Trois cent cinquante tracteurs et plus de 1 500 agriculteurs dans le centre-ville de Rodez ce 18 septembre, la deuxième manifestation en un mois dans le chef-lieu aveyronnais. « Nous ne sommes pas des voyous, respectez-nous », pouvait-on entendre. Car le département paie un lourd tribut à l'extension des zones vulnérables : 3 900 communes rajoutées sur le territoire français, dont 160 pour l'Aveyron. « Entre 2002 et 2012, 89 communes aveyronnaises ont été déclassées de la zone vulnérable, il n'en restait alors que 10, et dix-huit mois plus tard, nous repassons à 170, c'est de la provocation », s'insurge Dominique Fayel, président de la FDSEA. Et il a des arguments : « Chez nous, la qualité de l'eau est bonne. Sur 2 100 prélèvements réalisés entre 2012 et 2013, un seul dépasse le seuil de 50 mg/l en nitrate, sur une commune qui ne dénombre aucun agriculteur. »
L'impact est énorme pour les éleveurs aveyronnais
Mais voilà, l'administration a dégainé un nouveau seuil à 18 mg/l pour apaiser l'ire de Bruxelles qui menace la France d'une amende. Il serait issu de données du bassin Seine-Normandie pour lutter contre l'eutrophisation marine, et ensuite extrapolé à tout le territoire. « Sans aucune justifications scientifiques », explique la FDSEA.
Derrière ce chiffre, l'impact apparaît énorme pour les éleveurs aveyronnais. À commencer par l'augmentation des capacités de stockage pour atteindre quatre à sept mois. Un investissement chiffré en Aveyron entre 5 000 et 40 000 € par exploitation. L'application du cinquième programme de la directive nitrate interdirait aussi le stockage des fumiers au champ et l'épandage sur les pentes. En Aveyron, un tiers de la SAU est en pente. « Les jeunes agriculteurs qui ont investi pour se mettre aux normes peuvent tout recommencer. Cela va casser la dynamique de l'installation (160 dossiers JA prévus en 2014) », explique Sébastien Granier, président des JA. Anthony Albinet s'est installé avec son père Francis en 2011, sur la commune de Manhac, déjà en zone vulnérable. Leur mise aux normes ne suffira pas au prochain programme. « Avec 45 laitières et 20 allaitantes, la fosse et la fumière n'auront plus la capacité requise. Chez nous, cela coûtera plus de 40 000 €, et cela n'apportera rien de plus en faveur de l'environnement », avance Anthony. « Même les Cipan ne sont d'aucune utilité ici à 800 m d'altitude. Semées après un maïs, elles gèlent dès la levée, cela ne sert qu'à brûler du gasoil. Nous sommes fatigués de ces règles qui changent sans arrêt », poursuit Francis. La FDSEA espère que l'intelligence et le bon sens l'emporteront. En attendant, la lutte continue.
DOMINIQUE GRÉMY
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