Combien coûte la production de lait ? Une information essentielle, à mettre en balance avec le prix du lait pour aborder la santé économique des élevages laitiers. L’EMB (European Milk Board) propose ce calcul depuis 2015 pour les principaux pays producteurs de l’UE. Un travail confié au bureau d’étude allemand BAL (bureau d’agriculture et de sociologie agricole) qui s’appuie sur les données comptables officielles des exploitations laitières spécialisées, publiées par le Réseau d’information comptable agricole de l’UE (RICA), et intègre la rémunération de la main-d’œuvre non-salariée (familiale).
Sur ce modèle, le coût de production du lait en 2019 dans les pays étudiés s’élevait en moyenne à 45,35 c€/kg de lait. Dans le détail, il est très variable, en raison des structures d’exploitation et des conditions d’élevage très différentes d’un pays à l’autre :
- France : 52,54 c€/kg de lait
- Belgique : 46,78 c€/kg de lait
- Allemagne : 47,44 c€/kg de lait
- Pays-Bas : 44,54 c€/kg de lait
- Danemark : 41,44 c€/kg de lait
- Irlande : 34,21 c€/kg de lait
Le coût de production français en 2019 s’avère le plus élevé, « la rémunération du travail à hauteur de deux Smic pour 35 heures hebdomadaires en France représente un surcoût important », souligne Boris Gondouin, éleveur meusien et membre du comité directeur de l’EMB qui évoque par ailleurs les conséquences de deux années de sécheresse plus marquées en France que dans le nord de l’Europe, mais aussi des éleveurs français moins spécialisés dont le niveau de production/UTH est moindre, ou encore des subventions pour investissement plus généreuses accordées par certains pays. Dans son étude, l’EMB évoque aussi la structure des exploitations françaises, caractérisées par un plus grand nombre de petites exploitations : la moyenne française intègre en effet près de 20 % d’exploitations de montagne, bio ou AOP. Cela explique en partie l’écart constaté avec les résultats 2019 publiés par le Cniel également à partir des données du RICA et qui distingue le coût de production des élevages de plaine (499 €/1 000 l) de montagne (644 €) et bio (764 €).
Un prix du lait qui ne couvre pas les coûts
Au-delà de cet écart de calcul et malgré des différences structurelles entre les pays, l’étude pluriannuelle de l’EMB (2015-2019) permet de mettre en exergue une tendance : un écart qui se creuse entre la hausse des coûts de production et la baisse du prix du lait : « Depuis 2017-2018, les coûts de production augmentent de façon significative dans tous les pays, indique Karin Jürgen, chargée d’étude au BAL : cela tient à la hausse du coût de l’énergie, mais aussi de l’alimentation dans un contexte de sécheresse. Dans le même temps, le prix du lait payé aux producteurs est à la baisse. » Ainsi, à l’exception de l’Irlande, où les coûts sont les plus bas, depuis cinq ans le prix est insuffisant dans les autres pays pour couvrir les coûts de production. Pour une exploitation agricole moyenne de l’UE, la part non couverte des coûts était de 24 % : « Cela a forcément un impact sur le niveau d’endettement et de prélèvements privés, déplore Boris Gondouin. Concrètement, ce sont surtout les jeunes installés qui pâtissent de cette situation avec des conséquences sur l’installation et le recul de la production laitière. » Cela signifie que les exploitations sont loin d’atteindre le niveau de revenus retenu pour le calcul des coûts de production (deux Smic pour 35 heures hebdo en France) : en moyenne, la rémunération permise par la production laitière est seulement de 3,25 €/h.
« Les prix du lait sont insuffisants pour offrir des perspectives aux éleveurs », renchérit Karin Jürgen. La chercheuse du BAL pointe l’incompatibilité entre la situation économique des éleveurs européens et les nouvelles attentes sociétales relayées par les pouvoirs publics : « Ce n’est que si la situation économique des exploitations s’améliore durablement qu’elles pourront contribuer à la mise en œuvre des objectifs en matière d’environnement, de climat ou de bien-être animal. Or, le prix du lait n’est aujourd’hui pas en adéquation pour que les exploitations puissent supporter ces coûts supplémentaires. »
Jérôme Pezon
Au Gaec de la Thébaudière (35), deux robots VMS 310 DeLaval ont changé la donne
Manitou, Duro, Arland, Laforge… Reportages au cœur du machinisme à la française
Le gouvernement veut appliquer des mesures fiscales en faveur des agriculteurs
« La seconde salle de traite nous aidera à résister à la baisse du prix du lait »
God Save the Beef : les races britanniques gagnent du terrain dans les prés français
Viande bovine : + 8 % en rayon, contre + 34 % payés aux producteurs
Les systèmes robot de traite redeviennent plus compétitifs que les salles de traite
« Bloquer les abattages, c’est risquer la dermatose bovine dans toute la France »
Taxe carbone : l'UE fait finalement une exception pour les engrais
Une réforme du calcul des cotisations sociales agricoles à compter du 1er janvier 2026