Menu

Maïs populationIls cultivent leurs propres semences de maïs

Le maïs est mis en cribs de stockage chez Thomas Tuaux. (©Terre-net Média)
Le maïs est mis en cribs de stockage chez Thomas Tuaux. (©Terre-net Média)

Chez la plupart des agriculteurs, les semis de maïs se font avec des hybrides achetés. Mais il est possible de produire sa propre semence. On parle alors de maïs population. Des agriculteurs testent cette alternative.

La plupart des maïs cultivés sont des lignées hybrides, issues de croisements entre des lignées pures. Cette hybridation valorise l’effet hétérosis du croisement. Si l’on sème les graines de cet hybride, on observe des chutes de rendement en moyenne de 15 %.

Mais ces maïs ne répondent pas aux attentes de tous les agriculteurs. Pour avoir des variétés plus rustiques, mieux adaptées à leur terroir et à leurs débouchés, mais aussi pour cultiver une certaine biodiversité, des agriculteurs décident de cultiver et sélectionner leurs propres semences. On parle alors de maïs population ou de maïs paysan. À partir de variétés anciennes, comme Blanc de Monein, grand roux basque, Rouge d’Astarac ou encore Aguartzan, ils cultivent et sélectionnent des populations avec une importante diversité d’individus.

« Produire ses semences, c’est se réapproprier une facette du métier d’agriculteur »

Pour la 12e fois cette année, Thomas Tuaux et ses associés, ses parents et son frère, producteurs bio à Montours (35) cultiveront le maïs ensilage pour leurs vaches laitières à partir de semences qu’ils ont produites et sélectionnées. « Nous avons commencé pour ne pas dépendre des firmes semencières, se souvient Thomas Tuaux. Sélectionner notre maïs, produire notre semence, c’est aussi se réapproprier une facette de notre métier d’agriculteur. »

Pour redécouvrir la production de semences de maïs, les Tuaux et une dizaine d’agriculteurs, membres d’Adage (association d’Ille et Vilaine regroupant des éleveurs en système économe en intrants), ont mutualisé leurs expériences. « Chacun a sa population qu’il sélectionne en fonction de ses besoins, présente Thomas Tuaux. Nous, par exemple, on travaille sur la précocité et le rendement en grains. Une fois par an, après la récolte, on se retrouve pour faire le point et progresser ensemble ».

La pollinisation libre donne une plus grande variabilité entre individus qu’avec un hybride mais la sélection conduite localement permet une meilleure adaptation au terroir et à l’utilisation, souvent de la valorisation à la ferme. « Ce sont des variétés qu’on ne trouve pas dans les catalogues des semenciers. Elles présentent une diversité d’individus, de couleurs et de caractéristiques », souligne Romane Orsolini, d’Agrobio Périgord, où un groupe teste la production de semences depuis une vingtaine d’années.

Maïs population
Le maïs population présente une plus grande variabilité entre individus. Cela se traduit, entre autres, par des différences de couleurs, comme ici avec la variété Lavergne. (©Terre-net Média)

Sélectionner selon ses propres critères

Si la culture du maïs population permet des économies sur l’achat des semences, elle est gourmande en temps de travail. Pour les 10 ares, qui permettront de produire de quoi emblaver 8 hectares, il faut compter au moins 36 heures de travail. La réussite du maïs population demande une bonne préparation du sol pour un développement rapide. Il faut attendre un sol bien réchauffé pour le semis. Au préalable, des tests de germination auront permis d’évaluer la densité de semis nécessaire pour obtenir 60 à 70 000 pieds/ha.

Lors de la culture et à la récolte, il faudra procéder à un minimum de sélection pour choisir les individus dont les caractéristiques correspondent à ses attentes (par exemple, petits grains pour nourrir des volailles, précocité pour un maïs destiné à l’ensilage). En cours de culture, il faudra enlever les pieds les plus chétifs en cours de culture. Puis à la récolte, il faudra repérer les pieds les plus intéressants et en garder la moitié des épis.

Grâce à cette diversité, Thomas Tuaux trouve que son maïs se comporte bien face aux maladies. « On travaille la variété Lavergne, qui nous donne des rendements de 14/15 tonnes de matière sèche sur nos bonnes terres. Cette variété a un gros potentiel mais n’est pas très riche en amidon. Par contre, c’est un maïs plutôt riche en oligoéléments et vitamines, ce qui nous intéresse car on ne complémente pas en minéraux ».

Juste pour le besoin de son exploitation

Au niveau réglementaire, le maïs population est une semence paysanne issue d’un processus de sélection et de conservation collectif, à partir de variétés anciennes ou locales non protégées par un certificat d’obtention végétale. Elle est librement échangeable au sein de ce collectif. Chaque agriculteur peut produire la semence nécessaire à ses besoins mais ne peut pas en vendre.

On ramasse 10 ares à la main pour semer 5 hectares l'année d'après.

Depuis 10 ans, le Gaec de Mille Fleurs cultive du maïs population sur 10 ares pour fournir la semence pour les 5 hectares nécessaires à l’alimentation de son troupeau. « On produit plus de semences que ce dont on a besoin pour avoir une réserve de sécurité », précise Thomas Tuaux. Ces 10 ares de maïs population sont ramassés à la main. « On trie en même temps les épis pour faire une sélection massale, ne garder que les plus intéressants, explique le jeune agriculteur. Ça nous prend une semaine, à raison de quelques heures par jour à deux ». Les épis entiers seront séchés en cribs, avant d’être égrainés avec l’une des deux égraineuses que possède l'Adage. « Ces différentes opérations manuelles nous prennent du temps, reconnait Thomas Tuaux. Si on tient compte du coût de notre travail, ça revient au même prix qu’une semence achetée. Mais au-delà de l’aspect économique, c’est important pour notre autonomie et la diversité des ressources génétiques. »

Réagir à cet article

Sur le même sujet