Ceux qui ont concocté la Pac 2014-2020 méritent-ils le bonnet d'âne ? Le doute est permis. Les libéraux d'Europe du Nord ont fini par convaincre une majorité d'États que l'agriculture européenne, le lait notamment, devait gagner en compétitivité pour conquérir un marché mondial promis à l'expansion. D'où la fin des quotas, l'abandon de tout rêve de régulation dynamique de la production, le démantèlement des outils d'intervention et la soumission à la seule loi du marché. Je doute que l'occupation du territoire ou l'unité européenne, avec ses nations de fait en guerre économique, y gagnent. Mais admettons.
Ces éminences grises ont juste oublié un détail : la mondialisation va de pair avec des phénomènes de plus en plus fréquents d'hypervolatilité des marchés agricoles, destructrice de valeur. Certes, il y a dans la Pac des textes parlant de gestion des risques. Mais ils sont inopérants, explique Jean Cordier, économiste à Agrocampus Ouest. Dans un rapport adressé en janvier dernier au Parlement européen, il pointe un budget Pac privilégiant des aides directes au revenu (ce qui ne modifie en rien l'exposition aux risques) et négligeant complètement la gestion des risques (lire p. 20).
Les USA, nos concurrents désignés sur le marché laitier mondial, ont eu le nez plus fin. Ici, zéro aides directes, le Farm Bill mise tout sur la gestion des risques en supportant des instruments privés. Aux yeux de l'économiste, ce dispositif a l'avantage « d'être dynamique, intégré et complet, avec une parfaite coordination des actions publiques et privées ». Ce n'est pas le cas de la Pac avec ses instruments non seulement peu efficaces (on l'a vu avec l'embargo russe), mais ventilés dans deux piliers au fonctionnement indépendant.
Par Jean-Michel Vocoret, rédacteur en chef
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