La mobilisation des agriculteurs s'est fortement amplifiée en France jeudi, contre la gestion de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) bovine, catalyseur d'une colère agricole dans le Sud, qui s'est étendue au Nord jusqu'à Bruxelles, pour protester contre l'accord UE-Mercosur. Le point sur la situation jeudi soir.
Blocages et manifestations
« Vendredi, déjà classé "orange" par Bison futé pour les départs en vacances, peut s'annoncer encore plus compliqué avec de nouvelles actions prévues », a prévenu jeudi soir le gestionnaire d'autoroutes Vinci. En soirée jeudi, dans le sud-ouest de la France, quatre axes autoroutiers restaient fermés ou perturbés, selon Vinci.
Dans le reste du Sud-Ouest, des coupures dans les deux sens continuent de bloquer l'A64 (Bayonne-Toulouse), l'A63 près de Bordeaux, l'A20 (Toulouse-Paris) au niveau de Cahors, ou encore l'A89 sur l'axe Bordeaux-Lyon, au niveau de Périgueux.
« On ne va pas lâcher. On s'est fait critiquer la dernière fois d'avoir quitté l'autoroute trop tôt », a déclaré sur le barrage de l'A64 Benjamin Roquebert, éleveur et céréalier de 37 ans en Haute-Garonne, en référence à la mobilisation début 2024. « Tant que le gouvernement ne reviendra pas sur l'abattage systématique, on sera là », a annoncé Jean-Louis, éleveur à la retraite n'ayant pas souhaité donner son nom de famille.
Selon un photographe de l'AFP, une cinquantaine d'agriculteurs ont forcé jeudi matin un barrage de gendarmerie dans les Pyrénées-Orientales, avant de bloquer un rond-point permettant d'accéder à l'A9, au niveau du péage du Boulou, près de la frontière espagnole. À la suite de cette action, un manifestant a été placé en garde à vue pour violences sans ITT sur personne dépositaire de l'autorité publique, selon la préfecture du département.
À Toulouse, le blocage du périphérique annoncé par des militants de la FNSEA n'a finalement pas eu lieu, alors qu'au sein du syndicat, certains font état de leur volonté de ralentir la mobilisation à l'approche de Noël. Un avis que ne partagent pas les Jeunes agriculteurs (JA) locaux. « On va pas rentrer chez nous en n'ayant rien obtenu », a ainsi dit à l'AFP le co-secrétaire général des JA de Haute-Garonne, Thomas Klunker.
Le trafic SNCF a quant à lui pu reprendre sur la ligne Toulouse-Narbonne, le blocage des voies effectif depuis deux jours à Villefranche-de-Lauragais (Haute-Garonne) ayant été levé mercredi soir, a indiqué SNCF Réseaux. Seule la liaison Toulouse-Auch reste perturbée, en raison d'« éléments sur les voies » en gare d'Auch, selon la même source.
Les grands axes d'Occitanie restent fortement touchés par les manifestations, selon Vinci Autoroutes, même si l'A61 entre Narbonne et Toulouse, bloquée occupée par des agriculteurs depuis mardi, a rouvert en fin d'après-midi. Dans le sud-est, la circulation a été rétablie sur l'A7 jeudi soir, mais selon Vinci, des manifestants sont attendus vendredi matin autour d'Avignon. Sur l'A9, la sortie du Boulou et celle de Vendargues sur l'A709 sont fermées.
Dans le centre, l'A10 est fermée sur 85 kilomètres entre Meung-sur-Loire et Tours, avec les sorties de Mer, Blois et Château-Renault qui sont fermées, a aussi indiqué Vinci.
En Haute-Savoie, où la DNC a sévi cet été, la circulation était perturbée sur l'A41 dans le sens Annecy-Genève, a indiqué le gestionnaire d'autoroutes APRR qui signale aussi des fermetures de portions de l'autoroute A75 en Auvergne, entre Saint-Flour et Lodève, et déconseille aux camions d'emprunter l'A75 pour se rendre à Montpellier.
Des perturbations se produisent aussi en Charente-Maritime et autour d'Amiens avec des opérations escargot de tracteurs. En parallèle, une cinquantaine d'éleveurs et de sympathisants de la Confédération paysanne ont manifesté jeudi dans le centre-ville de Lille, tandis qu'à Lyon, environ 450 personnes se sont rassemblées à l'appel du même syndicat, avec le soutien de députés LFI.
Dans les Deux-Sèvres, des agriculteurs de la Coordination Rurale (CR) ont déversé des bennes de paille, pneus, palettes, fumier et déchets plastiques dans les rues de la commune de Melle. Dans la soirée, une douzaine d'agriculteurs de la Coordination rurale ont aspergé de sang animal l'une des façades de la préfecture du Tarn-et-Garonne à Montauban, ont constaté des journalistes de l'AFP.
Au volant de cinq tracteurs, dont un tirant une citerne contenant selon eux un millier de litres de sang, ils ont ensuite réservé le même sort aux locaux de la mutualité sociale agricole (MSA), à Montauban également, y déversant aussi ordures et fumier. Au niveau national, le ministère de l'Intérieur a signalé jeudi 110 actions en cours, mobilisant quelque 5 000 personnes.
Vaccinations
« L'important, c'est la vaccination et l'immunité collective. Il faut que 75 % du cheptel, dans 95 % des fermes, soient vaccinés », a affirmé la ministre de l'agriculture Annie Genevard, dans une interview à La Dépêche.
Près de 400 000 doses de vaccins supplémentaires ont été acheminées des Pays-Bas vers le Sud-Ouest pour atteindre l'objectif du gouvernement de vacciner 750 000 bêtes dans les prochaines semaines.
« 500 000 doses étaient déjà arrivées, nous avons commencé à vacciner dès le week-end dernier », a précisé la ministre. Elle a notamment promis que les troupeaux des « 1 000 exploitations de l'Ariège » seraient vaccinés d'ici le 31 décembre.
« Si nous voulons arriver au début du mois de février avec un début d'immunité collective, il nous faut agir rapidement », a souligné le préfet des Pyrénées-Atlantiques.
« Il n'y a, à date, aucun foyer, tous ont été éteints », a assuré la ministre à La Dépêche, (...) « la vaccination est un horizon d'espoir pour les éleveurs », a-t-elle dit.
Le préfet chargé de coordonner la cellule interministérielle sur ce dossier, Pascal Sanjuan, a supervisé jeudi la réception de doses arrivées par avion, avant d'être acheminées dans toute l'Occitanie.
Mercosur
A Bruxelles, de nombreux agriculteurs français ont rejoint des milliers de manifestants, avec 950 tracteurs recensés, venus de toute l'Europe jeudi pour s'opposer à la signature de l'accord de libre-échange entre l'Union européenne et des pays du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay) en négociation depuis plus de 25 ans.
La Copa-Cogeca, principal syndicat agricole européen, a revendiqué 10 000 manifestants venus de plusieurs pays. Selon la FNSEA, au moins 4 000 Français faisaient partie des manifestations bruxelloises.
Réactions des autorités
Pendant que la crise se prolonge et se complexifie, le Premier ministre Sébastien Lecornu s'est rendu discrètement en Ariège dans la matinée, lors d'une visite express, pour échanger avec des éleveurs touchés par des abattages sans convier la presse.
Dans les locaux de la sous-préfecture de Pamiers, le chef du gouvernement, a rencontré hors presse les deux frères dont le troupeau de plus de 200 vaches a été abattu en fin de semaine dernière dans le village ariégeois des Bordes-sur-Arize, a appris l'AFP auprès de la préfecture.
Vendredi matin, à partir de 8h30, il doit recevoir, hors presse toujours, les représentants des Jeunes Agriculteurs (JA), de la FNSEA (9H45), de la CR (11h) et de la Confédération paysanne (12h15).
Jeudi, le ministre des Transports Philippe Tabarot a plaidé, sur Europe 1 et CNews, contre « un blocage plus dur » afin de ne pas entraver davantage la circulation des véhicules et des marchandises à l'approche du dernier week-end avant Noël, « ô combien important pour notre pays économiquement ».
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