Utiliser la chaleur non valorisée d'un site d'incinération pour déshydrater des fourrages (3 000 t d'herbe) et de la sciure (6 000 t), tel est l'essence du projet mené depuis trois ans par des éleveurs du Doubs. « Sur les 9 MWh produits en permanence par l'usine, 8 MWh sont valorisées en hiver par le réseau de chaleur local (hôpital, maisons…) mais seulement 1 MWh à la belle saison, explique Emmanuel Marguet, installé à Gillet et président de Desia25, la SAS créée en novembre 2011 pour ce projet. Un contrat a été passé avec Préval, le syndicat mixte de prévention et de valorisation des déchets de Pontarlier. « Il nous raccorde et nous fournit l'énergie perdue. Nous nous engageons à prendre toute la chaleur non utilisée d'avril à octobre. Nous espérons démarrer mi-mai. Le prix des granulés d'herbe sera fonction des volumes récoltés. Il pourrait se situer autour de 200 €/t rendue sur l'exploitation, si nos prévisions se vérifient. »
Lever la pression sur la date des premiers foins
Outre une directrice, six emplois saisonniers seront créés pour faire fonctionner l'outil. Dans le cadre d'une prestation de services, une entreprise assurera la fauche et une autre de bûcheronnage la récolte et le transport. « Notre objectif est de renforcer notre autonomie en protéines. Selon les situations, les besoins varient. Certains n'envisagent de faire déshydrater qu'une seule coupe au printemps, d'autres partent sur quatre ou cinq avec implantation de prairies. La possibilité de déshydrater une partie de notre herbe et de récupérer des granulés riches en protéines devrait lever la pression que nous nous mettons depuis quinze ans sur les dates de fauche. Alors que les foins se terminaient début juillet, ils sont souvent finis aujourd'hui début juin. En courant après la protéine, nous mettons la biodiversité en danger. »
Cette initiative est aussi un projet de territoire fondé sur la complémentarité de secteurs d'activité différents. « Le partenariat avec le bûcheron va conforter, l'été, l'emploi de ses ouvriers. Préval nous a soutenus il y a deux ans quand le projet a failli capoter. Des fouilles menées sur le terrain pressenti pour construire l'unité de déshydratation avaient alors mis à jour un cimetière mérovingien. » La SAS dont le capital (774 000 €) est apporté par les agriculteurs, deux scieurs mais aussi des investisseurs locaux séduits par ce projet, investit 3,4 M€ dans l'acquisition du tapis sécheur, de l'outil de granulation et d'un bâtiment de 2 000 m2 à 1,8 km du site d'incinération.
Une partie pourrait être subventionnée. La fondation de France, sensible au projet multi-acteurs a d'ores et déjà apporté son soutien.
ANNE BRÉHIER
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