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Transmission et financement participatifLa ferme de Magnantru, première des « Fermes en vie »

 Depuis plusieurs années, Camille et Raphaël voulaient « s'installer en polyculture-élevage et transformation à la ferme », mais ils ont attendu de « trouver le site parfait pour mener à bien ce projet ». (©Fermes en vie)
 Depuis plusieurs années, Camille et Raphaël voulaient « s'installer en polyculture-élevage et transformation à la ferme », mais ils ont attendu de « trouver le site parfait pour mener à bien ce projet ». (©Fermes en vie)

Cathy et Jean-Pierre Charles ont transmis leur exploitation à Camille et Raphaël via Fermes en vie, et notamment l'épargne citoyenne et la location avec option d'achat. Le système de polyculture-élevage de la ferme de Magnantru, qui a séduit les repreneurs, pourra ainsi perdurer. Les atouts de ce modèle pour l'installation, la plateforme de crowdfunding en a fait son axe de travail pour se spécialiser dans l'agroécologie.

À leur départ en retraite, Cathy et Jean-Pierre Charles, polyculteurs-éleveurs dans les Deux-Sèvres, peinaient à trouver des successeurs pour leur exploitation agricole. Pourtant, la ferme de Magnantru, en agriculture biologique depuis 12 ans sur 47 ha, et très diversifiée − grandes cultures et élevage bovin avec transformation, vente directe et activité agritouristique (gîte) −, présentaient des atouts certains comme :

  • un beau cadre de vie, dans le bocage niortais, avec la proximité d'un centre urbain (30 km de Niort), 
  • une bonne valorisation des productions, avec une clientèle bien établie,
  • la présence, sur le site, d'un laboratoire pour transformer les produits et d'un magasin pour les commercialiser,
  • la possibilité de développer d'autres ateliers.

Des avantages qui n'ont pas échappé à Fermes en vie (Feve), qui accompagne les porteurs de projet à s'installer ou s'associer en agroécologie (ces derniers doivent signer une charte), que ce soit dans le domaine administratif, juridique, social ou humain. Feve repère les exploitations à reprendre et recourt à l'épargne citoyenne pour l'achat du foncier, des bâtiments, des équipements, du cheptel, etc., qu'elle loue aux repreneurs via un bail environnemental avec option d'achat au bout de sept ans. Dans le cas d'une recherche d'associé(s), elle assure la mise en relation entre les différentes parties prenantes. Elle aide aussi les candidats à l'installation/association à construire leur projet.

Comment ça marche ?

fonctionnement de fermes en vie
Le fonctionnement de fermes en vie. (©Fermes en vie)
 

Montant minimal de placement : 500 €.

Crédit d'impôt : 25 % du montant investi jusqu'à 13 000 € (en raison de l'agrément entreprise solidaire d'utilité sociale).

Feve se rémunère, sur chaque investissement, à hauteur de 5 %.

Le risque est mutualisé sur plusieurs exploitations.

Épargne citoyenne et location avec option d'achat

Ainsi, la ferme de Magnantru est devenue la première en quête de repreneurs, identifiée par la plateforme de crowdfunding en janvier dernier en collaboration avec la chambre départementale d'agriculture. Fin février, après avoir évaluer la viabilité technico-économique de la reprise, elle a lancé en parallèle un appel à candidatures et à l'épargne participative. Trois mois plus tard, un compromis de vente entre les cédants et un jeune couple était signé pour une transmission effective cet été.

En allégeant les investissements (foncier surtout, atelier de transformation et magasin de vente directe notamment), le système de location avec option d'achat (via une foncière pour les terres) permet à Camille et Raphaël de maintenir les activités déjà présentes et d'en créer d'autres : ils envisagent l'élevage d'oies et l'accueil d'autres porteurs de projets. Il sécurise aussi les futurs retraités, financièrement et psychologiquement, le travail de toute leur carrière étant pérennisé. Un portage foncier en quelque sorte, financé par les citoyens. loyers relativement faibles (dont le montant est fixé par des arrêtés départementaux). L'intérêt : pouvoir financer l'outil de travail plutôt que de rembourser un emprunt et s'endetter.

Non issus du monde agricole, les futurs éleveurs préparent leur installation depuis quatre ans. « Cela fait plusieurs années que nous voulions nous installer en polyculture-élevage et transformation à la ferme, mais nous avons attendu de trouver le site parfait pour mener à bien notre projet », expliquent-ils sur le site internet de Fermes en vie. La ferme de Magnantru cochait en effet pas mal de leurs critères, sauf le prix d’achat. Alors l'accès au foncier agricole, facilité par son acquisition différée, a été un argument de poids. « Une souplesse économique non négligeable dans les premières années d’activité », insistent les jeunes repreneurs, qui ont également apprécié l'accompagnement personnalisé dont ils ont bénéficié.  

Polyculture-élevage et collectif de travail

Quant à la polyculture-élevage, qu'ils recherchaient, c'est le modèle que favorise Fermes en vie, sur des structures de taille moyenne (50 à 150 ha), pour des « raisons autant écologiques qu'économiques », en « développant les synergies entre ateliers de production, transformation à la ferme et vente directe ou en circuits courts » (d'où le nom de Fermes en vie ou Feve, une légumineuse ancienne qui fixe l’azote atmosphérique parce qu'en symbiose avec les micro-organismes du sol) :

  • auto-suffisance accrue (alimentation du troupeau produite sur place, déjections animales servant d'engrais...) ;

D'où une réduction de l'empreinte carbone, et des achats d'intrants donc des coûts de production.

  • résistance aux aléas climatiques et financiers (risques répartis sur plusieurs ateliers) ;
  • préservation de la biodiversité (espèces cultivées variées, place accordée aux prairies naturelles et aux haies) ;
  • lutte naturelle contre les adventices, maladies, ravageurs par l'alternance des cultures de vente et fourragères.

Feve met également en avant les collectifs de travail pour partager la main-d'œuvre et le temps de travail, comme le foncier, les investissements, le matériel, le cheptel, les responsabilités, les risques, tout en privilégiant les échanges... Et propose un accompagnement pour bien travailler ensemble. Car en plus des pratiques agronomiques, l'organisation aussi doit être optimale pour exprimer tout le potentiel de ces systèmes, insiste Fermes en vie. Autres objectifs de l'entreprise à mission de l’économie sociale et solidaire : assurer aux agriculteurs une meilleure rémunération et contribuer au dynamisme de la vie économique et social locale.

Journaliste installation/transmission des exploitations

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