L'interdiction d'exporter les fromages européens vers la Russie pourrait déstabiliser gravement l'équilibre des marchés européens. Mais l'embargo sera-t-il vraiment appliqué ?
L'embargo russe sur les produits alimentaires européens concerne directement les produits laitiers. En 2013, l'Union européenne a exporté vers la Russie 257 000 t de fromages et 37 000 t de beurre. Fin août, il était encore difficile de mesurer la portée de cette décision politique sur la filière laitière européenne, et notamment sur le prix du lait aux producteurs. Mais à cette date, l'embargo aurait déjà un impact sur les exportations de fromages dans certains États membres. Ne doutons pas que son maintien va contrarier l'équilibre des marchés laitiers européens. D'autant qu'il arrive à un mauvais moment. La demande mondiale de produits laitiers a connu un ralentissement à partir du deuxième trimestre. Cela suffit à faire plonger de manière significative le prix des poudres de lait néo-zélandaises. Les cotations européennes et françaises ont suivi cette tendance baissière et la collecte très dynamique cet été dans tous les pays membres de l'Union européenne n'apaise rien. Si demain, les Allemands, Néerlandais et Finlandais, principaux pourvoyeurs de fromages aux Russes, ne vendent plus, ce lait restera sur le marché intérieur de l'Union européenne. La Commission a pris conscience de cette menace et multiplie les réunions pour évaluer le niveau de risques. Mais quels leviers pour prévenir la crise : l'intervention ? Son niveau de prix est si bas que la crise serait déjà bien installée avant son déclenchement. L'aide au stockage privé ? La Commission l'a aussitôt étendue aux fromages concernés, mais certains économistes doutent que les opérateurs veuillent y participer pour des produits qui n'ont plus de marché. S'orienter sur une régulation de la production de lait ? L'Allemagne et d'autres pays membres y sont farouchement opposés. La marge de manoeuvre apparaît donc limitée. Les économistes s'interrogent aussi sur la manière dont sera appliqué l'embargo sur les fromages européens. Si les autorités russes ont effectivement sollicité d'autres pays exportateurs, notamment en Amérique latine, elles ont peu d'alternatives pour s'approvisionner sur de telles quantités. Accepteront-elles de priver leurs consommateurs ou les fromages européens trouveront-ils des voies détournées pour entrer en Russie ? Les Allemands seraient déjà sur cette piste.
DOMINIQUE GRÉMY
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