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Grippe aviaireLe gouvernement présente sa « feuille de route » pour éviter une nouvelle crise

Le ministre de l'agriculture doit présenter jeudi une « feuille de route » pour éviter la répétition d'une crise de grippe aviaire de grande ampleur, à l'image de celle qui a sévi cet hiver dans les élevages de canards du Sud-Ouest.

De novembre à mai, la France a recensé près de 500 foyers d'influenza aviaire dans des élevages de volailles, l'écrasante majorité situés dans le Sud-Ouest réputé pour sa production de foie gras. L'épisode laissera l'image d'autorités locales et de professionnels de la filière foie gras semblant dépassés devant l'emballement des contaminations par le virus H5N8. La crise a fini par être enrayée au prix de l'abattage - souvent préventif - de plus de 3,5 millions de volailles, essentiellement des canards. Les abattages et l'enlèvement des cadavres ont peiné à suivre le rythme, avec des éleveurs attendant parfois une semaine pour que les animaux morts soient retirés de leur ferme.

Dès avril, le ministère de l'agriculture, dirigé par Julien Denormandie, avait promis une « feuille de route » pour « éviter une nouvelle crise » dans une filière déjà ébranlée par les épisodes de 2015-2016 et 2016-2017. « Ces épizooties récurrentes posent des questions de fond sur l'organisation des filières, notamment dans le Sud-Ouest », est-il estimé dans un premier « retour d'expérience » des experts de l'agence sanitaire Anses, publié fin mai. Selon ce document, le maintien en plein air d'un trop grand nombre de canards, malgré la consigne nationale de mise à l'abri, a favorisé la diffusion du virus présent à l'origine parmi des oiseaux migrateurs.

L'Anses recommande de supprimer la dérogation permettant aux exploitations de moins de 3 200 palmipèdes de laisser les canards dehors et de réfléchir à « réduire la densité des élevages, en particulier ceux de canards dans les zones ultra-denses du Sud-Ouest ». « Je pense que cette dérogation va être supprimée », a déclaré à l'AFP la directrice de l'interprofession du foie gras Cifog Marie-Pierre Pé, selon qui le ministre s'y est engagé. « Cette question cruciale de la densité des élevages est complexe, mêlant des considérations structurelles, économiques, de choix de systèmes d'élevage, d'aménagements du territoire, de préservation de l'environnement, mais également sanitaires », souligne l'Anses.

Des élevages moins denses

Les syndicats Confédération paysanne et Modef, hostiles à l'industrialisation de la production de foie gras, s'inquiètent des arbitrages à venir. Selon eux, les mesures envisagées se concentrent sur la restriction de l'élevage plein air, sans chercher à baisser la densité des volailles et les flux de canards qui parcourent parfois de nombreux kilomètres entre les élevages et les ateliers de gavage, au risque de disséminer largement le virus. « Ces choix, s'ils sont confirmés par le ministre de l'agriculture, signeront la fin des petites fermes de volailles, la fin des productions de qualité de plein air en France » et « n'auront par ailleurs aucun intérêt sanitaire », assurent les organisations dans un communiqué commun du 25 juin.

La feuille de route devrait instituer des « zones à risque de diffusion » ou ZRD, « qui sont des zones de haute densité de canards prêts à gaver, qui cette année était l'espèce la plus vulnérable et pour lesquels il fallait qu'il n'y ait plus d'animaux en extérieur, parce que cela représentait un risque majeur d'introduction du virus », a indiqué Mme Pé, lors d'un entretien à l'AFP. Dans ces zones, définies à partir des enseignements des crises de 2016 et 2017 par la chaire de biosécurité de l'école vétérinaire de Toulouse, « il faudra impérativement mettre ces animaux à l'abri », ce qui impliquera « très exactement une diminution de 20 % du nombre d'animaux mis en place, donc on va clairement diminuer la densité d'animaux sur la zone », a déclaré Mme Pé.

L'Anses rappelle qu'il y a un « risque de nouvelles introductions chaque année en Europe », et que des cas de transmission du virus H5N8 à l'Homme « ont été rapportés en Russie début 2021 ». « La virulence du H5N8 chez l'être humain semble être très faible », mais « l'évolution potentielle des génomes pourrait faire bouger le curseur de niveau de risque zoonotique [transmission entre l'Homme et l'animal, NDLR] à l'avenir ».

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