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Reportage à Marly-GomontChez M. Gourlin, l'engraissement de croisés a remplacé la vente de reproducteurs

L'agriculteur de l'Aisne a remplacé la vente de reproducteurs par la vente de bœufs (©Terre-net Média)
L'agriculteur de l'Aisne a remplacé la vente de reproducteurs par la vente de bœufs (©Terre-net Média)

Déçu par la valorisation des veaux laitiers, Matthieu Gourlin, éleveur dans l'Aisne (02) s'est lancé dans le croisement viande, puis dans l'engraissement de boeufs croisés pour valoriser la viande issue du lait sur son exploitation.

« Tant qu’il n’y a pas d’impact sur ma stratégie de renouvellement, je développe la viande », résume Matthieu Gourlin, éleveur laitier dans l'Aisne. En utilisant de la semence sexée pour assurer le renouvellement du troupeau, l'éleveur insémine désormais 80 % des vaches avec des  taureaux de race à viande.

Ainsi, Matthieu Gourlin élève, en plus d'une trentaine de génisses de renouvellement, une vingtaine de bœufs et génisses croisés. Les veaux surnuméraires sont vendus en tant que croisés à trois semaines. « Quand tout va bien, ils partent autour de 150 à 250 €, contre 30 à 60 € pour les veaux Prim’Holstein », explique l'éleveur. Si la vente de veaux croisés est une première solution pour valoriser les veaux issus de mères laitières, les fluctuations de ce marché l'ont convaincu d'engraisser lui même une partie des croisés. « Dernièrement, j'ai vendu une femelle Inra à 80 € et un mâle à 150 €, à ce prix là, autant les garder... ».

Avec la mise en place d’un robot de traite, l’éleveur exploite moins ses pâtures que par le passé. « Aujourd’hui, je ne traverse plus la route avec le troupeau, j’ai entre 7 ou 8 ha de pâture qui se sont libérés et avec l'intensification de l'élevage laitier, les animaux pâturent moins. » La mise en place d'un petit atelier viande a donc permis de valoriser cette surface. Impossible cependant de produire plus d'une vingtaine de croisés par an : « c’est un complément » explique t-il. « Augmenter le chargement en bovins viande, ce serait prendre le risque de manquer de fourrage les années sèches pour le reste du troupeau ». 

Bovins croisésL'éleveur produit une vingtaine de bœufs et génisses croisés (©Terre-net Média)

Un itinéraire technique simple et économique

L’élevage des croisés est pensé pour être simple et économe. Si la phase lactée des génisses de renouvellement est réalisée à partir de lait en poudre pour éviter les problèmes de paratuberculose, l’éleveur préfère le lait de ses vaches pour l'allaitement des croisés.

De 2,5 à 6 mois, les croisés sont élevés de la même manière que les génisses de renouvellement, avec des granulés et de la paille. Dès que la portance le permet, les veaux et génisses sont emmenés au pâturage pour leurs 7 mois, et y restent autant que possible (généralement de la mi-avril à début décembre). Un mois après la mise au pâturage, les veaux sont rentrés et vermifugés. La castration des veaux mâles, réalisée par le vétérinaire, a également lieu à cette période, entre les 6 et 8 mois de l’animal.

Pour une gestion simple de l’affouragement hivernal, l’éleveur distribue aux croisés la même ration qu’aux vaches laitières en plus faible proportion. « Je leur donne environ un tiers de la ration, le concentré en moins. Ce n’est pas contraignant, il suffit d’en mettre un peu plus dans le bol ».

Jeunes veaux
Bovins croisés et génisses laitières suivent un itinéraire technique proche (© Terre-net Média)

Des petites carcasses bien valorisées 

Les animaux sont vendus à 2 ans, pour un poids de 290 à 320 kg carcasse, et ont été valorisés autour des 5 €/kg en 2022. « J’y trouve de la rentabilité car mon système de reproduction est bien calé, et que je parviens à valoriser des animaux typés viande sans avoir dû faire d’investissement spécifique », explique Matthieu Gourlin.

L'éleveur préfère la vente de bovins viande à la vente de reproducteurs, qu'il pratiquait par le passé. « Je vendais une dizaine de génisses pleines, ou vaches en lactation aux environs des 1 200 € (prix moyen sur les dix dernières années), mais cela demande beaucoup plus d'investissement, que ce soit sanitaire, génétique sans parler du temps à passer pour la vente », estime l'éleveur qui a effectué un chiffre d'affaires supérieur avec ses bœufs en 2022, pour de moindres investissements. « Reste à voir comment se comporteront les prix à long terme » tempère t-il.

L'élevage de bœufs lui permet également de valoriser l'herbe d'automne, les génisses étant rentrées plus précocement afin de sécuriser les performances et travailler en vêlage deux ans.

L’éleveur n'a pas de difficulté à écouler ses croisés auprès des marchands. « Ce sont des petites carcasses visiblement plutôt appréciées et qui présentent un bon rapport qualité prix », remarque l’éleveur.


Les croisés Blanc bleu belge et Inra sont davantage dédiés à l'élevage de veaux gras, les Angus étant plus adaptés à l'engraissement de bœufs à l'herbe. « Je suis étonné du poids des Angus à 24 mois, elles ne sont pas très grandes, mais assez trapues et présentent un bon rendement carcasse » apprécie l'éleveur.

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