Le prix du lait bio FranceAgriMer s’est maintenu, en 2020, à 462,95 € (38/32, TPQC). Mais pas pour tout le monde. Deux acteurs ne suivent pas ce mouvement : l’ULM, et surtout Biolait. D’après notre observatoire, le prix du leader de la collecte recule de 22 €/1 000 l et flirte avec les 450 € (en super A et 41/32,5). Ce sont 40 € à 45 €/1 000 l de moins que les deux autres leaders, Sodiaal et Lactalis (OP Seine & Loire).
Biolait a souffert d’une part inhabituellement élevée de déclassement de son lait bio en conventionnel : 15 %, contre 5 % par an en moyenne depuis 2007. « Avec 22 Ml en plus, nous avions prévu cette proportion de déclassement mais ce lait a été moins bien valorisé sur le marché que ce que nous espérions », indique Ludovic Billard, président de Biolait.
Pic de collecte et confinement simultanés
La faute en revient au premier confinement, qui est intervenu au plus mauvais moment pour Biolait. Il a coïncidé avec son pic de collecte printanier, lié à l’herbe qui a une place majeure chez ses 1 373 adhérents (85 % de la surface Biolait). « La chute des ventes en restauration hors foyer et l’explosion de celles en GMS ont perturbé notre organisation. Nous n’avons pas été les seuls dans ce cas, ce qui a chahuté le marché du lait conventionnel. » En réaction, Biolait a activé au deuxième trimestre son système de gestion des volumes créé en 2019 : une aide à la baisse des livraisons. La moitié des adhérents en a bénéficié et a perçu en moyenne 11,58 €/1 000 l, pour une réduction de 6 millions de litres. « Nous encourageons également une certaine régularité des livraisons en abaissant le prix d’acompte de 80 € au deuxième trimestre. » Une façon de répondre à certains éleveurs qui estiment le prix du lait pénalisé par les systèmes herbagers en vêlages groupés au printemps.
« Ne pas décrocher des prix de l’environnement »
Malgré l’écart de 35 € à 45 € avec les autres opérateurs bio en 2020, Biolait ne veut pas renoncer à sa politique de préservation du prix. « Il n’est pas question de faire du dumping. Nous préférons déclasser le lait en conventionnel plutôt que de casser les prix bio, affirme Ludovic Billard. Nous aurons toujours besoin de plus de volumes que ceux de nos contrats », ajoute-t-il. La structure de collecte doit assurer ses approvisionnements en hiver et une marge de sécurité face aux aléas climatiques, fréquents. Elle veut aussi être prête à satisfaire de nouvelles demandes. Pour Ludovic Billard, comme pour les adhérents, Biolait ne se résume pas à un prix du lait. Elle répond aussi à un projet politique. « Cela nous impose de ne pas décrocher des prix de notre environnement. C’est exigeant. À nous de trouver de la valeur. »Par exemple à travers des crédits carbone ou la démarche du lait équitable.
Claire Hue
Chez Matthieu Carpentier, le silo libre-service va fêter ses 50 ans
Quand l’occupation gratuite devient-elle une donation rapportable ?
« J'ai toujours la même pailleuse, une occasion achetée 1 500 € il y a 20 ans »
Irlande, Italie, Allemagne, Pologne… Comment nos voisins gèrent la décapitalisation bovine ?
Prix du lait 2025 : comparer le prix de votre laiterie à celui des voisines
Quand déclencher le premier apport d’azote sur prairie ?
Engrais, élevage, légumineuses, les enjeux d’une indépendance azotée pour l’agriculture européenne
Les industriels privés demandent l’aide des producteurs
Déclin agricole français : analyser les causes... pour préparer le rebond ?
Les seuils de déclaration environnementale relevés pour les élevages bovins