… C’est avec grand plaisir que j’ai reçu ta lettre. Enfin une fan !
Il est très rare de recevoir des commentaires sur mes écrits. D’emblée, je me permets de te tutoyer car nous sommes doublement collègues : par notre précédent métier, et par le fait que je suis comme toi très jeune retraité. Cet été, je suis passé près de chez toi, j’ai visité les alentours de Besançon et Belfort. Dommage, j’aurais pu te rendre visite, car c’est toujours un plaisir que d’échanger avec des collègues d’autres régions. Je me désole d’avoir à écrire des chroniques sur ce qui ne va pas dans notre métier. Ce serait tellement plus motivant pour les lectrices et lecteurs de lire des articles enthousiastes et optimistes. L’avantage d’être « vieux » dans le métier, c’est de pouvoir se retourner, de mesurer le chemin parcouru et d’en être fier.
Je suis partagé entre la satisfaction de voir que ce que j’avais écrit il y a cinq ou six ans était prémonitoire et le désespoir de constater que rien n’a changé, ou si peu : la mainmise des entreprises, l’impossibilité pour les OP d’imposer leurs points de vue au Cniel, l’immobilisme de notre syndicat majoritaire qui siège à ce même organisme, le prix de nos produits, la dictature de la grande distribution qui réclame - 2 à - 4 % sur les achats 2021 malgré la loi Égalim, les promesses de nos politiques qui n’engagent que ceux qui les croient, la reconduction de l’embargo russe par Poutine… Bref, j’ai l’impression de radoter (et ça ne va pas s’arranger avec l’âge).
Contrairement à toi, je n’ai pas de successeurs. Ma ferme est reprise par le châtelain, qui a un projet touristique, ce qui m’a valu cinq années de galère pour finir ma carrière. Mais il faut aussi positiver, et l’agriculture est à un tournant sûrement aussi important que celui des années 1960, qui fut un grand espace d’inventivité et d’expériences. Le nombre de producteurs laitiers est passé de 1 million à 50 000 et le nombre de vaches laitières divisé par 2,2, mais le défi fut relevé par nos parents et notre génération.
Notre métier est en constante évolution. Avant, le politique donnait les orientations (nourrir le peuple), c’est aujourd’hui le citoyen-consommateur. Alors, demain, du lait à l’herbe bio ou sans OGM avec des fermes en grappe ? Ce concept vise à installer sur un même lieu plusieurs productions complémentaires et plusieurs exploitants en synergie (lait, viande, transformation à la ferme, légumes, accueil…). On ne pourra toutefois se passer d’une certaine production de lait conventionnel (à un prix rémunérateur) pour la transformation industrielle, sous peine d’importation de pays tiers.
Dis à tes trois fils qu’ils font un beau métier et que quels que soient leurs modes de production, il faut faire preuve de courage mais surtout de souplesse, d’adaptation, d’opportunisme, d’inventivité… et ne pas rester isolés. Comme dit l’adage, seul, on va plus vite, ensemble, on va plus loin. Seul, c’est mécanisation et robotisation obligatoires, et dépendance à l’acheteur. Ensemble, c’est mutualisation, entraide et force de négociation.
Porte-toi bien, et bonnes lectures à venir. Si d’aventure tu passes par la Bretagne, fais-moi signe.
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