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Dermatite digitéeThomas Aubineau, vétérinaire : « Si la vache boite, il est déjà trop tard »

Thomas Aubineau, vétérinaire au GDS Bretagne, préconise de laver régulièrement les pieds des bovins pour prévenir les dermatites : « L'hygiène est primordiale ! On conseille aux éleveurs en système lisier de racler le bâtiment toutes les deux heures. Aussi, laver fréquemment les pieds des animaux permet d'éviter l'apparition de dermatite ou au moins de limiter sa contagion. Pour cela, de l'eau et du savon suffisent, c'est même moins abrasif que les produits du commerce. »

Cliquez sur la vidéo pour découvrir les conseils du vétérinaire Thomas Aubineau concernant la dermatite digitée

« La dermatite digitée, aussi appelée maladie de Mortellaro, est apparue il y a une quinzaine d'années dans les élevages laitiers et commence à arriver en allaitant. Son origine est encore mal connue : les bactéries principales (de type tréponème) ont été identifiées mais de nouvelles bactéries apparaissent. C'est pour cette raison qu'il est compliqué de produire les bons vaccins. »

Un raclage des sols toutes les 2 heures

Thomas Aubineau, vétérinaire conseil au GDS Bretagne, explique : « Lorsqu'on analyse un stade précoce de la maladie, on identifie beaucoup de bactéries qui sont liées aux milieux humides et sales. Cela montre bien qu'un sol humide est un véritable facteur de risque. On a en effet plus de soucis dans les systèmes en lisier qu'en fumier car la paille assèche le milieu. »

Selon l'expert, « L'hygiène est fondamentale. La constitution du sol a son importance et le raclage est à bien réfléchir. Aujourd'hui, on conseille aux éleveurs de passer le racleur toutes les deux heures. »

Une détection immédiate pour éviter les boiteries

« Le moindre signe doit être détecté pour traiter immédiatement et éviter les contaminations, insiste le vétérinaire. Quand la vache boite il est déjà trop tard. Les éleveurs sont plutôt mal formés à cette détection de la dermatite digitée. Nous essayons de leur donner des outils comme la grille de notation à remplir lorsque les vaches sont aux cornadis : on observe la courbure du dos, s'il y a ou non un soulagement du pied, etc. On peut alors intervenir individuellement en élevage ou réaliser des formations pour définir chaque lésion du pied, identifier les moyens de traitement et parler des techniques de parage. »

Thomas Aubineau prévient cependant : « Attention, une vache qui boite ne veut pas forcément dire dermatite. Les antibiotiques seront alors inutiles. Il faut absolument lever le pied des animaux douteux pour le vérifier. Chez 80 % des éleveurs qui nous contactent pour une suspicion de dermatite, celle-ci n'est pas la cause principale de boiterie. Il s'agit souvent de fourbure ou de fourchet, pathologies qui nécessitent de parer l'animal. Il faut vraiment bien identifier la maladie, insiste-t-il. »

De l'eau et du savon en guise de pédiluve

Pédiluves, sprays... : beaucoup de produits sont proposés dans le commerce. Là-dessus le vétérinaire affirme : « La meilleure solution reste "l'huile de coude" : de l'eau et du savon suffisent. Il faut installer un bac qui envoie de l'eau savonneuse avec un peu de pression. On peut fabriquer ce système soi-même. Il faut nettoyer sans fragiliser la peau du pied. Les produits du commerce sont parfois trop abrasifs et sont en plus mauvais pour l'environnement. Ce lavage à l'eau est à faire régulièrement, environ une fois par semaine. Il permet de prévenir la maladie mais aussi de traiter certaines vaches atteintes et met en évidence les vaches à parer. »

Pour ce qui est des compléments alimentaires, « nous avons peu de connaissances fondées là dessus. Pour la dermatite, l'alimentation est secondaire. Néanmoins, un apport enrichie en oligo-éléments et vitamines permet de booster l'immunité, ce qui n'est pas mauvais. »

Des cas de dermatite chez les bovins allaitants

L'UMT santé des bovins expliquait récemment dans sa newsletter qu'elle recensait de plus en plus de cas de dermatite dans les troupeaux allaitants, notamment en ateliers de taurillons.

Les experts affirment « Les lésions semblent se développer, en tout cas entraîner des pertes, à partir de 90 à 100 jours d’engraissement et se caractérisent par leur sévérité et leur localisation très souvent sur les membres antérieurs et en face dorsale du pied. La prévalence peut atteindre plus de 50 % des animaux. La difficulté est d’autant plus grande en JB que la détection et la prise en charge médicale sont bien plus délicates qu’en élevage laitier. » De nouveaux travaux pourraient alors voir le jour en prenant en compte les spécificités des ateliers jeunes bovins.

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