La nécessaire sobriété d’un côté, la guerre de l’autre… Cherchez l’erreur !
Depuis 150 ans, le formidable essor de l’agriculture est basé sur les énergies fossiles : acier, traction, plastique, phyto, engrais… Ce secteur est accusé de produire 18 % des émissions nationales de gaz à effet de serre (GES). Nos braves ruminants rejettent par leurs rots (et non par leurs pets) du méthane 25 fois plus destructeur que le CO2. La fabrication des engrais azotés utilise une quantité énorme d’hydrogène contenu dans le gaz fossile pour se combiner avec l’azote de l’air. D’après certains experts, il s’agit de rejets bruts et la captation du carbone par les plantes et, surtout, les sols travaillés intelligemment ne sont pas pris en compte. Nous aurions rejeté au niveau mondial depuis 1850 (début de l’ère industrielle) 2 500 milliards de tonnes de CO2 et, selon les scénarios, il nous reste entre 300 et 1 000 milliards de tonnes de CO2 à émettre avant 2050 si nous voulons rester en dessous des 2 °C et éviter un basculement irrémédiable du climat. Notre rythme actuel est de 50 milliards de tonnes rejetées par an. Il resterait dans les sols des réserves de gaz, pétrole, charbon équivalant à 3 500 milliards de tonnes de CO2. C’est sans compter le méthane piégé dans les sols gelés du permafrost qui serait libéré par le réchauffement. Nous sommes donc assis sur une cocotte-minute et, si nous ne baissons pas rapidement la flamme, elle nous pétera aux fesses.
Notre président nous parle de sobriété. Je peux te dire par expérience que si pendant ma vie professionnelle j’ai rejeté pas mal de CO2 avec le montant des retraites agricoles, le mot sobriété prend tout son sens. Nous ne sommes pas égaux en matière de rejets. Si un Africain moyen rejette 1,5 tonne par an, un Européen 10 tonnes, un Nord-Américain produit 20 tonnes. Les moyennes cachent aussi de grandes disparités, car les 10 % d’Américains les plus riches fabriquent 70 tonnes. Le 1 % de la population mondiale le plus émettrice contribuerait à 16 % des rejets globaux. Un tiers des Français se situent dans la classe des 10 % les plus riches au monde*. Beaucoup de chiffres pour dire que chacun doit faire des efforts mais que l’exemplarité est de mise sous peine de démotivation.
Les guerres actuelles génèrent aussi des rejets non comptabilisés. En effet, la fabrication de matériels militaires et les bombardements empestent l’atmosphère. Outre les pertes humaines et les bouleversements chez les populations visées, ces dérèglements provoquent aussi une flambée des prix et déstabilisent les marchés. Dos au mur, il faudrait investir massivement dans des énergies propres, faire des économies. C’est le contraire qui se produit. Mais à toutes choses malheur est bon. C’est en temps de crise que l’homme est obligé de se remettre en question et d’innover.
Parions qu’individuellement chacun va contribuer à l’effort d’un mode de vie plus sobre pour que, collectivement, nous gagnions l’enjeu du climat et des énergies nouvelles.
* Chiffres tirés d’une interview de Lucas Chancel, économiste, et parus dans Ouest-France.
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