L'antispécisme, courant de pensée ayant émergé dans les années 70, considère que les animaux seraient victimes de discrimination et d’oppression : le fait qu’ils soient capables de souffrir justifieraient de leur donner des droits. En France, ce mouvement est apparu au début des années 90, d’abord dans les milieux anarchistes qui luttent contre toute forme de verticalité, a expliqué Ariane Nicolas à l’occasion d’une rencontre organisée par le Syrpa, le 18 mars.
Les antispécistes s’appuient sur le concept de « sentience animale » pour décrire leur sensibilité et considérer ainsi les animaux comme des personnes. Ce qui leur donne « une capacité à être un sujet, à se projeter dans la vie, à trouver un intérêt à ce qu’on fait », explique la journaliste. Cette « définition, non scientifique, permet de semer le trouble et casse la différence ontologique entre les humains et les animaux, la transformant en une simple différence de degrés et non de nature », poursuit-elle.
L’écho que trouve cette idéologie au sein de la société s’explique par plusieurs facteurs : « l’affinement des mœurs » décrit par Norbert Elias comme une maîtrise progressive de la violence, dans un processus de civilisation, mais aussi une montée en puissance des réseaux sociaux sur lesquels afficher des comportements vertueux est devenu la norme. « De façon générale, on assiste également à une radicalisation des positions politiques dans la société », explique Ariane Nicolas. Enfin, les jeunes urbains en quête de sens, peu connaisseurs du monde rural, peuvent plus facilement se laisser séduire par cet antispécisme qui leur fournit une colonne vertébrale idéologique.
L’égalité homme-animal, une « erreur philosophique »
Pour la journaliste, la nuance est importante entre le véganisme ou le végétarisme, qui sont des pratiques privées, et l’antispécisme, qui considère que ceux qui mangent de la viande sont des barbares et des meurtriers. Car l’idée du « meurtre alimentaire » fait son chemin, ajoute-t-elle. Pourtant, le meurtre suppose une transgression, rappelle-t-elle en s’appuyant sur les travaux de la philosophe Corine Pelluchon. « On ne peut tuer qu’autrui, et les animaux ne sont pas cet autrui symbolique : sur cette question du meurtre alimentaire, il faut donc être très ferme, et rappeler que les animaux ne font pas partie de la communauté politique des humains », insiste Ariane Nicolas.
Par ailleurs, la question de la liberté soulève également celle de l’autonomie. Or, selon Hegel, l’animal n’est que vivant, et la condition supérieure des humains est d’expérimenter davantage que cette existence arrimée au déterminisme de la nature. L’animal ne peut pas se représenter lui-même comme un être libre, la libération animale constitue donc une erreur philosophique.
Que faire concrètement ?
Si la nécessité de réduire la part de produits carnés dans le régime alimentaire est aujourd’hui reconnue, mais pour des raisons écologiques, la manière de le faire revêt donc une importance capitale, pour ne pas donner raison aux antispécistes. « Je proposerai d’abord d’être exemplaire », explique Ariane Nicolas, tout en reconnaissant parfaitement que « les agriculteurs et les éleveurs sont sous pression ». « Idéalement, il faut éviter d’être sujet à critique par rapport à la question du bien-être animal, la moindre vidéo permettant la généralisation d’un cas particulier », indique-t-elle.
D’autre part, certains sujets symboliques doivent permettre de lâcher du lest. « Les antispécistes ont l’image et l’émotion avec eux, mieux vaut donc accepter de négocier », estime la journaliste qui cite par exemple la chasse à la glue. « Montrer que l’on est sensible à certaines choses est une façon de reprendre la main sur le narratif, cela permet ensuite de dire non sur d’autres sujets de façon plus ferme », explique-t-elle.
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