Pas de rallonge cette année. Patrick et Bruno Deborde, de Vendée, sont déboussolés.
Auparavant, les allocations de fin de campagne compensaient un quota que nous estimons insuffisant…
Cette année, il va falloir s'en passer. C'est dur !» En ce 18 décembre, quelques jours après l'annonce qu'il n'y aura pas de « rallonges », Patrick et Bruno Deborde ne cachent pas leur dépit.
A Auzay, au sud de la Vendée, ils conduisent, avec un salarié à quart de temps, une exploitation de 128 ha dont 70 en céréales (10 ha autoconsommés) avec 45 prim'holsteins et la suite. Lorsque Patrick, 44 ans, s'est installé avec ses parents en 1986, il a ajouté 180 000 l à leurs 120 000 l.
Mais quand Bruno, 35 ans, l'a rejoint en 1996, il n'a reçu que 30 000 l (+ 20 000 l liés à l'arrêt d'un atelier de 60 chèvres). « Peu après le départ de nos parents, il restait en tout 334 000 l. »
Pourtant, ils se voyaient faire plus. À son arrivée, Patrick avait construit un bâtiment assez grand, en aire paillée, transformé en logettes (70 places) en 2006, à la mise aux normes. « Un choix logique, disent-ils, les laiteries d'ici demandent du lait, des collègues arrêtent… Il devrait donc y avoir des perspectives. Pourtant, chaque fois que nous avons demandé des attributions gratuites à la réserve départementale, elles nous ont été refusées ! » Notamment par référence aux dispositions du Pad (Projet agricole départemental).
« En fait, déplore Bruno, je me suis installé au mauvais moment ! Quelques années plus tard, les références attribuées aux jeunes dans la même situation que moi étaient plus généreuses. »
« 230 000 l par UTA ne nous paraîtraient pas démesurés »
Pour combler l'écart, le Gaec de l'Hermitage a acheté, quand c'était possible, des quotas à la réserve issue des Acal. « Avec les 2,5 % attribués à tous il y a deux ans, cela nous amène à 407 000 l. Mais avoir 230 000 l par travailleur ne nous paraîtrait pas démesuré. » Ces dernières années donc, les avoirs de fin de campagne compensaient le décalage : « Bon an mal an, nous avons eu entre 3 et 10 %. En fin de campagne 2008, nous avions même produit 22 % de plus que l'année précédente, sans concentré en plus, mais en gardant des vaches et des génisses qui allaient partir. » Pour cette année, en revanche, pas de solution : « Tout était pourtant calibré pour atteindre 450 000 l. Mais au prix actuel, pas question d'acheter du quota. Alors, à court terme, on va réformer des vaches et essayer de vendre plus de génisses. » Mais pour demain, quelle stratégie adopter ? « C'est le brouillard, regrettent Patrick et Bruno. Bien sûr, l'an prochain, si la conjoncture le permet, nous pourrions racheter un peu de lait. Mais l'avoir fait dans le passé semble nous avoir pénalisés pour obtenir des attributions gratuites ; cela risque de recommencer. »
Comment faire, alors qu'une partie de l'investissement de 2006 (un peu plus de 1 000 €/logette) peut être mieux valorisée ? « Et en plus, il nous semble que nos voisins charentais obtiennent tout ce qu'ils demandent. »
GWENAËL DEMONT
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