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Graines d'agriculteurs 2021Mélanie, éleveuse et lauréate, « redonne le sourire » aux publics en difficulté

Mélanie Durieu, qui élève des bovins allaitants et des chiens en Seine-Maritime, est l'une des trois lauréats du concours Graines d'agriculteurs organisé par Terres Innovantes, le fonds de dotation du syndicat Jeunes Agriculteurs. En lien avec plusieurs associations, elle accueille sur sa ferme des personnes en situation précaire ou de handicap, avec lesquelles elle pratique la médiation animale. Rappelons le thème de cette 11e édition : la solidarité et l'entraide. Trois autres éleveurs de vaches laitières ont terminé parmi les 10 finalistes.

Dimanche 12 septembre, aux Terres de Jim à Corbière-en-Provence dans les Alpes-de-Haute-Provence, ont été dévoilés les trois gagnants du concours Graines d'agriculteurs 2021. Parmi eux, une éleveuse de vaches allaitantes et de chiens, installée depuis janvier 2018 à La-Ferté-Saint-Samson en Seine-Maritime. Les deux autres producteurs primés : Antoine Helleboid (grandes cultures et maraîchage) dans le Pas-de-Calais et Matthieu Cannevière (poules pondeuses bio) dans le Calvados.

Mélanie Durieu, 34 ans, est à la tête avec son associé, d'un troupeau bovin bio de 45 mères charolaises et limousines et d'un cheptel canin de 30 reproductrices, sur 90 ha de cultures et prairies. Dès son installation, elle a souhaité, en plus, devenir ferme pédagogique. « Dans ma région, il en existe beaucoup pour les scolaires, avait-elle constaté. Mais très peu d’agriculteurs sont habilités à recevoir un public présentant une "différence". » Elle se forme et obtient, un an plus tard, un diplôme de chargé de projet en médiation par l’animal.

« Du bonheur dans des vies difficiles »

Travaillant avec l'Association française de thérapie assistée par l'animal (Aftaa) et Handi'Chiens, elle accueille des personnes avec tout type de handicap (mobilité réduite, troubles autistiques, phobies, etc.) mais également sans domicile fixe, sans papiers ou migrants, victimes de violences... Et pratique avec elles la médiation animale. « Ma motivation n’est pas financière, explique le jeune femme. J'essaie d'apporter un moment de bonheur dans leur vie difficile. Ce qui me touche le plus  : voir les gens sourire quand ils repartent chez eux. » 

Mélanie Durieu se présente pour le concours Graines d'agriculteurs : 

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L'éleveuse a aussi créé de l’emploi : elle a embauché un salarié et prend régulièrement des apprentis, des saisonniers et des stagiaires des écoles de la région. Son objectif : aménager des logements sur l'exploitation pour permettre, à ses hôtes, de rompre un peu plus longtemps avec la dureté de leur quotidien. « Les enfants en placement judicaire, par exemple, pourraient quitter leur foyer ou famille d'accueil certains week-ends pour se ressourcer au sein de l'élevage », envisage-t-elle imaginant développer des ateliers spécifiques pour ces séjours plus longs.

Pas étonnant, avec une édition de Graines d'agriculteurs placée sous le signe de la solidarité et de l'entraide, que le jury et le grand public ait récompensé la jeune agricultrice. « La thématique de cette année était parfaitement en adéquation avec le fonctionnement de l'exploitation », souligne celle qui aime communiquer sur son activité sur sa page Facebook, qui fonctionne bien. 

« M’investir auprès des autres, c'est essentiel pour mon équilibre »

Trois autres éleveurs bovins étaient présents dans les 10 finalistes. Alexis Graindorge, 31 ans, est éleveur laitier (90 VL) dans l'Orne depuis 2017 en AOP Camembert. Il exploite 95 hectares (51 ha de prairies, 20 ha de trèfle violet, 20 ha de maïs, 2 ha de betterave fourragère et 2 ha de miscanthus) en Gaec avec son père et avec un salarié à mi-temps. Impliqué dans deux associations, il est à la fois ambassadeur de Solaal (Solidarité des producteurs agricoles et des filières alimentaires) et administrateur d'Afdi Normandie (Agriculteurs français et développement international). 

Retrouvez la présentation d'Alexis Graindorge :

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« J’aime m’investir pour les autres, c’est quelque chose d’essentiel à mon équilibre », témoigne-t-il. Le jeune éleveur a participé à un échange avec des agriculteurs maliens. Depuis, ils « grandissent ensemble » grâce à des discussions régulières autour de leurs pratiques et problématiques, qui se rejoignent plus souvent qu'ils ne le pensaient. Alexis s'engage non seulement à l'étranger, mais aussi dans sa région auprès des populations précaires, et encore plus près via l'accueil régulier de stagiaires sur l'exploitation, certains en contrat de professionnalisation avec Pôle Emploi et un en situation de handicap qu'il voulait « aider à trouver sa voie ». 

« Il est important de donner à chacun sa chance, ainsi que du temps et des responsabilités, insiste-t-il. C'est essentiel pour que ces jeunes s’épanouissent dans leur vie avec un métier qui a du sens ! Quelle satisfaction pour moi quand ils reviennent me saluer ou font la promotion de l'élevage. » En projet également : rénover deux vieux bâtiments pour faire des gîtes à la ferme.

Aux urgences durant la crise sanitaire

Depuis février 2019 en Haute-Savoie, Flavie Melendez, 35 ans, élève une vingtaine de vaches de race abondance, tarine et montbéliaire, ainsi que des chèvres, sur 94 ha dont 55 ha en alpage. Hors cadre familial, elle reprend des études agricoles (BPREA) en 2016 et s'associe en Gaec avec un père et son fils. Pendant la crise sanitaire de la Covid-19, elle a repris sa blouse d’infirmière, son ex métier, pour soutenir les urgences de l’hôpital du secteur. « Mes associés ont accepté de me laisser travailler 12 heures par semaine aux urgences et dans l’unité du Smur, de jour comme de nuit », précise-t-elle.

Flavie Melendez explique son projet :

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Désormais à temps plein sur l'exploitation, la jeune éleveuse veut montrer que les femmes sont très présentes dans l'agriculture de montagne. C'est pourquoi, elle organise des visites de ferme pour les scolaires et les vacanciers. Un moyen aussi de valoriser les yaourts, fromages et autres produits laitiers fabriqués à partir du lait de l'élevage. Elle est aussi très active sur les réseaux sociaux, Facebook en particulier, et espère même pouvoir échanger un jour avec le gouvernement. 

Au début de la pandémie, Flavie Melendez et ses associés se sont retrouvés avec des stocks d'invendus sur les bras. « Un collègue et ami médecin urgentiste, qui présente Médecine d’Ailleurs sur Arte, a publié un post sur les réseaux sociaux pour que les gens consomment local et ça a fonctionné », raconte le jeune éleveuse. Un système de livraison a même été mis en place à des endroits stratégiques du pays du Mont-Blanc. « L'entraide de mon entourage m'a permis de pérenniser mon activité agricole. J’ai prouvé qu’il ne faut jamais renoncer à ce qu’on aime. »

« Beaucoup à apprendre de gens plus pauvres que nous »

Vincent Goetz enfin est éleveur, depuis janvier 2020, d'un troupeau de 35 vaches laitières sur 80 ha d'herbe. Après trois années de coopération agricole au Sénégal, il s'est associé avec un ami, producteur bio dans le Bas-Rhin. Impliqué depuis plusieurs années au sein d'Afdi, dont il est administrateur pour le Haut-Rhin, il aide au développement de l’agriculture au Cambodge, au Mali et bientôt au Congo.

Vincent Goetz s'exprime sur son engagement :

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« Nous avons beaucoup à apprendre de gens plus pauvres que nous, économiquement du moins. Voir ce qui se passe ailleurs nous fait prendre plus de recul sur notre propre vie et notre quotidien », reconnaît Vincent. Pour renforcer les échanges avec ces pays, et notamment commercialiser les mangues des producteurs maliens, un groupement d’intérêt économique (GIE) d’agriculteurs alsaciens a été créé. 

« De leur côté, ils valorisent mieux leur production, et du nôtre, cela permet de proposer un fruit à maturité, très apprécié des consommateurs de la région. » « Quand nous avons la chance d’accueillir nos partenaires maliens, nous les faisons intervenir dans les écoles, auprès de nos partenaires professionnels et dans la presse », poursuit le jeune éleveur de 40 ans, qui projette par ailleurs de vendre des yaourts et des fromages frais directement à la ferme pour mieux valoriser la production laitière.

Mélanie, Antoine et Mathieu ont été récompensés par le ministre de l’agriculture Julien Denormandie, en présence du président de la République Emmanuel Macron. Une dotation de 3 000 € leur a été octroyée.

Journaliste installation/transmission des exploitations

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