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Guerre en Ukraine et élevage laitierDans un contexte tendu, comment améliorer la gestion de l’exploitation ?

Comment gérer au mieux les impacts de la guerre en Ukraine sur la production ? (©Pixabay)
Comment gérer au mieux les impacts de la guerre en Ukraine sur la production ? (©Pixabay)

Si la guerre en Ukraine a amplifié les tensions sur les marchés agricoles, les prix avaient déjà atteint des niveaux de crise avant le déclenchement du conflit, et la situation devrait se poursuivre pendant au moins deux ou trois ans. A l’échelle de l’exploitation, comment un éleveur peut-il en tenir compte pour adapter sa gestion et anticiper au mieux ?

« La guerre en Ukraine active des réalités qui étaient déjà préexistantes », dans un contexte de tensions très fortes sur les marchés fin 2021, a expliqué l’agro-économiste Jean-Marie Séronie lors d'un webinaire organisé le 30 mai par l'organisme de conseil Littoral Normand. Ainsi, les prix des moyens de production de l’agriculture, qui étaient plutôt bas jusqu’à mi-2021, ont flambé à partir de l’été dernier. En cause, la crise sanitaire qui a complètement perturbé l’économie mondiale en 2020, suivie d’une reprise beaucoup plus forte que prévue en 2021. En outre, « l’équilibre entre l’offre et la demande des produits alimentaires au niveau mondial est fragile », avec une production qui suit difficilement l’évolution de la demande, notamment en céréales, poursuit Jean-Marie Séronie.

Combiner la sécurité alimentaire, et les objectifs de climat et de santé

Il faut donc s’attendre à des tensions durables sur la sécurité alimentaire, mais si l’on traverse une crise, «  les grands objectifs de l’Union européenne que sont le climat, c’est-à-dire l’atteinte de la neutralité carbone en 2050, et la santé publique, ne seront pas revus », estime l’agro-économiste, qui ne s’attend à aucun changement important dans le Green Deal ou la stratégie Farm to fork.

En revanche, « l’objectif de production, de sécurité alimentaire, pourrait être plus clairement affiché, tout comme l’ambition exportatrice », explique-t-il, mais pour concilier cet objectif avec les ambitions climatiques, il faudra selon lui s’appuyer sur toutes les avancées de la science. Par ailleurs, il faut également noter que les objectifs de l’agriculture européenne se placent dans la perspective d’une consommation européenne en baisse à horizon 30 ans, en lien avec la diminution de la population, une moyenne d’âge plus élevée, et une évolution vers un régime alimentaire plus végétal, ce qui libère un potentiel pour l’exportation.  

Au niveau de l’exploitation, la technicité sera clé dans un contexte tendu

D’après les simulations de l’Institut de l’élevage, les coûts de production d’un éleveur laitier pourraient augmenter de 16 € les 1 000 litres, dans le cas d’une hypothèse basse c’est à dire similaire à fin 2021 : 3 € de plus pour les engrais et amendements, 5 € pour le carburant, 7 € pour l’achat de concentrés. Dans le cas d’une hypothèse haute, c’est-à-dire avec des prix qui resteraient aux niveaux actuels, on serait à 60 € de plus aux 1 000 litres, dont la moitié pour l’achat d’aliment.

« Quand les niveaux de charges sont bas, les erreurs d’efficacité technique sont gommées, en revanche quand ils sont élevés, on paye ces erreurs plein pot », alerte Jean-Marie Séronie. Pour lui, dans un contexte durablement tendu, il sera indispensable pour l’éleveur de connaitre son efficacité technique, son prix d’équilibre, son coût de revient, et son coût marginal (par exemple, le coût de 10 vaches en plus ou en moins, le coût de litres de lait en plus ou en moins, etc.), afin de calculer l’impact de ses choix et de réaliser les arbitrages en connaissance de cause.

« Il faut vraiment calculer : si les charges augmentent de 15 % et que le produit augmente de 15 %, la marge augmente aussi de 15 %. Ce n’est pas parce que le prix de l’azote a triplé que c’est une catastrophe », argumente-t-il. Logiquement, les systèmes extensifs sont beaucoup moins sensibles à ces variations, mais à système constant, « si votre efficacité technique passe de 70 euros de charges à 60 euros pour faire 100 euros de produits, votre marge grimpe ». En revanche, s’il faut 80 euros de charges pour faire 100 euros de produit, si les coûts augmentent de 15 % et les prix de 10 %, la marge sera en baisse. Tout dépend donc de l’efficacité technique : si elle est bonne, la marge peut s’accroitre même si les charges augmentent plus que les produits.

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