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[Insolite] Mon projet mon avenirUne ferme laitière se diversifie... dans la vigne et dans l'Oise !

Plutôt insolite des vignes au milieu des prairies des vaches laitières, qui plus est dans l'Oise ! (©Ferme de Roy)
Plutôt insolite des vignes au milieu des prairies des vaches laitières, qui plus est dans l'Oise ! (©Ferme de Roy)

En s'installant sur l'élevage familial, créé dans les années 50 par ses grands-parents, Alexandre Smessaert veut allier ses deux passions : la production laitière et... la viticulture, qui plus est dans l'Oise ! Grâce au financement participatif sur la plateforme Miimosa, il espère planter 10 000 pieds de vignes dans une parcelle au milieu des pâtures des vaches. Et d'ici quelques années, produire une gamme complète de vins en assurant également la vinification et la commercialisation.

Des vaches laitières, mais aussi allaitantes, des céréales, des betteraves sucrières, du colza et du lin fibre : jusque-là, la Ferme de Roy ressemble à beaucoup d'autres du nord-ouest de l'Oise, en Picardie Verte non loin du Pays de Bray. Mais sans doute plus pour longtemps. Au sein du Gaec Agri Roy, où son père et son oncle officient depuis près de 30 ans, Alexandre Smessaert a un projet d'installation agricole, assez atypique... planter des vignes ! Enfin pas tant que ça finalement. « Selon les archives du village, il y en avait à Roy-Boissy en 1143, à 200 m de la future plantation, cultivées par les moines de l'abbaye cistercienne de Lannoy », explique-t-il.

On comprend mieux d'où vient le nom d'une des parcelles de l'exploitation, "La Vigne". D'ailleurs, à l'époque, il y en avait autour de la ville de Beauvais. C'est le phylloxéra à la fin du 19e siècle, puis la guerre de 14-18, qui les a faites disparaître. Depuis quelques années, avec le réchauffement climatique et l'autorisation d'implanter des vignes hors des vignobles français historiques (en 2016), d'autres surfaces, plus petites certes, ont déjà vu le jour dans le département, notamment à Gerberoy, ou sont à l'étude.

Passion et attachement à l'histoire locale

Pourquoi cette envie de revenir aux sources ? Dans le but de se diversifier pour Alexandre, ainsi que par attachement à l'histoire locale et surtout par passion pour la viticulture. « Celle-ci n'a fait qu'augmenter durant mes études d'ingénieur en agriculture à UniLaSalle, et mes expériences professionnelles et personnelles », en particulier en Nouvelle-Zélande, détaille le jeune homme de 25 ans, pour l'heure encore conseiller en élevage.

« Jusqu'en 2021 où j'ai décidé de sauter le pas, sur l'un des champs de l'exploitation, avec un projet de 2 ha baptisé Le Domaine La Ferme de Roy. » Dans cet élevage, cette diversification originale doit permettre à Alexandre, également passionné par le lait, de réunir ses deux centres d'intérêt. 

Comme l'illustre le logo créé il y a quelques semaines, présenté sur la page Facebook de la Ferme de Roy sur laquelle l'on peut suivre l'évolution de cette initiative :

8 775 € en 23 jours de collecte participative !

En plus des pieds de vigne, cette nouvelle production implique d'acquérir un savoir et des techniques peu pratiquées dans la région, ainsi que du matériel spécifique. « Il est essentiel de se faire accompagner par des professionnels de toute la France − vignerons, conseillers, œnologues, etc. − car nous ne réussirons pas sans aide, formations ni retours d'expériences », insiste le futur producteur.

Alexandre Smessaert présente son projet sur Youtube :

Cliquer sur le curseur pour lancer la vidéo.

Face aux investissements à réaliser − autour de 100 000 € −, le jeune éleveur de vaches et de vins s'est tourné vers le financement participatif sur la plateforme Miimosa. Quatre paliers ont été fixés  : le premier à 3 500 € pour l'achat des plants, le deuxième à 8 500 € pour la plantation et le palissage (20 000 tuteurs, 40 km de fils...), le troisième à 12 500 € pour acheter un tracteur vigneron d'occasion et le quatrième à 16 000 € afin d'investir dans un intercep pour le travail du sol. À 13 jours de la fin de la collecte, 8 775 € ont déjà été récoltés, soit 70 % de la somme prévue.

2 ha, soit 10 000 pieds, plantés lundi dernier

Ainsi, 10 000 pieds de vigne, de trois cépages différents, ont été plantés le 25 avril dernier dans une parcelle, au milieu des prairies des vaches. « Le chardonnay, le pinot noir et le chenin sont présents dans de nombreux vignobles français. Ils vont pouvoir s'épanouir pleinement dans nos sols argilo-calcaires à silex pour donner des vins frais, minéraux et fruités », prévoit l'agriculteur en cours d'installation, dont l'objectif est « d'avoir un produit 100 % de la ferme. C'est-à-dire « d'y produire, récolter, vinifier et commercialiser une gamme de cinq types de vins, des blancs aux moelleux en passant par les rouges et les jus de raisin afin de satisfaire l'ensemble des consommateurs ». 

Après l'élevage et les cultures, que le père Luc et l'oncle Laurent conduisent en agriculture raisonnée depuis 1999, les éleveurs souhaitent profiter de cette diversification pour que l'exploitation soit labellisée HVE (haute valeur environnementale). Ainsi, aucun herbicide ne sera apporté sur la vigne et le désherbage mécanique sera privilégié. « Sa physiologie sera respectée et la qualité primera sur la quantité ». Car, pour les producteurs, « protéger la nature est au cœur du métier d'agriculteur », c'est pourquoi Alexandre veut « produire un vin respectueux de l'environnement et du terroir ».

Par ailleurs, il envisage de nouer des partenariats locaux pour ses vins et de les vendre en circuits courts afin « d'élaborer un produit 100 % de proximité », à l'image de la baguette "graine de pain" lancée par son père et son oncle il y a une vingtaine d'années. Il projette enfin de « transmettre sa passion à un maximum de personnes de tous âges », aux écoliers, collégiens et lycéens entre autres, pour créer du lien avec les consommateurs.

D'ailleurs, il a déjà organisé des portes ouvertes pour présenter son projet aux habitants et élus locaux. Mais il faudra attendre deux-trois ans pour les premières vinifications et une à deux années de plus pour obtenir les premières cuvées commercialisables. La production, de 3 000 à 4 000 bouteilles au départ, devrait atteindre à terme 12 000/an. Et puisque qu'une vigne a une durée de vie d'une cinquantaine d'années, Alexandre Smessaert va voir évoluer la sienne au fil de sa carrière d'exploitant agricole !

financement participatif miimosa pour planter des vignes a la ferme de roy dans l oise
Toute la famille soutient le projet et apporte sa pierre à l'édifice en accompagnant Alexandre dans sa réflexion, notamment stratégique, dans les démarches administratives, en termes de communication, et pour les travaux autour de la vigne. (©Ferme de Roy)

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