Arnaud Triomphe, vétérinaire : « la maîtrise sanitaire rend l’élevage plus efficient »

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Vétérinaire qui ausculte avec son stéthoscope
Afin de s’assurer de la bonne digestion d’un bovin adulte, « on doit entendre cinq à sept fois par minute le bruit sourd d’une chasse d’eau » lorsque l’on écoute du côté gauche de l’animal, derrière sa dernière côte, détaille Arnaud Triomphe. (©Terre-net Média)

Observer son troupeau permet de déceler d’éventuelles pathologies avant qu’elles ne soient totalement déclarées. Prise de température, pose d’aimants ou écoute des mécanismes de digestion et de respiration : autant de gestes réalisables avant même de faire appel au vétérinaire.

Pour Arnaud Triomphe, vétérinaire en Normandie et vice-président de la SNGTV (société nationale des groupements techniques vétérinaires), « plus on est dans la maîtrise sanitaire, plus on est efficient dans son élevage ».

Au quotidien, l’observation des animaux par l’éleveur permet de déceler les premiers signes anormaux. « L’œil de l’éleveur est indispensable pour diagnostiquer et traiter au plus tôt », annonce-t-il à l’occasion d’une formation intitulée « Maîtrise des actes de soin en élevage », à destination des éleveurs et organisée par la chambre d’agriculture de Seine-Maritime.

Si l’animal est isolé par rapport au reste du groupe, s’il ne rumine pas, s’il tient sa tête ou ses oreilles basses, ou encore s’il a une respiration anormale, un examen plus approfondi est nécessaire.

Premier réflexe, prendre la température

Pour Arnaud Triomphe, la prise de température doit être un réflexe naturel : « C’est le premier examen après l’examen visuel, et avant même d’appeler le véto, lance-t-il. Pour que le résultat soit fiable, il faut laisser assez longtemps, et le faire sur un animal tranquille ». La température normale d’un bovin est de 38,5 °C. « Un bovin adulte est très homéotherme — en raison de l’activité du rumen -, même s’il est à 39 °C, c’est un premier signe à ne pas sous-estimer », assure-t-il. En revanche, il est normal que la température d’un veau soit à 39 °C, « car les plus jeunes sont souvent plus hauts en température ».

On considère un bovin adulte en hyperthermie à partir de 39 °C. « Les maladies virales occasionnent une température corporelle souvent aux alentours de 40 °C, alors que les maladies bactériennes vont avoir un impact moindre : la température monte jusque 39 — 39,5 °C », précise le vétérinaire. Il conseille d’administrer un anti-inflammatoire dès lors que la température de l’animal atteint les 40 °C, « sinon la vache ne mange et ne boit pas ».

Pour ce qui est de l’hypothermie, « elle est souvent causée par une douleur assez marquée, un coup de froid, ou un problème digestif, explique Arnaud Triomphe. Les saignements induisent aussi une baisse de la température corporelle ».

Pour réchauffer un veau en hypothermie, il existe plusieurs solutions : la lampe chauffante infra-rouge ou les manteaux pour veaux. Plus simplement et sans investissement, on peut mettre de l’eau chaude dans un bidon de lessive de machine à traire pour le placer auprès de lui, ou encore le couvrir de paille. Là encore, le vétérinaire apporte son conseil : « la première règle, c’est de réchauffer le veau avant de le perfuser, si perfusion il y a ».

Gare aux corps étrangers

Pour éloigner les risques causés par les corps étrangers, liés à la machinerie, aux canettes dans les champs ou aux clôtures endommagées, le vétérinaire conseille d’administrer un aimant — avec le bolus — à la première mise à l’herbe de l’animal. « Ça fait partie du préventif de carrière », lance-t-il. Selon lui, les aimants cages ont l’avantage d’isoler les matières métalliques, mais les aimants simples restent efficaces.

« Une vache qui a le dos rond, une température à 39 °C et une coupe de lait — due à une douleur abdominale marquée -, présente tous les symptômes d’une vache « ferrée » », explique Arnaud Triomphe. Mais les corps étrangers ne sont pas exclusivement métalliques : les ficelles et filets peuvent prendre une forme de boule avec les mouvements du rumen, et occasionner une occlusion.

Écouter les mécanismes du corps

Même sans stéthoscope, il est possible de déceler des anomalies en écoutant les mécanismes. Pour entendre si les poumons d’un veau sont encombrés, « coller son oreille sur son corps permet de détecter une éventuelle anormalité en fonction de ce que l’on entend ».

Afin de s’assurer de la bonne digestion d’un bovin adulte, « on doit entendre cinq à sept fois par minute le bruit sourd d’une chasse d’eau » lorsque l’on écoute du côté gauche de l’animal, derrière sa dernière côte, détaille Arnaud Triomphe.

Pour une auscultation respiratoire, « on écoute les poumons en haut et en bas des deux côtés, puis on écoute le cœur ». Pour situer le cœur du bovin, celui-ci se trouve « derrière la pointe du coude, du côté gauche ».

Il est important d’établir et maintenir le contact avec l’animal le temps des observations, pour ne pas le surprendre.

Détecter ou prévenir les boiteries

​​​​​Si le dos rond n’est pas lié à un corps étranger, il peut venir d’un problème de boiterie. Le vétérinaire affirme : « Normalement, une ligne de dos est rectiligne ». Dans le cas où la vache ne pose pas la patte au sol, Arnaud Triomphe suggère de « faire un anti-inflammatoire, mais il faut aussi traiter la cause ». Après avoir nettoyé la patte au jet d’eau, on regarde s’il y a un abcès, une lésion ou autre. « Si c’est un abcès, le mieux est de le percer ou de le faire mûrir pour que ça ne se propage pas, prévient-il. Avant de poursuivre, quand on maintient le jet d’eau sur la lésion et que la vache « bat » de la patte, il y a un risque de Mortellaro ».

Selon le vétérinaire, la sortie au pâturage sur une herbe mouillée de printemps permet de laver et brosser les pattes des vaches, ce qui freinerait le problème de Mortellaro.

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