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Ferme des Pâtis (14)« Normande : la race idéale pour notre système et la transformation laitière »

Installés depuis sept ans à Mery Corbon, entre Caen et Lisieux dans le Calvados, Émilie et Antoine Houssiaux ont su développer leur exploitation, et notamment l'atelier de transformation laitière. De plus, en orientant le troupeau mixte vers du 100 % Normande par passion pour la race, ils ont aussi vu les répercussions positives sur leurs produits.

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C’est dans le Pays d’Auge, à Mery Corbon (Calvados) qu’Emilie et Antoine Houssiaux se sont installés en 2013, en hors cadre familial. Retour aux sources pour ce couple de trentenaires, après avoir tenté leur chance dans le Maine-et-Loire. « Je me suis installé en 2008 en Gaec avec un ami mais nous n’étions finalement pas sur la même longueur d’ondes donc j’ai quitté la structure deux ans après », explique Antoine.

Au même moment, les anciens gérants de la ferme des Pâtis dans le Calvados cherchent à céder l’affaire. « On connaissait déjà l’exploitation, étant originaires du coin. Et l’ensemble (élevage + transformation laitière + ferme pédagogique) correspondait à notre projet de vie. »

Et depuis ce fameux 6 juin 2013, date de leur installation, la ferme des Pâtis a bien évolué… « Nos prédécesseurs transformaient 90 000 litres de lait par an en confiture de lait et crème. Aujourd’hui, on en passe environ 250 000 l au labo, soit les 2/3 de notre production. On a plutôt développé la crème, le beurre et le fromage blanc, et depuis deux ans on passe 50 000 l de lait en tommes. »

Une vie à 100 à l’heure entre les vaches, la transformation et les visites…

Antoine et Émilie n’ont pas de quoi s’ennuyer. L’atelier de transformation tourne après chaque traite, sauf celles du samedi soir et dimanche soir. « On travaille tout en lait cru », explique l’éleveur. Et à la ferme, chacun a son poste : c’est Émilie qui gère la transformation et les visites de groupes, aidée par Pauline l’apprentie, son mari Antoine s’occupe principalement du troupeau et de la vente au magasin et sur les marchés (2 par semaine) et Patrice, le salarié, jongle entre les vaches, le conditionnement au laboratoire et les visites.

Il y a autant d’astreinte dans les vaches que sur l’atelier de transformation qui tourne après chaque traite.

Le couple a en effet conservé cette activité de ferme pédagogique, déjà existante à leur arrivée sur la ferme. « On reçoit des classes, principalement au printemps. Ça représente entre 5 et 6 000 enfants par an. Certes, l’activité a été fortement ralentie cette année à cause du coronavirus mais elle nous permet habituellement de dégager le revenu du salarié. »

Quant à la production laitière, la laiterie ne ramasse plus que 90 000 l par an et le couple ne ferait pas machine arrière. « Contre les 420 €/1 000 l payés par la laiterie (en moyenne avec les primes), on valorise bien mieux notre lait aujourd’hui. Ça va de 650 €/1 000 l pour la crème à 1 300 €/1 000 l pour le fromage », déclare franchement Antoine. Et comme pour anticiper la critique, Émilie ajoute : « Et heureusement ! ça représente quand même beaucoup d’investissements et de travail au quotidien… »

La Normande : une vache adaptée au système de production

C’est au milieu de ses vaches qu’Antoine confie : « J’ai toujours été un grand passionné de la race normande. J’en ai acheté quelques-unes à ma précédente installation et je les ai ramenées avec moi lorsque je suis revenu ici. J’y suis très attaché. »

« Elle est d’ailleurs très bien adaptée à notre système, notamment pour la transformation. On a pu faire la comparaison parce qu’on avait encore quelques Holsteins au départ. Il nous faut par exemple entre 9 et 10 litres de lait pour faire 1 l de crème en Normandes contre 13-14 en Holsteins. La différence se fait aussi sur le caillage et la transformation en tommes. On a plus de rendement fromager, c’est-à-dire que sur 100 l de lait transformés, on aura plus de poids de fromage que sur une autre race. Seul hic : parfois, le lait est trop riche en protéines pour l’affinage. »

Pour ce qui est de la conduite du troupeau, l’éleveur mise sur le pâturage : « On a revu tout le système à notre arrivée et les vaches tournent sur 48 paddocks. On pratique le pâturage tournant dynamique et on renouvelle les prairies tous les 4 à 5 ans. On a à côté 6 ha de luzerne, 4 ha d’orge et 7 ha de maïs qu’on fait en moitié ensilage plante entière, moitié épi, mais l’objectif est quand même de diminuer au maximum la part de maïs. »

Vaches laitières Normandes
Misant sur le pâturage, Antoine fait attention aux aplombs dans la sélection génétique de son troupeau. (©Terre-net Média)

La génétique et les concours : une passion plus qu’un business

S’il est autant passionné par la race, Antoine s’intéresse de près à la génétique de son troupeau et fait pas mal de concours. « Cette année, on a fait le salon à Paris et l’an passé le Space et le national Normand. » C’est d’ailleurs avec sa vache Interprete en 4e lactation qu’il s'est classé 3e de section l’an dernier au Space et 2ème au Sia cette année.

L’éleveur prévoyait d’ailleurs de remettre ça cette année au Space grâce au concours visant à mettre la race à l’honneur, mais le salon étant annulé dans sa forme habituelle, « c’est partie remise. Il faut accepter la situation. On se rattrapera plus tard », espère-t-il.

Vache laitière Normande Interprete
Interprete (fille de Furling) est la chouchoute de l'élevage. Elle s'est classée 3e au Space en 2019 et 2e au Sia cette année. Actuellement, elle est en 4e lactation. (©Terre-net Média)

Son travail en génétique et sa participation aux concours l’aident également à vendre des animaux. Il a par exemple vendu une dizaine de génisses l’année dernière. Pour la sélection, il explique : « On fait très attention aux aplombs car les vaches marchent beaucoup ici. On s’attarde aussi sur les mamelles et on essaie d’avoir des taux. Comme on fait du vêlage jeune (26 mois), on tente de maintenir un peu de format. Et vu qu’on aime les concours, on essaie d’avoir des bêtes avec un certain gabarit. »

Quels projets à venir pour la ferme des Pâtis ?

En sept ans, la ferme a su se développer et Émilie et Antoine récoltent le fruit de leur travail. Mais hors de question de se reposer sur leurs acquis. « On ne veut pas forcément faire plus de lait ou transformer plus, confient-ils, mais plutôt pérenniser le système. Ça passe notamment par l’augmentation des surfaces en céréales pour les auto-consommer sur la ferme et acheter moins d’aliments à l’extérieur. »

Et quid de la conversion à la bio ? Antoine répond : « On pourrait se convertir car nous n’en sommes pas si loin mais la paperasse qui l’accompagne me refroidit. En plus, on s’en rend vraiment compte avec la commercialisation de nos produits : les gens aujourd’hui cherchent plutôt du local à du bio. Et puis de toute façon, on ne peut pas tout faire d’un coup. On verra peut-être plus tard... »

La ferme des Pâtis (14)
Pour aller plus loin, retrouvez la ferme des Pâtis sur Facebook ou sur leur site internet. (©Terre-net Média)

Rédactrice en chef de Web-agri

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