Bien-être animal. Sélectionneur en race pie rouge, Félicien Filâtre a découvert l’existence du gène sans cornes un peu par hasard. Aujourd’hui, un quart de son troupeau est dépourvu de cornes, naturellement.
Félicien Filâtre a repris le troupeau pie rouge de son père, à Ercé-en-Lamée (en Ille-et-Vilaine), et son fils Mathieu vient de le rejoindre. L’attachement à cette race ne se dément pas au fil des générations. Même si, pour s’installer, Mathieu a repris un troupeau montbéliard. « Nous n’allons pas les garder. Il en reste une dizaine mais elles n’ont pas les qualités que nous apprécions chez la pie rouge », indique Félicien. Il en énumère les atouts avec une lueur de passion dans les yeux. C’est une vache rustique, laitière et forte productrice de protéine. À l’origine, la pie rouge des plaines était mixte. Des sélectionneurs ont voulu la faire évoluer en infusant du sang holstein.
La race gère son propre schéma avec Évolution
« Mais la race a gardé son identité et surtout, elle a toujours privilégié l’économie des exploitations dans ses choix », explique l’éleveur.
À la différence de la red holstein, la pie rouge gère son propre schéma de sélection avec Évolution. Une station permet d’accueillir douze donneuses d’embryons. En recherche de diversité génétique, elle travaille avec le néerlandais CRV et l’allemand Masterrind. Dix à douze taureaux sont produits chaque année.
Sur l’élevage Filâtre, les vaches sont conduites de manière assez classique pour la région, avec de l’herbe et du maïs. Durant huit mois, elles reçoivent une ration complète qui, hormis le soja, ne contient que les matières premières produites sur place. Le troupeau pâture pendant six mois en moyenne. Cette ration permet une production de 8 800 l/vache à 46 de TB et 36 de TP. « Notre prix du lait s’établit à 375 €/1000 l entre avril 2018 et mars 2019. Les taux élevés rapportent. » Félicien précise qu’il y a quelques années, le troupeau produisait 9 500 l de lait en moyenne. Il a remis en cause sa stratégie alimentaire pour privilégier l’autonomie. Le lait a baissé un peu, pas la rentabilité.
Dans les années 1990, Félicien a découvert une autre spécificité de cette race : la présence du gène sans cornes. Il s’est rendu compte que dans un lot de génisses, quelques-unes n’avaient pas de cornes. D’autres éleveurs ont fait la même observation sur leur troupeau. En regardant les pedigrees, il s’est aperçu qu’elles partageaient un ancêtre commun, Korall.
Félicien a retrouvé l’origine de la souche aux États-Unis. Un taureau, Loneboy, naturellement sans cornes, a été travaillé sur deux élevages américains. Félicien a décidé de s’investir dans les souches qu’il possédait. Deux vaches sans cornes ont été classées mères à taureau. Il a obtenu deux filles homozygotes, sachant que le gène sans cornes (polled, ou P) n’a besoin d’être présent qu’une fois pour que le caractère s’exprime.
En touchant la tête, on sent si un jeune veau est sans cornes
Avec l’expérience, l’éleveur sait tout de suite si un veau nouveau-né devra être écorné ou pas. En touchant la tête, on sent bien que les bourgeons sont absents. Et le chignon est plus rond. « Les premiers animaux sans cornes n’avaient pas forcément un Isu très élevé. Comme le gène est dominant, je les ai utilisés avec les meilleurs reproducteurs. Petit à petit, le niveau général est monté », explique Félicien. Aujourd’hui, le catalogue propose toujours au moins un quart de mâles porteurs du gène P, dont certains à plus de 180 points d’Isu.
Félicien travaille avec les petites-filles des premières souches. Mais il a aussi utilisé d’autres mâles P sur son troupeau. S’il a cherché à développer ce caractère, c’est d’abord parce que, comme tous les éleveurs, il considère l’écornage comme une corvée, une source de stress importante pour lui comme pour les animaux. Il est globalement soucieux du bien-être animal. En outre, l’écornage prend du temps et coûte de l’argent. Et puis, il se rend compte qu’il existe aujourd’hui une demande pour les bovins sans cornes. « Je vends une quinzaine de génisses par an, je participe régulièrement aux concours de la race. Cela me conduit à rencontrer des éleveurs. Beaucoup se disentintéresséspar l’absence de cornes. » Il vend aussi parfois des mâles P en élevage. Mais Félicien ne sélectionne pas tous ses animaux sur ce caractère. « J’ai quelques lignées qui ne portent pas le gène P mais qui méritent d’être travaillées pour d’autres qualités. » Il poursuit donc son travail sur le lait, la morphologie et les taux. Pour lui, c’est l’économie qui prime et il est fier d’avoir remporté le challenge longévité du concours européen du Space en 2019, raflant les deux premières places du podium.

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