Dans le Maine-et-Loire, la vente de contrats laitiers entre producteurs va bon train. On entend parler de prix qui vont de 150 à 300 € les mille litres. Spectatrice anonyme, à 55 ans, je suis effrayée par l'évolution actuelle des campagnes laitières.
Où est la solidarité du monde agricole ? Les agriculteurs prétendant à la retraite et les éleveurs fortement endettés qui préfèrent arrêter le lait ont trouvé le bon filon. L'envie d'un certain nombre de producteurs de se développer et, chez certaines entreprises (je pense en particulier à Lactalis), des pénalités de dépassement plus élevées que l'actuel prix de base sont une véritable aubaine, une opportunité inattendue pour ces vendeurs. Ils peuvent décrocher un bon pactole. Ils ont oublié qu'ils vendent un bien qu'ils n'ont pas acquis puisque les quotas laitiers étaient gratuits.
Le monde laitier n'est-il pas tombé sur la tête ? Vu la durée de cinq ans des contrats, il est évident que les repreneurs, en particulier les jeunes, empruntent pour l'achat d'un bien à valeur fluctuante dans le temps. Ils ne sont pas à l'abri d'une résiliation de contrat ou, s'ils changent de laiterie, que tout le volume contractuel ne soit pas repris. Face à cette situation, les jeunes disent ne pas avoir le moral. Je les comprends.
Quel monde voulons-nous proposer aux jeunes ? Se « bouffer » entre nous ? Produire un maximum de lait mais à quel prix et pour qui ? Si c'est le cas, la concurrence sur les marchés va être effroyable et en écrasera plus d'un. J'estime que les organisations de producteurs et les transformateurs qui autorisent la vente des contrats font ce choix.
Ne soyons pas naïfs. Ces industriels y gagnent beaucoup. La gestion des quotas représentait une charge pour eux. Avec la vente des contrats, les agriculteurs gèrent eux-mêmes leur référence laitière. Cela ne coûte plus rien à la laiterie. Conséquence de ces mouvements de volumes : les exploitations grossissent... Et ces entreprises ont moins de frais de transport pour collecter la même quantité de lait.
Je constate que les organismes de conseil participent à un tel libéralisme. Le contrôleur laitier de mon secteur met en contact ses clients cédants et repreneurs. C'est inadmissible !
Tant de choses nous dérangent mais que nous gardons en nous. Seulement, nous ne pouvons pas toujours rester spectateur. Il faut alerter sur les dérives que l'on observe. C'est ce qui m'a décidée à envoyer ce courrier à L'Éleveur laitier.
C. DAVID (MAINE-ET-LOIRE)
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