Longtemps, l’accroissement des cheptels et la spécialisation ont fait la rentabilité du bassin charolais. Mais entre hausse des charges, et pic de travail en période de vêlage, le début des années 2000 marque un tournant pour la filière. Jonathan Dubrulle, doctorant en agriculture comparée, propose quelques pistes pour les naisseurs spécialisés.
Emblématique de l’élevage allaitant français, le bassin charolais rencontre aujourd’hui une profonde crise systémique. Pour comprendre les ressorts du contexte actuel, Jonathan Dubrulle, doctorant en agriculture comparée, s’est penché sur 70 années de « courses aux vêlages ».
L’histoire commence au début des années 60, très loin du bocage de Charolles. À quelque 600 km du bassin, dans la plaine du Pô, a lieu une petite révolution : le développement de l’ensilage de maïs. Particulièrement fertile, chaude et bien irriguée, la région se prête à merveille à la production de la fourragère. « C’est ainsi qu’au fil des ans, va se développer vers l’Italie un marché pour l’engraissement, au détriment des traditionnelles régions betteravières françaises ».
Encore aujourd’hui, la France est héritière de ce schéma, avec un petit million de broutards expédiés chaque année en Italie.
Mais Rome n’a pas été construite en un jour. Décennies après décennies, le bassin charolais s’est spécialisé dans la confection des moules à veaux. « Les ateliers annexes, comme l’élevage ovin ou l’élevage laitier, ont disparu pour véritablement spécialiser les exploitations dans le naissage ».
Les éleveurs ont ensuite travaillé à faire de plus en plus de veaux. « On est passé du châtron de 30 mois au "baby" de 18-24 mois, au taurillon maigre de 18 mois, ou au broutard de 6-14 mois ». En bref, la durée de présence de la suite a été réduite, pour maximiser le nombre de mères par atelier. « Faire partir les animaux plus jeunes, c’est moins de broutards à hiverner, moins de foin à leur consacrer, et surtout, la possibilité d’immobiliser plus de vaches ».
Un système déficitaire depuis 2000
La course au vêlage s’est toutefois ralentie au début des années 2000, avec la main-d’œuvre pour facteur limitant. Si les cheptels restent en croissance, l’heure est à la recherche de stratégies pour atténuer le pic de travail généré sur les périodes de vêlages. « Certains se sont tournés vers la Limousine, avec des veaux plus vigoureux. On a observé dans le même temps un renversement des critères de sélection, avec une attention particulière portée sur la facilité de vêlage », décrit Jonathan Dubrulle.
En 60 ans, la productivité du travail a été considérablement améliorée. Les structures sont passées de la production de 3 000 kg de viande vive par travailleur, à 31 000 en 2021 chez les naisseurs engraisseurs de l’est du Morvan et du nord de l’Autunois. Même constat chez les naisseurs de femelles de la Sologne Bourbonnaise. Du côté des naisseurs du Clunisois et du nord Charolais, la production de viande vive par travailleur est passée de 1 000 à 19 000 kg. En résumé, un UTH produit actuellement entre 10 et 19 fois plus de viande vive qu’en 1960.
Mais la période marque surtout un tournant économique pour la filière. Si les produits continuent de progresser, ils sont peu à peu grignotés par les charges. « La richesse créée, lorsqu’on soustrait au produit brut les consommations de capital, diminue, et devient négative à partir des années 2000 ». En bref, le naissage ne crée plus de richesse sur les exploitations depuis près de 20 ans.
Le revenu des éleveurs n’est pas pour autant nul. « Entre les années 70 et aujourd’hui, le revenu s’est maintenu là où la valeur ajoutée s’est effondrée. Quand on rajoute les subventions publiques à la valeur ajoutée, on obtient le revenu. Ce n’est plus le travail des éleveurs, mais les subventions qui font le revenu des éleveurs », insiste Jonathan.
Mais l’heure n’est pas au pessimisme. Pour le chercheur, un retour à la complémentarité entre végétal et animal peut permettre aux éleveurs de mettre en place des modèles résilients. « Miser sur les vêlages de printemps, vendre une partie des animaux non plus sous forme de broutards mais de taurillons maigres ou encore travailler les méteils grain, à base de protéagineux sont des options ». Et pour cause : les besoins en viande bovine française ne vont pas en s’amenuisant.
Ces pistes nécessitent toutefois la création de filières. Marché au cadran, abattoirs locaux et surtout politiques publics sont nécessaires pour structurer des débouchés aux éleveurs. L’objectif : décorréler le revenu des éleveurs des subventions publiques. Et le chercheur en est convaincu, le salut du bassin charolais passera par l’agroécologie.
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