passage suffit, pas besoin de déchaumage derrière.

Epandeur de lisier avec injecteur à disques
L’injecteur à disques permet d’introduire le produit dans le sol et de réduire ainsi considérablement la volatilisation, mais il nécessite plus de traction. (©Terre-net Média)

Économiquement, quel équipement est le plus intéressant ?

« Un enfouisseur 6 mètres coûte le prix d’un pendillard 12 ou 15 mètres » constate Hervé Masserot. Mais à l’usage, l’enfouisseur peut revenir plus cher : les pièces sont davantage au contact avec le sol, il y a plus d’entretien.

Un pendillard ou enfouisseur coûte à l’achat « environ entre 20 % et 30 % plus cher qu’une tonne classique avec buses », estime l’expert de la FR Cuma. À l’usage, le surcoût des systèmes pendillard ou enfouisseur par rapport aux rampes à buses est de 20 cts/m3 épandu. Mais grâce à l’azote retenu, donc à la baisse d’apports d’engrais minéraux, ce surcoût serait amorti dès la première année.

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