Il en faut du courage pour tout quitter et s’installer en lait quand on n’est pas né dedans… Mais alors quitter sa terre natale, qui plus est la Polynésie, pour traire des vaches à 15 000 km de chez soi afin de ramener ce savoir-faire dans quelques années, il fallait oser ! Rencontre avec Cindy Gelas qui ambitionne de développer la filière laitière à Tahiti.
France, terre de lait : un slogan entonné par l’interprofession laitière. Mais la France, c’est aussi les territoires d’Outre-mer alors pourquoi ne pas faire du lait en Polynésie française ? C’est le projet ambitieux de Cindy Gelas, récompensée aux Inels d’or 2024, le concours agricole mettant en lumière des initiatives d’éleveurs. Rencontrée au Space à Rennes, cette Tahitienne normande nous détaille les avancées de son projet :
« On connaît la Polynésie pour ses plages, sa culture, son poisson, mais pas pour son agriculture. Nous sommes très dépendants des importations extérieures sur le lait et la viande. » Cela avait notamment été très problématique pendant la crise Covid. D’autre part, les produits importés coûtent cher. Mais cela pourrait bien changer dans les années à venir…
Retour aux sources
Née d’un père normand et d’une mère tahitienne, Cindy (Poerava de son prénom tahitien) a quitté la Polynésie et un poste dans la finance il y a un peu plus de deux ans pour se former à l’agriculture. Diplômée d’un BPREA, elle travaille en exploitations agricoles depuis son retour. Élevage bio, conventionnel, système herbager ou plus intensif, en Normandie, mais aussi en Suisse : son objectif est de voir différents systèmes pour engranger un maximum de savoir-faire en production et transformation laitière avant de repartir.
C’est un peu un retour aux sources pour cette passionnée : « Mon arrière-grand-père était agriculteur en Normandie, je suis contente de marcher dans ses traces. Quand je postule dans une exploitation, les éleveurs sont surpris : ce n’est pas commun de voir une Polynésienne traire des vaches, mais j’apprends énormément. Je souhaite d'ailleurs continuer à me former jusqu’en 2026. »
J’aspire à importer le savoir-faire normand dans l’agriculture polynésienne en retenant le plus important : le respect de l’animal, de l’environnement et de l’homme.
Ce sera alors l’heure de repartir dans les îles afin de monter la première ferme laitière pédagogique de Polynésie. « L’idée, c’est de former les Polynésiens car la production de lait n’est pas culturelle là-bas. Je souhaite leur apprendre à élever les animaux et produire du lait pour être autonomes. » Le projet de Cindy bénéficie d’ailleurs du soutien du gouvernement car il y a des enjeux alimentaires, mais également économiques et sociaux.
Des vaches Normandes en Polynésie
Concrètement, comment ça va se passer ? Cindy est actuellement en discussion avec le Ministère de l’agriculture de la Polynésie qui lui a déjà réservé le foncier : 72 ha de prairies mises à disposition par le gouvernement. Pour le troupeau, l’idée c’est d’importer une quinzaine d’embryons de race Normande qui seront implantés sur les quelques Prim’holstein déjà présentes sur place. « J’ai étudié plusieurs races et la Normande me semble la mieux adaptée : elle est mixte, elle colle bien au système herbager que nous allons mettre en place et son lait se valorise très bien en transformation. »
Le troupeau ne sera pas très conséquent, mais l’objectif est bien d’enseigner l’élevage sous la forme de microfermes avec transformation sur place. Cindy réfléchit également à travailler conjointement avec les établissements scolaires pour éventuellement former les futurs éleveurs du Pacifique…

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