Tous les manifestants de la contre-inauguration du Space organisée par l'EMB n'étaient pas là pour la régulation européenne des volumes de lait. Beaucoup y étaient pour crier leur désarroi. Ainsi, les producteurs Entremont de l'Ouest, toujours dans le flou sur leur devenir, qui galèrent depuis trop longtemps. « Notre situation est inacceptable. Dès juillet 2008, le prix du lait a commencé à décrocher par rapport à la grille interprofessionnelle », dénonce Hervé Le Roy, des Côtes-d'Armor. Certes, la reprise par Sodiaal semble sur le point d'aboutir. L'Autorité de la concurrence a donné son feu vert. Et au 27 septembre, seule une banque créancière restait à convaincre. Mais de leur côté, les représentants des salariés ont émis un avis consultatif défavorable au projet. Ils s'alarment aussi de voir que le groupe coopératif n'a pas encore présenté de solution crédible pour résorber les excédents de lait. Et son projet industriel ne sera détaillé aux banques que d'ici à la fin de l'année. Autre fait inquiétant, Entremont continue à perdre de l'argent, alors que les marchés des produits industriels sont nettement plus rémunérateurs. « Les producteurs attendent des réponses, explique Pascal Nizan, président de l'association Éleveurs Bretagne Entremont- Alliance. J'espère qu'une majorité adhérera au projet Sodiaal, mais il reviendra à chacun de décider. » Explication du malaise ambiant, certains s'y sentent contraints et forcés sous peine de voir leur lait payé avec une flexibilité maximale. La garantie d'être collecté pendant dix-huit mois, s'ils refusaient, n'y change rien. Difficile aussi à digérer : la souscription de parts sociales. Les 6,20 €/1 000 l sur cinq ans qui sont en jeu apparaissent insupportables vu le niveau critique des trésoreries. « Nous n'adhérerons que si l'État met la main à la poche car cette reprise est politique », affirme Jean-Michel Favennec, du Finistère.
Réticence aussi au double prix-double volume
« L'association demandera à l'État de soutenir l'achat de parts sociales au travers de dispositifs fiscaux ou d'aides directes », poursuit Pascal Nizan. Certains producteurs redoutent aussi que l'adhésion soit couplée à la contractualisation défendue bec et ongles par Sodiaal. « Ils veulent mettre en place dès maintenant un double prix-double volume », appréhende Jean-Jacques Le Moel, des Côtes-d'Armor. Les anciens d'Unicopa sont aussi sceptiques. « Nous sommes très déçus par le système coopératif, déclare l'un d'eux. Je n'ai pas confiance dans la capacité de Sodiaal à gérer Entremont. Nous aurions aimé que le dossier Lactalis soit examiné plus sérieusement.
NICOLAS LOUIS
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