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Intérêt de l'apprentissageRegards croisés d'apprentis et de maîtres d'apprentissage

Découverte du métier d'éleveur par la pratique : pour les jeunes, l'apprentissage permet de mettre les pieds dans les bottes avant de se lancer, pour voir si l'élevage est bien leur vocation. Et côté maîtres d'apprentissage, au-delà de l'apport de main-d'œuvre, ils peuvent transmettre leurs connaissances, en ayant le regard d'une nouvelle génération sur leurs pratiques.

« J'effectue plein de travaux différents, dans diverses productions : je m'occupe des vaches le matin (paillage, alimentation), de l'entretien du matériel, des interventions dans les champs (récolte, transport, triage)... » Lancelot Torignac a apprécié son apprentissage, réalisé à 17 ans, dans le Gaec de Mathieu Devienne et Simon Lenoir à Gouy-L'hôpital (Somme). Préparant un BTS "agronomie production végétale" au lycée Le Paraclet à Boves près d'Amiens, il a passé deux ans − une semaine sur deux − dans cette exploitation biologique de polyculture-élevage de 255 ha (195 ha de Scop et 60 ha de fruits et légumes) et 65 vaches allaitantes. Son objectif : « S'orienter d'abord vers le salariat agricole pour, pourquoi pas, devenir ensuite agriculteur ».

Retrouvez le témoignage de Lancelot Thorignac et de son maître d'apprentissage dans cette vidéo des chambres d'agriculture France, parue sur Youtube, dans le cadre de la Quinzaine de la transmission/reprise de 2018, axée sur le thème de l'apprentissage :

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Quentin Fresquet, lui, est entré au CFA (centre de formation) agricole et forestier d'Aurillac parce que ça n'allait pas très bien à l'école. Il obtient un CAP, puis un Bepa et décide de poursuivre en BPREA en vue de s'installer en agriculture. « Je ne sais pas si j'aurais eu les mêmes diplômes par la voie scolaire, reconnaît-il. En plus, grâce à l'apprentissage, j'ai pu vraiment découvrir le métier que je souhaitais faire. Maintenant, je suis plus à l'aise avec les animaux comme le matériel. » « Le but est que le jeune ait un diplôme et poursuive ses études au maximum derrière : on peut commencer par un Cap et aller jusqu'au diplôme d'ingénieur », détaille la chambre d'agriculture de Nouvelle-Aquitaine, dans une vidéo ci-dessous. 

Je ne sais pas si j'aurais eu les mêmes diplômes par la voie scolaire.

« C'est concret, on fait les choses soi-même »

Pourtant fils d'exploitant, Clément Germane, a beaucoup appris lorsqu'il était apprenti en élevage. « C'est concret, on fait les choses soi-même, insiste le jeune homme alors âgé de 17 ans. Un moyen aussi, selon lui, « d'être sûr qu'on aime le métier » et de conforter son expérience même « s'il l'on reprend l'exploitation des parents ». C'est pourquoi, avant de se lancer, il a préféré consolider ses deux années de formation par deux supplémentaires, en apprentissage également. 

Quant aux éleveurs qui ont accueilli Lancelot, Quentin et Clément, sont-ils aussi satisfaits d'avoir recruté un apprenti ? Pour Mathieu Devienne, le maître d'apprentissage de Lancelot, la démarche était naturelle. Lui aussi est passé par cette voie pendant ses études et a trouvé « très intéressant de pouvoir mettre en pratique la théorie apprise et surtout de bénéficier du savoir-faire du maître d'apprentissage ». « Notre rôle de maître d'apprentissage est d'apprendre la pratique aux jeunes, avec les animaux et le matériel notamment, en les sensibilisant à la sécurité », confirme Jean Bouniol, qui élève des Salers à Vézac dans le Cantal et pour qui avoir des stagiaires et apprentis, comme Quentin, a toujours été une habitude.

Bénéficier du savoir-faire du maître d'apprentissage.

Écouter l'interview vidéo de Jean Bouniol, éleveur de Salers et maître d'apprentissage, publiée sur Youtube par la chambre d'agriculture du Cantal en 2018 :

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« Un apport de main main-d'œuvre appréciable »

« Ça a commencé il y a une dizaine d'années avec le fils d'un ancien stagiaire », raconte Jean Bouniol. Puis les contrats se sont enchaînés presque sans temps mort. Car dans la plupart des cas, « on trouve des apprentis par relation » ou bouche-à-oreille. Emmanuel Durand, lui, en cherche un depuis pas mal de temps, sans succès. Seul à la tête d'un troupeau de Limousine avec un atelier de canards gras, sans aucune aide familiale, il a « cruellement besoin de quelqu'un » mais n'a « pas la structure pour embaucher un salarié ». Pour limiter sa charge de travail, l'apprentissage serait une solution.

Besoin de quelqu'un mais pas la structure pour embaucher.

Car il ne faut pas se le cacher, « cet apport occasionnel de main-d'œuvre est appréciable », met en avant Mathieu. « En particulier pour manipuler les animaux où une seule personne, c'est parfois limite », ajoute Jean. « Quand l'apprenti a acquis un peu d'expérience, il peut effectuer certaines tâches sans être accompagné, ce qui libère du temps », poursuit le producteur qui, adhérent d'une Cuma, n'hésite pas à faire participer Quentin aux travaux de la coopérative pour lui « montrer d'autres façons de travailler, à plusieurs ». Car l'apprenti est presque un salarié à part entière. Celui de Bertrand Issartier, éleveur de vaches limousines à Noilhac en Corrèze, passe 12 semaines à l'école seulement contre 35 sur la ferme, et touche un peu plus de 500 €/mois, financé en grande partie par la région.

Bertrand Issartier, et son apprenti Clément Germane, ainsi qu'Emmanuel Durand, témoignent dans la vidéo France 3 Nouvelle-Aquitaine, publiée en 2020 :

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« En retour, il y a tellement à gagner »

Mais « il faut un minimum de patience et aimer transmettre ses connaissances », alerte Mathieu maintenant qu'il est de l'autre côté. Et y consacrer du temps. « Il faut faire le lien avec le CFA et échanger régulièrement avec les formateurs. Généralement, ça se passe bien », explique Jean. « En retour, il y a tellement à gagner en relationnel et en remise en question de son activité, grâce au regard que les jeunes portent sur la ferme qui, en général, est différent du nôtre  ! », lance Mathieu. Dit autrement par Jean : « L'important est de discuter avec lui de nos pratiques. On apporte des savoir-faire à l'apprenti et il nous amène des idées nouvelles », surtout « qu'il effectue de nombreuses visites de fermes au cours de sa formation et voit plein de façons de faire ». 

« C'est un plaisir d'avoir des jeunes motivés comme Clément, qui apprennent bien, posent "vachement" de questions et proposent des idées » qui permettent de faire évoluer les méthodes de travail, appuie Bertrand Issartier. Ainsi, l'intérêt de l'apprentissage dépasse le seul appui en main-d'œuvre à un coût inférieur au salariat. C'est « une relation gagnant-gagnant », fait remarquer le journaliste de France 3, mais « qui nécessite de bien s'entendre », d'où « une période d'essai de 45 jours ». En formant des jeunes non issus du milieu agricole, ce dispositif semble, par ailleurs, une piste intéressante pour assurer le renouvellement des générations dans la filière bovine qui peine à remplacer les nombreux éleveurs partant à la retraite. Le principal frein : son déficit d'image alors que le taux d'insertion professionnelle atteint pourtant 85 %. 

Journaliste installation/transmission des exploitations

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