Grâce à la convention passée avec un cabinet vétérinaire, Sébastien Simian a gagné en sérénité pour le suivi sanitaire de son élevage. Avec une approche basée sur la prévention, il estime avoir moins de pathologies à gérer.
Ce matin de décembre, à Brézins en Isère, Sébastien Simian reçoit la visite du vétérinaire Frédéric Longueval dans le cadre du suivi repro. En guise d’honoraires : un café. « Depuis quinze ans, on n’a plus peur de la facture en fin de visite, confie l’éleveur. Et aujourd’hui, quand je contacte le cabinet, j’ai plutôt l’impression d’appeler un ami pour avoir des conseils. »
Le vétérinaire n’est pas pour autant bénévole. Mais le coût de toutes ses visites et interventions est couvert par une cotisation annuelle dont s’acquittent Sébastien Simian et ses deux associés.
Une cotisation annuelle pour toutes les interventions
En 2009, leur exploitation a adhéré à l’Association vétérinaire des éleveurs des Chambarans (Avec). Forte de quarante ans d’existence et de 160 élevages membres, celle-ci a établi une convention avec le cabinet vétérinaire des Chambarans. Cinq praticiens, dont Frédéric Longueval, y exercent en rurale. La cotisation annuelle de chaque élevage est calculée en fonction du nombre d’UIV (unité d’intervention vétérinaire) détenues : une vache laitière compte pour une UIV, une génisse 0,2 UIV, un veau 0,125 UIV… Petits ou gros troupeaux, le tarif est le même pour tous, fixé à 40,13 € par UIV en 2025.
« Cette cotisation couvre toutes les interventions de routine, le suivi sanitaire et les urgences, détaille Frédéric Longueval. Cela inclut aussi le suivi repro, les échographies, les parages sur les bovins qui en ont besoin… Et le coût est le même que l’on intervienne une ou vingt fois sur le troupeau. » Les éleveurs n’ont plus qu’à payer au cas par cas les médicaments et les consommables utilisés lors d’un acte, ainsi que la prophylaxie obligatoire qui relève d’un forfait imposé par l’État.
Vétérinaires et éleveurs au conseil d’administration
Les 17 éleveurs élus au conseil d’administration (CA) de l’Avec prennent les décisions avec les vétérinaires. « Notre avis pèse même sur les décisions propres au cabinet, comme les recrutements, précise Vivien Castry, éleveur allaitant et président de l’Avec. Nous marchons tous ensemble dans une transparence totale : les éleveurs connaissent la rémunération des vétérinaires, les marges sur les médicaments, les remises arrière… Cela fluidifie les discussions et prises de décision. » L’un des rôles clés du CA est de décider avec les vétérinaires des médicaments à commander en centrale d’achat et de leur prix de vente aux éleveurs. « Nous appliquons un coefficient sur le prix d’achat en centrale, en fonction des comportements à encourager », précise Vivien Castry. Pour inciter les éleveurs à limiter les antibiotiques et aller vers la protection vaccinale, le coefficient de revente a été fixé à 1,3 (soit 30 % de marge) sur les antibiotiques, 0,9 sur les vaccins et anti-inflammatoires, et 1,1 sur les autres types de médicaments. « Les vétérinaires ne cherchent pas à nous vendre des médicaments, abonde Sébastien Simian. Ensemble, on travaille sur la prévention plutôt que de gérer des urgences. Un vétérinaire en qui l’on a confiance, c’est l’avenir de notre métier d’éleveur ! »
Sans facture au bout, les éleveurs n’hésitent pas à appeler les praticiens dès que le besoin s’en fait sentir. « On n’a pas l’impression d’intervenir en pompier, apprécie Frédéric Longueval. En libéral, le vétérinaire est trop souvent appelé en dernier recours, quand l’éleveur a déjà tout essayé dans sa pharmacie… Et c’est parfois trop tard. Au contraire, intervenir tôt nous permet de limiter l’usage de certains médicaments. Notre rôle est presque plus d’éviter les maladies que de les soigner. D’ailleurs, on a plutôt moins de pathologies à soigner que d’autres cabinets, car on intervient plus en amont. » En revanche, la palette d’interventions est plus large : certaines opérations économiquement risquées peuvent être tentées pour sauver une bête. « En libéral, on ne tenterait pas une ablation de matrice, car c’est une opération trop coûteuse, illustre Vivien Castry. En système conventionné, où l’on ne paye pas à l’acte, on peut la tenter : on risque seulement de sauver notre vache ! »
Au-delà des urgences, les vétérinaires se déplacent régulièrement dans les élevages pour des interventions de routine, des échographies, des conseils sur l’ambiance d’un bâtiment… Pour les éleveurs, répartis sur cinquante communes dans un rayon de 30 km, la règle est d’appeler entre 8 h 30 et 10 heures du matin pour avoir une visite dans la journée. « Mais pour les urgences, on peut appeler 24 heures/24 et 7 jours/7, souligne Sébastien Simian. Et les vétérinaires connaissent tellement bien nos fermes que, selon la situation décrite au téléphone, ils peuvent évaluer le degré d’urgence et donner des conseils pour commencer à intervenir. » « Nous sommes beaucoup plus souvent dans les élevages qu’en système libéral, confirme Frédéric Longueval. À force, nous les connaissons par cœur donc nous remarquons tout de suite ce qui ne tourne pas rond ! »
Il n’y a pas de bonus-malus en fonction du nombre d’interventions sollicitées. « Et il n’y a pas d’abus, assure le vétérinaire. Même si les nouveaux adhérents ont tendance à appeler plus souvent, cela se régule tout seul. »
Des formations incluses dans la cotisation
Le système de parrainage mis en place pour les nouveaux entrants les aide justement à se familiariser plus vite avec le fonctionnement de la convention. Au fil du temps, les éleveurs progressent aussi dans la gestion sanitaire de leur troupeau. Notamment à travers les formations organisées par les vétérinaires. Chaque année, ces derniers proposent au moins une formation bovins lait et une formation bovins viande en soirée, incluses dans la cotisation. Et, selon les besoins exprimés, différentes formations en journée sont organisées dans l’année, avec un financement Vivea pour les adhérents. « Ces formations sont hyper importantes : même quand on croit maîtriser le sujet, on apprend des choses », assure Vivien Castry, qui en a enchaîné trois cette année – une sur la complémentation minérale et vitaminique, une sur le parage et un échange entre éleveurs dans l’Allier. Lui et Sébastien Simian ont également suivi, il y a longtemps, la formation « Éleveur premier infirmier de mon élevage », que l’Avec envisage de rendre obligatoire pour les nouveaux adhérents. « On a appris à faire seuls certains gestes simples, même si on préfère souvent appeler pour être rassuré, confie Sébastien Simian. À chaque intervention, les vétérinaires nous prodiguent aussi leurs conseils : c’est de la formation continue. » « On a la chance d’intervenir dans des systèmes très diversifiés, abonde Frédéric Longueval. Et les liens tissés avec les éleveurs sont tels qu’on peut facilement amener les uns chez les autres pour faire visiter un bâtiment, par exemple. »
Au GFA du Grand Chemin, les conseils vétérinaires se sont avérés précieux pour aménager une nurserie à moindre coût dans le bâtiment existant. « On a été très bien conseillés sur l’ambiance, la ventilation, l’écoulement des jus, et on a aujourd’hui une nurserie super fonctionnelle », témoigne Sébastien Simian.
Des liens humains facilitateurs
La relation de confiance avec son vétérinaire n’a pas de prix pour cet éleveur qui, quinze ans après avoir franchi le pas du conventionnement, assure qu’il ne reviendrait pas en arrière. « Pourtant, ce système ne convient pas à tout le monde, admet-il. La somme à débourser en début d’année peut faire peur. Mais ensuite on ne paye que les produits : une césarienne m’a coûté 57 € ! On peut trouver en libéral des vétérinaires qui cassent les prix sur les médicaments, mais ils ne viennent pas forcément faire une césarienne à 3 heures du matin. » Pour les 68 UIV du GFA du Grand Chemin, la cotisation annuelle s’élève à 2 730 € environ. En 2024, année jugée « normale », les autres frais vétérinaires se sont établis à 2 760 €. « Essentiellement en produits de tarissement, médicaments pour les mammites et vaccins, précise Sébastien Simian. On ne paye pas forcément moins cher qu’en libéral. Mais je pense qu’en agissant d’abord sur la prévention on a moins de pathologies et de pertes de production. » Les conseils des praticiens, prodigués au fil de l’eau ou lors de formations, sont aussi sources d’économies directes – comme lorsqu’ils conduisent l’éleveur à économiser 200 €/t sur son minéral. Et le collectif constitué autour du conventionnement est également mis à profit pour faire des commandes groupées de petit matériel à prix remisé.
« Avec un système mutualiste, les éleveurs payent aussi la sécurité, ajoute Frédéric Longueval. En cas de coup dur sanitaire, on sera là pour les aider et ils n’auront pas de surprise sur la facture. C’est comme l’assurance d’une voiture : elle coûte toujours trop cher tant qu’il n’y a pas d’accident ! »
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